Un Français tué par un « Shegué »

La communauté européenne de Kinshasa et française en particulier se trouve sous le choc depuis le vendredi 05 mars 2010, jour de l’annonce du décès du médecin dentiste Francis Articlaut.  Cet expatrié qui avait choisi la RDC comme sa seconde patrie et qui y résidait depuis plus de 20 ans, a succombé des suites des blessures provoquées par l’agression sauvage dont il était victime, dans la nuit de jeudi 04 à vendredi 05 mars 2010 sur l’avenue du Commerce, dans la commune de la Gombe, de la part d’un enfant de la rue, communément appelé « Shegué ».

Selon des témoins de la scène, le meurtrier aurait étranglé sa victime, dans le dessein bien arrêté de lui arracher de l’argent ou quelque bien de valeur. L’étreinte aurait été si forte que Dr Francis Articlaut s’est retrouvé dans un centre hospitalier de la place dans un état lamentable, sans espoir de survie.  Le défunt était connu comme un grand amateur de photos et d’objets d’art. Il était un habitué de l’Académie des Beaux-Arts, du célèbre marché des marchands d’œuvres d’art à la Gare centrale puis à la Place Royal, des centres culturels de la place et comptait de nombreux amis dans le cercle d’artistes plasticiens, des amis de la culture et des photographes congolais.

Des sources diplomatiques contactées par Le Phare n’ont pu confirmer le décès de l’infortuné français que dans la journée du mardi 09 mars 2010. Les réserves de leurs charges les ont cependant contraintes de ne pas trop crier à sa juste mesure leur révolte face à un acte qui n’est pas le premier du genre. Mais à la lumière de leur tristesse mêlée de colère, un message implicite a été lancé : celui d’une  meilleure prise en charge de la sécurité des personnes et de leurs biens dans la capitale.

Les « Shegués », les nouveaux intouchables

Les expatriés sont devenus la cible de prédilection des délinquants qui écument le centre des affaires et de la politique à Kinshasa, dont beaucoup se cachent sous le statut de « Shegués », pour des raisons faciles à deviner. Depuis que certaines autorités civiles et militaires ainsi que des stars de la musique les ont adoptés, les enfants de la rue se croient tout permis à Kinshasa. Convaincus de leur impunité, ils intimident, agressent, volent, violent… au vu et su de tout le monde.

Complices non déclarés de leurs actes inciviques, les policiers assistent impassibles, aux troubles de l’ordre public, à la violation de l’intégrité physique de paisibles citoyens et aux attentats à la pudeur dont se rendent coupables les « Shegués » de jour comme de nuit. Le laxisme policier est tel qu’il est devenu inutile de crier au secours en cas de vol ou d’agression ayant pour auteur un « Shegué ».

Plus grave, les rares nationaux et expatriés qui prennent le courage de se saisir d’enfants de la rue surpris en flagrant délit de vol, d’agression, de viol, d’atteinte à leur dignité et de les déposer auprès des OPJ (Officiers de Police Judiciaire à compétence générale) ont souvent la désagréable surprise de les rencontrer, libres, quelques heures après leur passage au Commissariat de police. Et si, par malheur, le « Shegué » a été battu par des badauds avant sa présentation à la police, sa victime est obligée de le faire soigner jusqu’à sa guérison et de lui verser une somme consistante d’argent en guise de dédommagement. Certains se sont déjà retrouvés détenus dans des cachots de police pour n’avoir pas honoré la facture des soins d’un enfant de la rue voleur, violeur, agresseur.

Des questions demeurent sans réponses quant au véritable sens de l’opération tolérance zéro à Kinshasa, où des « armées » de Shegués terrorisent chaque jour des Congolais et des étrangers, sans être inquiétés par les structures légales de lutte contre la délinquance juvénile et la criminalité. En dépit des menaces de les arrêter et de les transférer dans les célèbres prisons de Makala, Kasapa, Buluwo, Angenga, Ekafela et autres, les enfants de la rue, devenus les nouveaux « intouchables » de la société congolaise, continuent de circule librement et de multiplier des forfaits, allant jusqu’à supprimer la vie de leurs semblables.

Leur degré de témérité est devenu si élevé qu’ils n’hésitent plus à organiser des actions de représailles contre les bureaux de la police, des autorités civiles, des missions diplomatiques, mais surtout les habitations privées et les commerces. A force de les caresser dans le sens du poil, ils ont pris Kinshasa en otage. Attend-on que la liste de leurs meurtres soit suffisamment longue avant d’agir ?

Tshieke Bukasa

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