UDPS : retour aux années Mobutu

Le décor qui s’offre aux yeux des observateurs, dans la commune de Limete, où sont basés à la fois le siège de l’UPDS (Union pour la Démocratie et le Progrès social) et la résidence de son président national, Etienne Tshisekedi, rappelle à beaucoup celui des années Mobutu. En effet, sous le régime du parti et de la pensée uniques, le contexte politique de l’époque, et la Constitution n’autorisaient pas l’existence de plus d’une formation politique dans l’ex-Zaïre. Par conséquent l’UDPS, créée en 1982 par 13 parlementaires en désaccord avec la dictature du Président-Fondateur du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution), était vouée à une existence clandestine.

Assignations à résidence, relégations dans leurs villages d’origine, longues détentions dans les amigos des services de sécurité, procès expéditifs et condamnations sans appel pour « haute trahison », confiscation des biens, traitements inhumains et dégradants, emprisonnements… étaient le lot des cadres et combattants entre 1982 et 1990 (24 avril), année de l’avènement du multipartisme au pays. La répression s’abattait avec rage et sans pitié sur quiconque se mettait en marge de la discipline du Parti-Etat, de la pensée et des enseignements du « Président-Fondateur », du « Père de la Nation », du « Timonier », du « Guide éclairé »…

Depuis que Tshisekedi s’est autoproclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011 et surtout a prêté serment en qualité de Chef de l’Etat, le vendredi 23 décembre 2011 à son domicile, l’étau s’est subitement resserré autour de lui et de son parti.
Non seulement l’homme est interdit de visite mais, en plus, il lui est pratiquement impossible de sortir de chez lui. Des barrières de la police placées dans un large périmètre de sa résidence bloquent tout mouvement. Les policiers veillent au grain, 24 heures sur 24. Ils sont visibles aussi bien aux entrées et sorties de la 10me Rue, du côté du Petit Boulevard comme du Ministère Amen, comme des rues Cannas et  Pétunias.

 Des éléments en uniforme comme en civil contrôlent les mouvements des piétons et des personnes qui traversent le secteur à bord de leurs véhicules. Des coffres des voitures sont passés au peigne fin. Les personnalités politiques ou les activistes des droits de l’homme qui tentent de passer les mailles de la police sont systématiquement renvoyées vers le cabinet du Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, pour chercher des autorisations écrites à délivrer, selon les policiers, par ce membre du gouvernement.

Etienne Tshisekedi est pratiquement coupé du monde extérieur. Même ses proches collaborateurs au sein du parti sont refoulés sans ménagement. Le Secrétaire général de l’UDPS, Jacquemain Shabani, a plusieurs fois échoué dans ses tentatives d’aller rendre compte à son président national. Bien que les autorités politiques, administratives et policières soutiennent n’avoir pas assigné le numéro un de l’UDPS à résidence, sa situation de personne privée de sa liberté de parole et de mouvement indiquent que Tshisekedi n’est plus un citoyen libre.
Même le commun des mortels ne sait plus accéder à lui. Les rares visiteurs qui passent les mailles des filets de la police n’expliquent pas la recette qu’ils appliquent à cet effet.

Permanence pillée et occupée
Depuis que la permanence de l’UDPS a été pillée, pour la énième fois, le vendredi 23 décembre 2011 par des « Kuluna » et « sportifs » instrumentalisés par des politiciens membres de la Majorité Présidentielle, sous les regards complaisants des forces de l’ordre, elle se trouve toujours sous occupation policière. Les équipements ayant été vandalisés et les archives brûlées ou emportées, ce parti ne sait plus fonctionner.
Alors que cadres et combattants pensaient récupérer leur siège pour entreprendre des actions de réhabilitation, de rééquipement et de reconstitution des archives, ils y sont interdits d’accès, comme c’est le cas pour la résidence de leur président national. Jusqu’à preuve du contraire, l’UDPS n’est pas interdite d’activités et aucun de ses responsables n’est frappé d’une mesure administrative ou judiciaire en rapport avec la sécurité intérieure ou extérieur de l’Etat congolais.

Pour quelles raisons l’empêche-t-on de fonctionner ? La question reste posée. Dans les milieux des animateurs de ce parti, l’on aimerait voir le pouvoir en place clarifier les zones d’ombres qui entourent le statut actuel de l’UDPS et son président. Si Tshisekedi et son parti sont interdits de se livrer aux activités politiques, le plus simple serait de le leur signifier par écrit, en portant à leur connaissance les griefs qui leur seraient reprochés au regard de la loi portant fonctionnement des partis et regroupements politiques en République Démocratique du Congo.

Le temps de la clandestinité
A défaut d’une décision administrative ou judiciaire portant suspension de ses activités, l’UDPS est rentrée aux années Mobutu, en opérant dans une clandestinité lui imposée par les circonstances. Cadres et combattants n’ont désormais qu’une alternative : travailler dans la clandestinité. Privés d’accès à leur permanence, ils sont obligés de discuter des affaires de leur parti dans la rue, sous les arbres des places publiques.
Parti à l’assise nationale et internationale indiscutable, l’UDPS est condamnée à fonctionner comme un parti des mallette avec des cadres et combattants circulant avec des dossiers sous les aisselles. Pendant que les formations politiques adverses offrent à leurs cadres et sympathisants des sites de rencontres à des adresses connues et mobilisent au quotidien, Etienne Tshisekedi et les siens sont interdits de parole et de mouvement par des autorités politiques et administratives qui refusent d’agir à visages découverts.

La République Démocratique du Congo va-t-elle construire sa démocratie dans un environnement où un camp politique a tout à dire et le camp opposé rien à dire ? Est-ce possible de connaître une période post-électorale apaisée si les opinions contraires à celles du camp au pouvoir ne savent pas s’exprimer ? Est-il normal qu’un parti politique auquel le ministère de l’Intérieur n’a pas encore retiré son agrément soit empêché de fonctionner ? Voilà autant de questions qui exigent des réponses claires si la RDC veut cheminer réellement vers l’Etat de droit.

Kimp

 

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