Une mise en garde à la RDC contre un endettement incontrôlé

La RDC est en passe de franchir le point d’achèvement de l’initiative PPTE. Le sujet est sur toutes les lèvres et certains milieux politiques, économiques et financiers sont dans l’expectative. On n’attend plus que la décision du conseil d’administration du FMI et de la Banque mondiale en juin prochain, pour célébrer l’heureux événement. Pour ce faire, toutes les batteries sont mises en marche par le gouvernement congolais en vue de parvenir sans heurts à cet objectif. Au nombre de sept déclencheurs du point d’achèvement de l’Initiative PPTE, l’on attend encore le rapport du gouvernement congolais sur le bilan du DSCRP de première génération. Mais après le point d’achèvement de l’Initiative PPTE, qu’est-ce qui va fondamentalement changer en RDC ? Telle est la question lancinante posée le jeudi 18 mars par Eric Bell, économiste principal à la Banque mondiale, au cours d’une conférence de presse animée au siège de son institution.

Livrant la réponse à la brochette ded journalistes et des membres de la société civile présents, il a dit que le pays va continuer à vivre. Certes, il manquera des routes, des écoles et des hôpitaux mais au moins sa situation financière sera régularisée. Il ne restera plus au gouvernement congolais que d’aller négocier avec les créanciers étrangers, bilatéraux et commerciaux, pour voir la dette bilatérale réduite. Car dans la préparation du rapport de l’Initiative PPTE à présenter au conseil d’administration du FMI et de la BM, il est fait état de l’effort que tous les créanciers doivent faire pour participer à l’élan collectif de l’allègement de la dette extérieure de la RDC. Pour ceux des créanciers absents à ces séances de travail, le gouvernement congolais devra continuer les négociations avec eux. La procédure est longue pour ce type de dette bilatérale et commerciale.

Entrée dans une nouvelle ère, débarrassée du fardeau de la majeure partie de sa dette extérieure, la RDC devra  poursuivre les efforts entrepris dans la mise en œuvre du programme économique du gouvernement appuyé par le FMI et achever des réformes en cours dans plusieurs secteurs.

Eric Bell qui croit au destin de notre pays, a formulé à l’intention du gouvernement congolais une série de recommandations qui se révèlent autant de garde-fous pour la suite du parcours vers son développement intégral. 

Avec moins de dettes, la RDC pourra se concentrer alors sur les projets prioritaires visant la réduction de la pauvreté. Elle a des handicaps, mais aussi des avantages multiples dont les ressources humaines, sa situation géographique et ses matières premières.

Ultime recommandation : prudence dans les emprunts extérieurs. A ce sujet, il conseille que le gouvernement privilégie les dettes concessionnelles au taux d’intérêt relativement bas en lieu et place des dettes commerciales qui sont très contraignantes.

L’Initiative PPTE a favorisé de nombreux investissements

Donnant un aperçu de l’allègement de la dette, Eric Bell a parcouru l’historique de ce mécanisme financier qui a servi de bouée de sauvetage aux pays pauvres très endettés de la planète.

Sur 40 pays éligibles à la réduction de la dette dans le cadre de l’Initiative PPTE, 24 pays ont atteint le point d’achèvement, tandis que 7 dont la RDC ont atteint le point de décision. L’allègement de la dette consenti par la Banque mondiale est estimé, a indiqué son économiste principal, à 25,3 milliards de dollars en termes de valeur actuelle nette 2008, dont 10,4 milliards de dollars sont effacés dans le cadre de l’Initiative PPTE.

L’on peut retenir que l’Initiative PPTE et l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale ( IADM) ont eu pour effet de faire baisser les paiements du service de la dette de 35 pays ayant dépassé le point de décision de l’IPPTE. En clair, il s’agit des pays qui répondent aux critères d’allègement de la dette.

Selon une étude du Groupe d’évaluation indépendant (IEG) du Groupe de la Banque mondiale et portant sur l’IPPTE, cette initiative a permis, note Eric Bell, des dépenses plus importantes pour les programmes sociaux des pays et la réalisation d’investissements destinés à réduire la pauvreté, faisant ressortir toutefois la nécessité de gérer les attentes face aux possibilités ouvertes par l’allègement de la dette. Pour lui, la soutenabilité de la dette à long terme dépend de la capacité des pays à créer des institutions à même d’entretenir une croissance économique soutenue.

Après avoir évoqué les autres aspects techniques liés aux mécanismes d’allègement de la dette, Eric Bell s’est prêté aux questions de l’assistance.

A une question du Phare sur les conseils éventuels qu’il peut donner à la RDC au sujet des fonds vautours qui pourraient perturber le programme économique du gouvernement, après l’atteinte du point d’achèvement, et mettre à mal les investissements futurs, l’économiste principal a dit qu’il n’y a pas de solution-miracle à ce phénomène. Le gouvernement congolais devrait demeurer en étroite collaboration avec ses créanciers. Car, eux seuls peuvent convenir d’un nouvel échéancier de remboursement ou accepter d’adhérer à l’élan collectif d’allègement de la dette, compte tenu des propositions qui leur seront faites par le gouvernement.

Quant au problème de la dette intérieure, Eric Bell croit que c’est un dossier auquel doit se consacrer l’exécutif pour entrevoir avec ses différents créanciers les mécanismes pour sa résolution, tant il est vrai que le gouvernement actuel n’est pas responsable  de la dette passée, celle contractée par les anciens dirigeants.

Mais pourquoi la Banque mondiale ne privilégerait-elle pas la création des richesses au lieu de se focaliser sur la réduction de la pauvreté ? L’économiste principal a fait savoir que la mission principale de son institution est la réduction de la pauvreté. Voilà pourquoi elle intervient dans les secteurs prioritaires, tels que les routes pour désenclaver les régions agricoles, favoriser la croissance, l’agriculture pour atteindre une production élevée pouvant être exportée, l’éducation pour lutter contre l’analphabétisme et accroître les compétences dans plusieurs domaines, et la santé pour maintenir la main-d’œuvre en état d’être productive. …

                                          J.R.T.  

 

Leave a Reply