Un « Chef de l’Etat » au même titre que ses  » homologues » du RCD et de Kinshasa

 La défense, représentée par Me Nkuebe Liriss, a commencé par dénoncer une enquête partiale, bâclée, sans preuves… menée par le Procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo pendant 5 ans, après y avoir englouti la bagatelle de 42 millions d’Euros. Il a relevé plusieurs failles dans l’acte d’accusation, attestées par l’obligation lui faite par la Chambre préliminaire de revoir sa copie lors de l’audience de la confirmation des charges.

 Me Nkuebe a décliné, comme autre preuve de la partialité, le refus du Procureur Moreno d’inculper l’ancien président Patassé comme co-auteur des crimes de Bangui, en sa qualité de Chef de l’Etat et de commandant suprême des forces armées centrafricaines, l’absence dans le box des accusés des généraux centrafricains ayant effectivement commandé les troupes centrafricaines, libyennes, djiboutiennes…et celles du MLC sur le terrain. Il a déploré aussi l’absence des chefs d’Etat fournisseurs des soldats ayant participé à la riposte contre les rebelles conduits par François Bozizé.

 Il a beaucoup insisté sur l’audition des animateurs  de la chaîne de commandement militaire mise en place à Bangui, au lieu que l’accusation s’accroche aux témoins de seconde zone. Il a mis en doute la crédibilité de l’enquête, en raison du fait que les anciens collaborateurs de Jean-Pierre Bemba au MLC, dont certains exercent de hautes fonctions politiques en RDC, n’ont jamais été interrogés. Le « Chairman » avait pesé 42 % à la présidentielle de 2006. Il était pressenti, en toute logique, comme le Coordonnateur naturel de l’opposition. Selon Me Nkwebe, le Procureur de la CPI fait, sans le savoir, le jeu des adversaires politiques de Jean-Pierre Bemba qui tiennent à l’éliminer de la scène politique avant les élections de 2011.
 S’agissant du statut spécifique de Jean-Pierre Bemba, la défense a fait remarquer que ce dernier jouissait de la considération d’un Chef d’Etat, au même titre que ses « homologues du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et du gouvernement de Kinshasa, tous signataires de l’Accord de paix de Lusaka en juillet 1999. En octobre 2002, a-t-il martelé, le MLC n’était plus une rébellion mais une « Administration » légale reconnue par les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine, la SADC, l’Union des Etats d’Afrique Centrale, etc.
Parlant de l’intervention des troupes du MLC à Bangui, il a révélé qu’elle découlait d’une Résolution de l’Union Africaine adoptée lors du Sommet de Khartoum et finalisée en Libye. Ce n’était pas du propre chef de Jean-Pierre Bemba. La présence des soldats du MLC à Bangui, à partir du 30 octobre 2002 était comparable à celle de l’EFOR au Tchad, de l’OTAN en Libye. Me Nkwebe a rappelé à l’occasion des cas similaires d’intervention des forces internationales ou régionales au Nicaragua et en Bosnie-Herzégovine. Il s’est demandé s’il y a eu des poursuites contre le chef d’Etat de l’Ouganda pour les dommages de la guerre en RDC. Il s’est interrogé sur le sort réservé aux chefs d’Etat des pays dont les soldats, opérant sous le label de la Monuc en RDC, avaient été reconnus coupables de viols et d’actes de pédophilie.
 Enfin, autre question : « La RCA s’était-elle dépouillée de toute sa souveraineté au profit de Jean-Pierre Bemba ? ».
 Son client, a-t-il indiqué, se trouvait à plus de 2.000 Km de Bangui et ne pouvait commander les troupes sur le terrain. Puis, prenant un ton pathétique, Me Nkwebe a rappelé que le père de son client, feu Jeannot Bemba Saolona, était de tribu « Ngbaka », que l’on retrouve en RCA, et sa mère de tribu « Monzombo », également présente de l’autre côté de la frontière. A ce titre, il n’aurait pu se permettre de faire massacrer ses propres frères et sœurs à Bangui. Enfin, Jean-Pierre Bemba, a-t-il conclu, avait accepté d’être jugé pour laver son honneur, celui de sa femme, de ses enfants et surtouts de son père, mort sur le chemin du pénitencier.
Kimp.

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