Washington persiste et signe : le Congo « mauvais élève » en droits humains

L’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique en République Démocratique du Congo a accueillis les professionnels des médias hier jeudi 23 décembre 2010 au Centre Culturel Américain, dans la commune de la Gombe. Le menu de cette conférence de presse a gravité principalement autour de la récente décision du président Barack Obama d’exclure notre pays du contingent des Etats de l’Afrique subsaharienne éligibles aux avantages de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), un programme axé sur des réductions tarifaires douanières touchant les exportations africaines vers les USA. C’était pratiquement une séance de confirmation de la réputation de «mauvais élève» en droits de l’homme qui colle à la RD Congo.

 

 

Dans un communiqué remis à la presse, l’Ambassade américaine à Kinshasa réaffirment que « Les Etats-Unis et la RDC entretiennent des relations solides et positives et partagent un certain nombre d’objectifs communs…A la suite de l’examen annuel prenant effet le 1er janvier 2011, le Président Obama a déterminé que la République Démocratique du Congo ne répondait plus aux critères d’admissibilité de l’AGOA et ne serait plus parmi les pays bénéficiaires de l’AGOA ».

Expliquant les raisons de la sanction annoncée à l’endroit de notre pays, la mission diplomatique des USA à Kinshasa précise que « selon la législation qui établi l’AGOA, un pays de l’Afrique subsaharienne ne doit pas, entre autres, se livrer aux violations flagrantes des droits humains internationalement reconnus, afin de conserver son admissibilité aux avantages qu’offre l’AGOA. La situation en RDC soulève des préoccupations importantes en ce qui concerne sa conformité à ce critère ».

Tenant sans doute à jouer à l’apaisement, le représentant de Barack Obama à Kinshasa a implicitement invité les autorités congolaises à s’investir, sans tarder, dans l’amélioration de l’état des droits de l’homme dans notre pays. A cet effet, la voie du changement parait toute tracée : « Afin de retrouver son éligibilité aux avantages de l’AGOA dans le futur, le gouvernement congolais peut mettre fin aux violations flagrantes des droits de l’homme. Le gouvernement de la RDC peut démontrer, entre autres choses, qu’il ne tolère pas la violence sexuelle basée sur le genre contre les civils ou des meurtres ou détention arbitraire des civils par des officiers supérieurs et des membres des Forces Armées de la RDC (FARDC), et qu’il tient et poursuit les auteurs de ces crimes responsables ».

On croit savoir qu’en sanctionnant Kinshasa, les USA veulent prêcher plus à titre pédagogique qu’à celui de la rupture définitive des relations commerciales avec ce « mauvais élève » en matière des droits de l’homme. Les chances d’un retour imminent de notre pays dans le carré des « élus » à l’AGOA demeurent donc intactes : « l’éligibilité à l’AGOA peut être restaurée à tout moment sur une détermination, par le Président, que le pays remplit les critères d’admissibilité. Les Etats-Unis continueront de travailler étroitement avec les autorités congolaises, afin d’appuyer les efforts visant à améliorer les conditions des droits de l’homme, ce qui constitue un objectif commun pour les deux pays ».

 

Kinshasa fait grise mine

 

Les officiels de Kinshasa ont fait grise mine après le verdict d’Obama décrétant l’exclusion temporaire de notre pays de la liste des Etats bénéficiaires des facilités de l’AGOA. Selon Lambert Mende, ministre de la Communication et des Médias, « le gouvernement de la RDC prend acte de cette mesure…mais la considère comme totalement injustifiée. Ce qui est dit comme justification de cette mesure est totalement faux. Les forces armées de la RDC ne sont pas à mettre sur le même pied d’égalité que les groupes armés qu’elles combattent. Même lorsque nos garçons commettent des actes répréhensibles, ils sont poursuivis et condamnés ».

Visiblement en colère, le ministre de la Communication et des Médias s’est étonné du fait « qu’on inflige cet énième camouflet au gouvernement, alors que cinq de nos éléments sont tombés hier (mardi 22 décembre), les armes à la main, sous les balles des terroristes des groupes armés auxquels on les assimile… Quel cynisme de pouvoir les sanctionner comme auteurs des faits dont les FDLR sont coupables ! ».

Le porte-parole du gouvernement congolais a souligné que « le président Obama est manifestement victime de ceux qui manipulent l’opinion… C’est quelqu’un qui peut se tromper et il s’est trompé en l’espèce… ». Et Mende de poursuivre : « la RDC, membre de l’AGOA depuis 2005, n’a jusqu’ici pas profité de sa présence au sein de cette organisation. Il faut donc que le gouvernement congolais s’emploie dans l’amélioration quantitative et qualitative de sa production agricole, notamment pour que le pays tire ses comptes dans l’organisation ».

Jacques Kimpozo

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