VIH/SIDA : la RDC en danger

Le manque de fonds internationaux pour la lutte contre le VIH met en danger la vie de centaines de milliers de personnes vivant avec le VIH partout dans le monde. Selon Médecins Sans Frontières (MSF), la RDC pourrait être parmi les premières victimes de ce désengagement des bailleurs de fonds. 

Ces dernières années, un nombre croissant de patients ont pu être mis sous thérapie antirétrovirale en RDC, bien que cette augmentation reste largement en deçà des besoins. En effet, la situation est aujourd’hui dramatique puisque près de 88% des personnes séropositives ayant besoin d’antirétroviraux (ARV) n’y ont toujours pas accès.

            La particularité de la RDC est que 97% des fonds actuels alloués pour la lutte contre le VIH proviennent des fonds internationaux, dont le principal bailleur est le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ces fonds ne couvrent actuellement que 12% des patients en besoin de traitement antirétroviral.

 D’après les chiffres du dernier rapport de la Session spéciale de l’Assemblée Générale des Nations Unies sur le Sida (UNGASS), plus de 280.000 personnes sont en danger de mort en RDC à cause du manque d’accès au traitement. Le fait que d’autres acteurs importants, tels que le Plan d’Urgence Américain pour la Lutte contre le Sida (PEPFAR), l’ONUSIDA ou la Banque Mondiale, réduisent actuellement leurs contributions aux traitements pour le VIH/Sida, rend le financement du Fonds Mondial en RDC encore plus important.

            La conférence sur la reconstitution des ressources du Fonds Mondial, les 4 et 5 octobre à New York, est une opportunité pour relancer l’appel aux bailleurs. MSF craint que l’objectif de 20 milliards de dollars, nécessaires pour que le Fonds Mondial puisse continuer et augmenter ses programmes, ne sera pas atteint. «A la conférence internationale sur le VIH/Sida tenue à Vienne, en juillet dernier, nous avions déjà attiré l’attention sur le désengagement des bailleurs. Nous avions noté une forte mobilisation autour des débats, mais la tendance au désengagement des bailleurs reste de mise », s’inquiète Corinne Benazech, responsable du programme VIH/Sida de MSF à Kinshasa.

            L’objectif 6 des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) vise à arrêter, voire renverser la propagation du VIH/Sida et l’accès universel aux ARV d’ici à 2015. Cet objectif est irréalisable si l’effort n’est pas poursuivi au niveau international pour un engagement accru des bailleurs de fonds et des gouvernements dans la lutte contre le VIH. De plus, le nouveau traitement recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vise à mettre des patients sous ARV plus tôt et avec des médicaments d’une meilleure efficacité. Mais les patients ne pourront bénéficier de ce nouveau protocole sans l’appui financier de mécanismes tels que le Fonds Mondial.

            Ces dernières années, un engagement plus fort des bailleurs a permis d’accélérer la prise en charge du VIH. « Mais sans une mobilisation internationale, cette tendance risque de s’inverser dans les années qui viennent », prévient Mme Benazech. « Les programmes privés, comme ceux de MSF, ne pourront pas absorber tous les patients ayant besoin d’un traitement. « Si les financements actuels ne couvrent que 12% des besoins en ARV en RDC, qu’en sera-t-il avec un désengagement des fonds internationaux ? »

            MSF lance un appel urgent aux bailleurs pour qu’ils poursuivent et étendent les financements du Fonds Mondial, afin de soutenir les besoins et les ambitions des pays confrontés à la pandémie du Sida. Dans le cas contraire, ce sera une catastrophe pour des milliers de personnes, en RDC et ailleurs.

 

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