Un document troublant de Mgr Laurent Monsengwo

A la veille de la rentrée scolaire, l’Archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, a signé en date du 25 août 2009 le « Décret N° ARKIN/LMP/0848/09 portant organisation du Fonds Commun de Solidarité pour les écoles conventionnées catholiques de l’Archidiocèse de Kinshasa pour l’année scolaire 2009-2010 ». Ce Fonds commun de solidarité sera alimenté par des sommes payées par les parents d’élèves et perçues deux ou trois fois par an, notamment lors des inscriptions ou au début de l’année scolaire.

Les écoles paroissiales catholiques sont aussi concernées. La lecture de ce document appelle de nombreuses observations et trouble les parents dont les enfants fréquentent les écoles catholiques de l’Archidiocèse de Kinshasa. A noter que l’Archidiocèse de Kinshasa inclue également les provinces du Bas-Congo et de Bandundu.

     Selon ce document, désormais, ces écoles catholiques sont classées en trois catégories : « Catégorie A » pour les familles aisées qui doivent payer par élève du primaire 100$ et du secondaire 180$ par année scolaire ; « Catégorie B » pour les familles moyennes qui doivent aussi  payer par élève du primaire 65$ et du secondaire 140$ par an et enfin, « Catégorie C » reprenant les familles ouvrières devant payer par an 30$ par élève du primaire et 90$ pour celui du secondaire. A ceux qui s’interrogent sur les critères objectifs de sélection utilisés pour faire la différence entre les « riches » et les « pauvres », le document précise que « les enfants des familles les plus démunies émargeront du Fonds commun de solidarité moyennant les preuves requises fournies par les curés de paroisses ».

 Vers la discrimination sociale 

      Le classification d’établissements scolaires catholiques selon les revenus supposés des parents d’élèves tend à installer une discrimination sociale et psychologique parmi les élèves. Cela risque de créer des clivages, des frustrations et d’aggraver la fracture sociale au moment où le gouvernement n’a pas réussi à abolir le système de « prise en charge des enseignants par les parents d’élèves ». Ce système survit à travers ce qu’on nomme pudiquement sous le vocable de « Minerval ou Frais scolaires ».

     Les sommes exigées par ce décret viennent alourdir les frais traditionnels exigés pour la scolarité des enfants congolais. Il y a à se demander si les curés et autres « Bakambi » ont réellement les moyens scientifiques d’investigation pour déterminer le niveau de vie réelle de chaque famille ayant un enfant dans une école catholique. Une autre difficulté  pointe à l’horizon : comment se fera le recensement des parents non catholiques, par exemple de confessions protestantes, islamique, kimbanguiste et ceux des églises de Réveil ?

Le paradoxe congolais veut que certains fonctionnaires – douaniers, agents et cadres des sociétés minières, de la DGRAD, de la DGI – qui n’ont que 50$ par mois mais qui vous essaiment des villas à travers la ville. Vont-ils être versés dans la catégorie des pauvres ou des riches ?

     Le Phare a interrogé plusieurs syndicalistes qui, à travers la  répartition prévue par le décret, soit : 25% pour les frais de fonctionnement ; 15% pour le Fonds commun de solidarité et 60% pour les interventions ponctuelles de toutes natures, voient là une version corrigée de la prise en charge des enseignants  par les parents. L’enseignant n’est mentionné nulle part et risque de ne pas trouver son compte, par conséquent  le sous-enseignement va continuer. Beaucoup d’écoles de provinces du Bas-Congo et de Bandundu sont disqualifiées par ce décret, car elles sont incapables de percevoir les taux qui y sont libellés.

 Une noble lutte sabordée ?

     Personne n’ignore la lutte noble menée par Mgr L. Monsengwo Pasinya à la tête de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), depuis les années 2005, en vue d’amener les écoles catholiques à appliquer réellement la charité du Christ mort et ressuscité pour tous, en supprimant la prise en charge des enseignants par les parents. Son prédécesseur à la tête de l’Eglise Catholique de Kinshasa, Mgr Etsou d’heureuse mémoire, était réfractaire à cette option, car la trouvant non réaliste, en raison de la démission de l’Etat vis-à-vis de ses responsabilités.

Beaucoup de parents dont les élèves fréquentent les écoles catholiques, à l’enseignement fait la différence en terme de qualité, partagent le souci du prélat catholique de secourir les élèves « pauvres », qui traversent réellement une conjoncture difficile. Ce que tout le monde craint, ce sont les effets pervers de sa décision.

D’où, pour éviter une nouvelle rébellion du genre de celle vécue sous le mandat de l’Abbé Biko, ancien coordonnateur urbain des écoles conventionnées catholiques dans la capitale, il serait souhaitable d’approfondir la réflexion avant la mise en route de la « Caisse de solidarité ». Dans ce contexte de crise, une nouvelle charge financière pour les parents, fondée sur la consistance présumée de leur porte-monnaie, ne pourrait qu’installer un profond malaise, pour ne pas dire un climat de révolte. L’Eglise catholique aurait intérêt à revenir à sa première vocation, celle des pressions sur l’Etat pour qu’il s’assume dans le secteur éducatif.

Les écoles conventionnées catholiques, installées aussi bien dans la capitale qu’à l’intérieur des provinces, reçoivent en ce début du mois de septembre 2009, des instructions des diocèses et des archidiocèses qui sont, en fait, leurs représentants et qui doivent les gèrent, selon l’esprit de la Convention signée avec le gouvernement de la République.

SAKAZ

 Décret n°AEKIN/LMP/0848/09 portant organisation du Fonds commun de solidarité pour les écoles conventionnées catholiques de l’archidiocèse de Kinshasa pour l’année 2009-2010

 

 

 

    

- Vu la Constitution de la République Démocratique du Congo dans ses articles 42, 43, 44 et 45 ;

- Vu la loi-cadre n°86/063 du 22 septembre 1986 à l’enseignement national, en ce qui concerne les interventions ponctuelles (Art.7) ;

- Vu les lettres circulaires pertinentes du ministère national et provincial de tutelle ;

- Considérant le magistère du Concile Vatican II dans le décret « Gravissimum illus… les directives de la Congrégation pour l’éducation catholique contenues notamment dans le document « Dimension religieuse de l’éducation dans l’école catholique (octobre 1988) pour la promotion d’une éducation décente et digne ;

- Eu égard à nos directives adressées aux gestionnaires des Ecoles conventionnées catholiques

- En vertu de notre pouvoir ordinaire et par la teneur des présentes

 DECRETONS

 Art.1. : Il est créé un fonds commun  de solidarité pour les écoles conventionnées catholiques et les écoles paroissiales catholiques.

Art.2. :

§1. Le fonds commun de solidarité est alimenté par des sommes perçues deux ou trois fois par an, notamment lors des inscriptions ou début de l’année scolaire

§ 2. Les sommes perçues seront versées au compte en Banque réservé exclusivement au fonds commun de solidarité.

Art.3. :

§1. Les cotisations sont perçues eu égard au niveau de vie des familles des élèves ;

§2. Compte tenu du niveau de vie susmentionné, les établissements scolaires seront classés en trois catégories ;

 Catégorie A : Familles aisées

Catégorie B : Familles moyennes

Catégorie C : familles ouvrières

 Art.4. : Au regard de l’article 3, les frais scolaires relatifs au fonds commun sont fixés par catégories de la manière suivante pour toute l’année :

 I.ECOLES SECONDAIRES

• Ecoles de la catégorie A : équivalent de 180$

• Ecole de la catégorie B : équivalent de 140$

• Ecole de la catégorie C : équivalent de 90$.

 II. Ecoles maternelles et primaires

• Ecoles de la catégorie A : équivalent de 100$

• Ecole de la catégorie B : équivalent de 65$

• Ecole de la catégorie C : équivalent de 30 $

 

Art. 5 :

§ 1. Les enfants des familles les plus démunies émargeront du fonds commun de solidarité moyennant les preuves requises fournies par les curés de paroisses.

§ 2. La clé de répartition des différentes rubriques et de l’utilisation des sommes perçues tenant compte des dispositions légales et du budget de chaque établissement scolaire, se fera de la manière suivante : 25% pour les frais de fonctionnement ; 15% pour le fonds commun de solidarité (compte épargne) et 60% pour les interventions ponctuelles de toute nature.

 Art. 6 : Les coordinateurs urbains et provinciaux, les sous coordinateurs, les curés de paroisse et les représentants des fonds d’association ainsi que les chefs d’établissements tant maternel, primaire que secondaire et les présidents des comités scolaires veilleront à la stricte application du présent décret.

 Art.7 : Le présent décret abroge toutes les dispositions antérieures et entre en vigueur à la date de sa signature.

 Fait à Kinshasa, en notre curie épiscopale, le vingt-cinquième jour du mois d’août de l’année deux mille neuf.

 Dans la foi en la vérité.

 

+ L. Monsengwo Pasinya

Archevêque de Kinshasa.

 

 

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