UDPS : 174 propositions pour un Congo nouveau

De sources concordantes en provenance des instances du parti cher à Etienne Tshisekedi, on apprend que le programme alternatif de gouvernement préparé de longue date à la 10me Rue est fin prêt. Le Président de ce parti, qui tient à renforcer la dynamique de la candidature unique de l’opposition, va soumettre le programme de l’Udps en primeur à l’opposition plurielle, qui soutient sa candidature, afin qu’il soit discuté et éventuellement enrichi par la plate-forme dans le cadre de la stratégie commune en vue de l’alternance.

174 propositions

Le programme de gouvernement de l’Udps consisterait en 174 propositions concrètes pour l’action et le changement en RDC. C’est la quasi-totalité des domaines de la vie de la nation qui sont abordés. Des propositions fortes en symboles pour marquer la rupture avec une gestion irresponsable, prédatrice et liberticide, sont identifiées. Il propose par exemple que le quinquennat qui s’annonce pose les fondations d’une gestion administrative responsable de la cité, Il s’engage à oeuvrer pour la réhabilitation et le renforcement de l’éthique en vue de redresser les moeurs dans tous les aspects de la vie quotidienne, en collaboration avec les organes existants chargés de ces questions.

Ainsi, il accorde une priorité au rétablissement de l’Etat-civil sur toute l’étendue du territoire, une tâche qui sera exécutée en partenariat étroit entre l’Etat, les provinces et les communes. Les conflits liés à la nationalité qui ont empoisonné le climat sociopolitique et ravi la paix ces dernières décennies sont en grande partie liés à la quasi absence d’Etat-civil et d’archives administratives dans le pays. Une situation qui n’est plus acceptable dans un pays où il suffit de présenter un permis de conduire, que n’importe qui peut acquérir à prix d’argent et sans dossier, pour être doté d’une carte d’électeur et devenir ensuite citoyen congolais.

Listes électorales permanentes et informatisées

L’Udps s’insurge également contre l’absence de recensement scientifique durant le quinquennat écoulé, qui traduit le caractère non transparent du pouvoir en place. Ce parti propose que le recensement de la population intervienne entre les prochaines élections provinciales et les élections locales. Il propose en outre qu’à l’issue des prochaines élections locales, on passe à un système de listes électorales permanentes et informatisées, gérées conjointement par la CENI et les autorités locales en charge de l’Etat-Civil. La transparence des prochains scrutins s’en trouvera assurée.
Sur la question de la nationalité, le parti d’Etienne Tshisekedi estime que l’hypocrisie et la légèreté du pouvoir actuel, à travers son fameux moratoire parlementaire, constitue l’un des innombrables dénis de l’Etat de droit en RDC qui fragilisent l’autorité de l’Etat et la paix. Le droit à la double nationalité est ainsi proposé, en toute logique pour un pays qui compte près de 8 millions d’émigrés, avec toutefois des restrictions appropriées pour certaines catégories fonctionnelles.

Armée : une priorité

S’agissant de la paix à l’est du pays, le programme accorde la priorité à la reconstruction de l’armée, en misant tout simplement sur le sérieux et la transparence des engagements qui seront pris par le nouveau président de la République. Il en est de même de l’action politique en vue d’une paix durable avec les pays voisins. L’Udps estime que le pouvoir PPRD /AMP s’est tout simplement disqualifié car le résultat de sa politique en la matière a conduit à la responsabilisation de criminels, à l’impunité généralisée et à la perte totale de confiance des populations.
Le programme proposé par l’Udps devrait susciter des débats intéressants au sein de la classe politique en ce qui concerne sa stratégie pour venir à bout de la corruption érigée en système de gouvernance. L’Udps estime que l’avenir de la démocratie, et même du pays tout entier, est menacé par la corruption. Ainsi, il propose qu’une loi sur le financement public et privé des partis politiques assure aux partis et regroupements politiques un financement public minimum, à raison de l’équivalent en FC de 1 dollar par suffrage obtenu aux législatives, et dont le paiement serait étalé sur les 5 années de la législature.

L’Udps estime également que l’absence de redevabilité du personnel politique et des cadres a atteint les limites du supportable. Il préconise la mise en place sans délai d’un système fiscal de déclaration annuelle des revenus et du patrimoine qui constituerait la pierre angulaire de sa stratégie anti-corruption. Aussi, la fiscalisation systématique de tout bien foncier ou immobilier en RDC devra intervenir sans délai, afin que la combinaison des deux mesures phare rende impossible ou du moins réduise fortement, le phénomène de l’enrichissement sans cause, surtout lorsque l’on sait que la RDC est l’un des rares pays au monde où les politiciens et hauts cadres de l’administration sans activité économique particulière, sont plus fortunés que les hommes d’affaires. Ces derniers sont rançonnés à longueur de journée et il n’est plus possible aujourd’hui d’envisager l’entreprenariat sereinement dans notre pays. La Direction Générale des Impôts a du travail en perspective.

Inga : le grand rêve

Sur le plan économique, l’Udps estime que ce quinquennat devra d’abord s’atteler à libérer les fondamentaux de la croissance en RDC. Ceux-ci concernent principalement l’offre énergétique, l’adduction d’eau, l’offre de ciment, les infrastructures de transport et l’organisation institutionnelle pour un accompagnement efficace du secteur privé, qui a lui aussi un grand besoin d’appuis en renforcement des capacités.
L’Udps pense ainsi à accorder la priorité à la question de l’énergie, à travers la reprise en main du dossier d’Inga. Dans les 3 mois qui suivront sa prise de fonction, le gouvernement porté par le président de l’Udps va proposer des termes de référence visant la création d’une société de mise en valeur de INGA, dont 40 % non diluables du capital reviendraient à l’Etat et à la province du Bas-Congo, et les 60 % restant seraient offerts de façon équilibrée à des partenaires de premier plan issus des 4 pôles de développement suivants : Afrique, Europe, Amérique du Nord et Pays Emergeants. L’objectif à terme se situe en 2 phases : rétablir, en 24 mois au maximum, les capacités installées de INGA 1 et 2, soit 2500 MW ; avant la fin du quinquennat, achever INGA 3 en portant l’offre de courant électrique à plus de 6000 MW et achever les études et les montages financiers pour la réalisation du grand INGA (44000 MW). C’est tout dire que le quinquennat qui vient de s’écouler a été un quinquennat pour rien, sur une matière aussi stratégique et capitale pour le développement économique de la nation.

Public-privé : un vrai partenariat

Parlant de cogestion de la nation, l’Udps propose au secteur privé un cadre institutionnel nouveau au sein duquel le Partenariat Public-Privé trouvera tout son sens. Les chambres de commerce seront des partenaires institutionnels de l’Etat et des entités décentralisées pour toutes les questions liées à l’organisation économique de la nation. Elles se verront confier des rôles accrus, notamment en ce qui concerne la formation professionnelle et la gestion de certaines infrastructures collectives comme les ports ou aéroports.

L’Udps est consciente que l’investissement privé est actuellement plombé par le climat exécrable des affaires dans notre pays. Il propose une série de mesures traduisant une réelle volonté de libérer l’énergie créatrice du secteur privé. Il s’agit notamment de la baisse, de 40 % à 25 % de l’impôt sur les revenus des sociétés, du plafonnement à 7 % du total des frais de mutation pour les opérations foncières et immobilières, et du plafonnement entre 3 et 25 % de l’impôt sur les salaires contre 50 % voir plus actuellement, afin de favoriser la création d’une classe moyenne indispensable au développement à long terme du pays. Ce parti se fixe néanmoins comme objectif de porter le taux de prélèvement fiscal au-delà de 25 % du PIB en 5 ans. Il fonde ses calculs sur le rétablissement de l’éthique dans les régies financières et l’administration, mais aussi au sein des entreprises qui seront plus enclines à payer leur dû, dès lors qu’elles pensent avoir en face un secteur public plus responsable, ce qui fait penser à l’effet Tshisekedi enregistré en 1992 pendant sa courte conduite du gouvernement de transition. Le parti table également sur l’élargissement de la base fiscale en exploitant les nombreux gisements d’impôts délaissés tel que le foncier, l’immobilier et les messageries financières.

Pour la création d’une banque de développement

Il est également proposé la création d’une banque nationale de développement sur la base de l’expérience et du patrimoine physique et humain de la SOFIDE, du BCECO et du FPI. Le prochain gouvernement porté par le président de l’Udps compte affecter le produit des privatisations et des pas de portes miniers à la création de cette banque de développement. Rien à voir avec l’opacité des transactions opérées par le gouvernement actuel en rapport avec la cession d’actifs miniers. La Banque Nationale de Développement sera engagée dans la lutte contre la pauvreté, le développement des infrastructures, le financement de l’économie et des provinces ainsi que le renforcement des capacités. Les partenaires extérieurs, ainsi que les provinces, participeront au capital et à la gouvernance de cette banque, qui sera le bras armé de la coordination des interventions en faveur du développement équilibré du pays.

La Banque Centrale du Congo sera réformée et se verra assigner la mission principale de construire un véritable système financier à même d’accompagner l’économie, notamment, en œuvrant au rétablissement du crédit à long terme sans lequel il n’y aura jamais d’investissements privés à la hauteur des besoins de notre pays. En l’absence d’un système financier favorable aux investisseurs nationaux et à long terme, la corruption est devenue pour les Congolais l’unique alternative pour accéder à la richesse, ce qui explique en grande partie le spectacle désastreux de notre classe politique en quête de repositionnement permanent en vue du «partage du gâteau ». Dans un tel contexte, seuls les étrangers sont en mesure d’investir dans le pays, avec le risque élevé de n’attirer que des maffieux qui se complaisent dans un environnement corrompu et l’aggravent.

Caisses sociales et mutuelles de santé

Sur le plan social, l’Udps semble bien à la hauteur de son positionnement idéologique. A titre d’exemple, afin d’accroitre l’accessibilité financière aux soins de santé, il est préconisé la création de nouvelles caisses au sein de l’INSS, pour l’assurance maladie des secteurs privé et public, ainsi que pour la retraite du secteur public. Il est également envisagé la généralisation des mutuelles de santé pour le secteur privé informel et le secteur rural, au niveau de chaque district. D’autres mesures importantes concernent l’identification de nouvelles zones pour la construction de nouvelles installations de soins de santé primaire, l’amélioration et la rénovation des établissements de santé existants en vue de disposer d’ un hôpital moderne dans chaque province, et l’accessibilité physique aux formations de santé et la gestion de ces dernières.

Ce sont donc des mesures sociales concrètes, susceptibles d’avoir un impact direct sur le vécu des employés des secteurs publics et privés et de leurs ayants droits, que l’Udps propose. A l’image de cet engagement clair visant la réalisation progressive du barème de Mbudi, dans le cadre de ce qui s’apparente à un contrat de confiance et de performance avec le personnel de l’administration publique. D’autres propositions pertinentes sont identifiées concernant le logement social, le transport urbain et interurbain, l’éducation, la lutte contre la faim, la famille etc.
Par ses 174 propositions, l’Udps apporte la preuve que loin d’être un grand parti du seul fait du charisme de son chef, comme ses détracteurs aujourd’hui en perte de vitesse ont toujours voulu le dépeindre, il est un parti mature et préparé pour prendre les responsabilités gouvernementales et pour être la locomotive du changement tant attendu par le peuple congolais.

RK.

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