Un test qui sauve des vies

(Par le Dr Willis s. Akhwale)

Chaque année, les cliniques et hôpitaux de la RDC et de toute l’Afrique accueillent un nombre incalculable d’enfants brûlants de fièvre. Certains souffrent de maladies mortelles allant du paludisme à la pneumonie ou à la méningite. Or, les médecins ont énormément de peine à poser un diagnostic, car ils n’ont ni les outils ni le matériel nécessaires.

C’est un problème que je rencontre depuis l’époque lointaine où j’étais étudiant en médecine et interne à l’hôpital provincial général de Nakuru, dans la vallée du Rift au Kenya. Les tests diagnostiques étant rares pour les enfants, nous devions nous fier à notre intuition pour déterminer ce qui provoquait la poussée de fièvre. Nous nous trompions souvent et nous trouvions donc dans l’incapacité de prescrire le traitement voulu pour sauver nos jeunes patients.
Vingt ans plus tard, les médecins ne disposent toujours pas de tests permettant de diagnostiquer rapidement et sans erreur de nombreuses maladies fébriles. Si l’on a fait des progrès dans le dépistage du paludisme ou du VIH/sida, lorsque ces tests-là s’avèrent négatifs, il ne nous reste que peu d’options pour déterminer de quoi souffre le petit malade.

Par conséquent, un bien trop grand nombre d’enfants, en RDC et dans d’autres pays d’Afrique, continue de souffrir inutilement suite à des erreurs de diagnostic, alors que la fièvre contribue chaque année au décès de près de trois millions de jeunes de moins de cinq ans, qui meurent du paludisme ou de pneumonie.
Nous devrions avoir fait bien plus de progrès. Le premier pas, pour prescrire le bon médicament, c’est de disposer d’un bon test.
Les médecins et autres travailleurs de la santé ont désespérément besoin d’un test qui permette de détecter rapidement et sans se tromper la maladie qui provoque la fièvre, à l’exclusion de toute autre possibilité. Un outil comme celui-là serait révolutionnaire. Il nous permettrait de prescrire le médicament approprié aux enfants, de ne plus gaspiller des ressources sur des traitements inutiles et dans bien des cas, d’arracher un enfant à la mort.
Il existe une organisation novatrice, qui œuvre à promouvoir le développement de tels tests. BIO Ventures for Global Health (BVGH) a lancé un concours doté de sommes importantes pour toute compagnie qui arriverait à en créer un.

Ce concours, le Global Health Innovation Quotient Prize (Prix du quotient d’innovation en santé mondiale ou Prix du QI), sera attribué aux compagnies qui auront mis au point un test suffisamment résistant pour être utilisé dans des lieux où il n’y a ni eau salubre ni électricité. Il devra être d’un faible coût, portatif et facile à administrer. Et il devra convenir aussi bien à un malade hospitalisé à Brazzaville qu’à un enfant qui se présente dans le dispensaire rural d’une région reculée de Dongou
Il y a beaucoup de raisons d’espérer un test qui permettrait de diagnostiquer de façon fiable les différentes maladies fébriles. Par exemple, il permettrait de sauver chaque année près de 220 000 enfants rien qu’en Afrique subsaharienne ou près de 350 000 dans le monde.
Grâce à ce test révolutionnaire, les médecins ne donneraient plus de mauvais médicaments aux enfants. Par mesure de précaution, les docteurs et travailleurs de la santé prescrivent souvent un traitement antipaludique, même si le test est négatif, car ses résultats ne sont pas toujours fiables. Ceux qui n’ont pas accès à des tests diagnostiques donnent automatiquement des antipaludéens ou des antibiotiques aux enfants fébriles. Je l’ai constaté trop souvent, lorsque je dirigeais le Programme national kenyan de contrôle du paludisme, de 2006 à 2008.

Le résultat, malheureusement, c’est que les enfants reçoivent des antipaludiques et des antibiotiques inutiles et potentiellement dangereux. Cela renforce la résistance à ces médicaments et diminue leur efficacité pour les patients suivants. On s’en aperçoit de plus en plus en Afrique et dans le reste du monde. Un test qui permettrait aux médecins et au personnel soignant de diagnostiquer rapidement et sans erreur possible les causes des maladies fébriles chez l’enfant fait partie des solutions potentielles à ce problème.
Pour que le test devienne réalité, les médecins comme les parents doivent faire œuvre de sensibilisation. Le jour où il deviendra disponible, les responsables de la santé publique devront trouver le moyen de l’intégrer dans leurs systèmes de santé et de former leur personnel à son utilisation. Ils devront aussi veiller à avoir en stock les traitements pour les maladies qu’on pourra enfin diagnostiquer.

Il est essentiel que les donateurs potentiels et les pouvoirs publics appuient des mesures incitatives comme le prix dont nous avons parlé pour le développement d’outils diagnostiques salvateurs. Heureusement, l’idée d’organiser des concours pour stimuler l’innovation fait son chemin auprès de divers gouvernements, dont celui de Barak Obama, aux États-Unis. Si le prix du QI se révèle une réussite, il pourrait servir de modèle et encourager ainsi la recherche d’autres produits salvateurs dont les pays africains ont besoin pour lutter contre les maladies infectieuses émergentes ou ré-émergentes.
Chaque enfant qui meurt car un médecin n’a pu détecter de quoi il souffrait est un cas de trop, d’autant plus regrettable que nous vivons à une époque de grands progrès technologiques. Nous devons veiller à ce que les médecins disposent du nécessaire pour aider à protéger nos enfants vulnérables et à sauver de précieuses vies.

*Le docteur Willis Akhwale est paludologue. Il dirige le département de la prévention et du contrôle des maladies au sein du ministère kenyan de la Santé publique et de l’assainissement.

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