Un colis suspect de diamants congolais intercepté en Afrique du Sud

 

Un courrier de la Banque centrale du Congo expédié de Kinshasa, dernièrement, et destiné à l’Afrique du sud, est arrivé comme à l’accoutumée à Cape Town. A l’aéroport de cette ville sud-africaine, lors du tri pour en assurer le dispatching dans d’autres villes, les services de sécurité seront intrigués par une enveloppe qui, au lieu de contenir des lettres ou des documents, avait en son sein des objets ressemblant aux pierres. Passée au scanner, l’enveloppe portant le numéro de code 1499787026, a dévoilé son contenu : sept grains de diamants de petites tailles. Immédiatement, les policiers ont alerté leur hiérarchie qui a décidé d’ouvrir une enquête pour connaître l’expéditeur, la  ville de provenance et le destinataire basé à Cape Town. Leurs investigations vont démarrer avec la collecte des données sur la chaîne de l’expédition de courrier de DHL. Première piste : l’enveloppe de DHL était destinée à M. Brother Joël Bangu, habitant Cape Town, dont le numéro d’appel servait d’adresse téléphonique. Les enquêteurs ont tenté alors de le joindre. Peine perdue ! Ce numéro était déclaré hors service par le répondeur. Il n’y avait pas malheureusement une autre adresse pouvant permettre de l’atteindre. Voilà pourquoi les services de sécurité sud-africains vont s’enquérir de cette fameuse expédition, auprès de la direction générale de DHL de Kinshasa.

          Craignant les retombées de cette affaire, DHL sous la signature de son directeur général Ousmanou Kouhoto, va écrire à la Banque Centrale du Congo pour exiger des explications sur l’expédition sans déclaration préalable de ce colis de diamants. Bien que la démarche paraît correcte et innocente, il est quand même curieux de relever que DHL, qui était censée avoir réceptionné ce colis, se réveille tard pour réclamer des éléments sur cette enveloppe contenant des diamants.

          A la Banque Centrale du Congo, c’est la surprise générale et le coup de colère. En effet, les responsables de l’Institut d’émission qui veillent à la stricte application de la réglementation de change qu’ils ont initiée, particulièrement en ce qui concerne l’expédition des matières précieuses, ne reconnaissent pas avoir procédé à une telle expédition. Etait-ce un coup monté pour les salir ? A titre préventif, le préposé de la BCC à l’expédition du courrier a été suspendu de manière préventive et une plainte déposée en bonne et due forme, au Parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe.

          C’est à ce niveau que l’on se rendra compte des points sombres qu’il fallait nécessairement élucider dans cette affaire. D’abord, toutes les lettres de la BCC remises à DHL pour expédition, portent le même numéro de code qui permet de les identifier au courrier de cette institution bancaire. Et comme pour orienter les enquêteurs vers les vraies pistes, la fameuse enveloppe porte un numéro code particulier à DHL. En outre, aucune expédition de la Banque Centrale du Congo ne contient des matières précieuses. Car, cela ne figure pas dans le contrat qui lie depuis plus de 10 ans, l’Institut d’émission à la société des messageries postales DHL.

Le fameux colis ne proviendrait pas de la BCC

          Comment les préposés de DHL qui réceptionnent régulièrement le courrier de l’Institut d’émission, depuis des années, n’ont-ils pas découvert dans le lot des lettres, la présence d’une enveloppe, suspecte contenant des pierres précieuses ? Toutes les lettres de la Banque centrale du Congo sont envoyées aux destinataires bien identifiés sur les enveloppes avec leurs adresses physiques permettant de les joindre facilement pour accuser réception.  Pourquoi la fameuse enveloppe de diamants ne portait-elle pas l’adresse physique du destinataire ? Il serait alors impensable qu’une Banque centrale puisse expédier sept grains de diamants à un mystérieux destinataire. Logiquement, l’Institut d’émission de la RDC ne peut pas se rabaisser à expédier en Afrique du sud, un petit colis de pierres précieuses qui s’apparenterait au colis que détiendrait un creuseur artisanal de Mbuji-Mayi.

          A la direction juridique de la BCC, l’on s’en tient à la loi sur la réglementation de change du 13 février 2003, qui en son article 9 stipule qu’ «A l’exception du commerce frontalier, toute opération d’importation ou d’exportation des marchandises, quel que soit le mode de financement, requiert la souscription préalable auprès d’une banque agréée, d’un document intitulé déclaration». La plainte de la Banque Centrale du Congo prouve, si besoin en était, que les responsables de cette institution bancaire, ne sont de loin ou de près mêlés à cette affaire. Tous, ils sont déterminés à ce que la justice puisse faire toute la lumière, et parvienne à démanteler ce réseau des trafiquants des diamants qui infiltrent leurs colis suspects dans les lettres de la BCC, dont ils savent qu’elles ne sont jamais fouillées. C’est à travers cette piste que les enquêteurs pourraient dénicher les criminels économiques qui évitent le fisc et continuent à entretenir la fraude minière. Dans cette affaire, l’Institut d’émission tient surtout, comme il faudrait le souligner, à sauvegarder son image de marque et celle de ses dirigeants.  N’oublions pas que la Banque Centrale du Congo soutient à travers son appui à la Cellule des renseignements financiers, la lutte contre le blanchiment d’argent, le terrorisme, la criminalité transfrontalière et le trafic des matières précieuses. Nous osons espérer que dans le cadre des investigations, la justice congolaise pourra obtenir le rapatriement du colis suspect, afin qu’il soit expertisé et évalué à Kinshasa, et que le fruit de la vente revienne au Trésor public. Car, jusqu’à preuve du contraire, ce colis de diamants qui provient de la RDC, n’est pas couvert par un certificat de Kimberley délivré par les services compétents du ministère des Mines, pouvant garantir sa traçabilité.

Affaire à suivre !

 J.R.T.  

 

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