Un policier tire sur un officier

 

Patrouille nocturne de routine le 13 janvier 2011, dans les rues de la commune de Mont Ngafula. Une équipe de six policiers faisait la ronde de quelques quartiers à la recherche des malfaiteurs ou des éléments irréguliers qui truandent la population.

Minuit passé, dans une rue noire, plusieurs coups de feu ont retenti. Un homme est tombé, blessé de plusieurs coups de balle dans le dos. Un des patrouilleurs venait de tirer sur un jeune homme qui regagnait son domicile à pied. Vérification faite : la victime sera identifiée comme le sous-commissaire Yamba-Yamba, matricule 15794/4. Il était le commandant second du sous-commissariat Cogelos. L’auteur de la fameuse fusillade, l’agent de police principal Mwamba Nozi, matricule 67032/A du sous-commissariat Masanga Mbila, est aussitôt mis aux arrêts.

Conduit plus tard aux Cliniques universitaires de Kinshasa, et ayant perdu beaucoup de sang, le sous-commissaire Yamba-Yamba a succombé de suites de ses blessures.

La même nuit, la triste nouvelle s’est répandue à travers tout Mont Ngafula et dans la partie sud de la ville, jetant l’émoi dans les milieux de la police. Tels sont les premiers témoignages qui nous sont parvenus au lendemain de l’incident malheureux.

Son grand-frère, Matthieu Yamba Lapfa Lambang, directeur des matières premières au CEEC et vice-président du système de certification du processus de Kimberley, assumant la présidence congolaise pour 2011, très affecté, a déploré cet incident malheureux qui a endeuillé sa famille.

Pourquoi ce policier a-t-il tiré sur le commandant second du sous-commissariat Cogelos ?

Interrogé peu après l’incident, Mwamba Nozi s’est perdu en excuses, prétextant qu’il avait tiré par mégarde. Avait-il interpellé le commandant qui n’avait peut-être pas voulu obtempérer à son ultimatum ? Y avait-il échange des propos durs lors de l’interpellation ? A l’hypothèse d’un refus du commandant de répondre à l’interpellation des patrouilleurs, pourquoi le policier n’avait-il pas tiré en l’air pour dissuader le sous-commissaire Yamba Yamba ? Pourquoi a-t-il tiré sur le dos de sa victime? Avait-il reçu du chef d’équipe, l’autorisation de tirer sur la victime ? Autant d’interrogations que bien des observateurs se posent au moment où démarre l’enquête sur cet incident meurtrier.

Pour le directeur Matthieu Yamba Lapfa Lambang, la justice militaire doit faire toute la lumière sur la mort de son jeune frère. Il veut connaître toute la vérité et attend de l’enquête déjà ouverte, au niveau de l’Auditorat militaire de garnison de Matete, toutes les circonstances de ce meurtre injustifié.

Une autre question est celle de savoir pourquoi des policiers à la gâchette facile se manifestent de plus en plus au sein de certaines unités de la police, en effet, un regard sur les statistiques de l’année passée, on compte un nombre important d’incidents meurtriers dus soit par un mauvais maniement des armes, soit par une mauvaise appréciation des cibles ou soit par de mauvais réflexes.

Voilà pourquoi bien des compatriotes se demandent si les auteurs de ces incidents malheureux sont passés par un centre de formation et avaient-ils appris le maniement des armes de guerre ?

Car, on se rappellera que dans l’affaire de l’assassinat du vice-président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa Botheti, son garde du corps a dévoilé à l’audience, son ignorance dans le maniement des armes. Lors du procès, certains avocats des parties civiles ont même allégué que dans la panique qui l’a habité, le garde du corps du député Daniel Botheti a tiré dans tous les sens. Il se pourrait que ce soit ses balles qui ont tué son protégé.

S’il est vrai que dans les rangs de la police, on compte des policiers non formés en grand nombre, c’est donc le lieu de les recenser pour pouvoir organiser des sessions de formation et un programme spécial de renforcement des capacités.

Les garder dans certaines unités sans formation particulière et les affecter à des manifestations publiques, c’est courir le risque de les voir multiplier bavures et incidents meurtriers aux conséquences déplorables.

J.R.T.

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