Tyroïde : 9 femmes contre 1 homme souffrent du goitre

Le monde a célébré le 25 mai 2014 la journée internationale de la Tyroïde. Le disfonctionnement de cet organe provoque à la longue le goitre, qui se manifeste par un gonflement  au  niveau du cou, dans la fosse sus- sternale. A cette occasion, Le Phare a rencontré le professeur Bidingija Mapika,  interniste endocrinologue au département de médecine interne, unité de médecine nucléaire, aux Cliniques Universitaires de Kinshasa, qui parle de manière succincte de la tyroïde et de la formation  du goitre, de sa prévention, du diagnostic ainsi que de son traitement.

Description de la

glande tyroïde

La tyroïde est une glande, que possède tout être humain, située à la face antérieure du cou au niveau de la fosse sus-sternale. Elle n’est pas visible à l’état normal mais joue un rôle capital depuis la vie intra utérine jusqu’à la mort. En clair, la tyroïde produit 2 substances hormonales : la Tri-odo thyronine et la Thyroxine.  Ces 2  hormones agissent sur toutes les cellules de l’organicisme et possèdent des propriétés sur  la croissance des tissus en général, certainement en  collaboration avec d’autres hormones dont celles de croissance et sexuelle.  Elles contribuent également à la croissance spécifique de certains tissus tels que le système nerveux central, la peau, l’os.  Cet effet sera couplé par un effet métabolique découlant de la production de l’énergie dont l’organisme a besoin pour toute la vie (énergie sous forme de chaleur mais également sous forme des productions du substrat qui vont contrôler la transformation de différents nutriments comme le sucre et la graisse, toujours dans le but de la production de l’énergie).

 Rôle sur le fœtus

 Ces hormones sont indispensables chez le fœtus. Elles stimulent la maturation et la croissance de connexion entre les neurones et la formation de la gaine de protection des nerfs, de telle sorte qu’au cours de la grossesse, si la mère n’a pas ces hormones, la maturation du système chez le fœtus, qui doit se faire au 3ème et 4ème mois, est impossible.  Et si pareil enfant arrive à naître, un certains nombre des conséquences vont s’en suivre. Il y a notamment un coefficient intellectuel  bas, un déficit psychomoteur et énergétique, l’obésité (macrosomie) et l’insuffisance tyroïdienne appelée Hypothyroïdie néonatale. Et dans le cas où cet enfant naît sans problème, il court le risque de faire une hypotyroïdie si une bonne l’alimentation ne s’en suit pas.

Dans les conditions normales, la tyroïde a besoin des matériaux de construction dont l’iode, qui est le principal ingrédient pour fabriquer les hormones tyroïdiennes. Cet iode provient de l’alimentation (le lait, les végétaux, dans l’eau, le sel iodé). Sans cette substance, la tyroide n’a aucune raison d’exister. Et la tyroide a besoin de 70 à 170 microgrammes d’iode par 24h. Mais ce besoin peut varier selon les circonstances. Pendant la puberté ou la grossesse, l’enfant peut avoir besoin de plus de 170 microgrammes.

 Si ces besoins ne sont pas satisfaits, il y aura une production insuffisante des hormones thyroïdiennes, occasionnant leur carence dans l’organisme et une baisse de ces hormones en circulation. Ce qui va conduire à la stimulation de l’hypophyse (coordonateur de toutes les glandes de l’organisme à partir du cerveau), afin de produire  la thyréostimuline (TSH). Celle-ci va pousser la tyroïde à amplifier la production des hormones T3 et T4 (régulateurs de la vitesse du fonctionnement de tous nos organes) ainsi qu’à augmenter la taille de la glande thyroïde. C’est cette augmentation de la taille de la thyroïde qu’on appel « goitre ». Dans les conditions normales, la tyroïde pèse 20 à 30g. Mais dans le cas du goitre, cette moyenne est dépassée. Il peut arriver que cette augmentation du volume et de la production hormonale devienne en excès. Et si cette situation persiste, cela va conduire au goître hyper sécrétant. On parle dans ce cas d’hypertyroïdie, qui est une situation dangereuse pour le cœur, du fait que les hormones produites par la tyroïde augmentent. Ce qui implique l’accélération du rythme cardiaque, l’élevation du besoin en oxygène, l’excitation et l’irritation du cœur, débouchant ainsi sur une insuffisance cardiaque qui touche au départ le ventricule gauche et finit par ambler le ventricule droit  pour conduire à la mort.

L’hypertyroïdie se traduit par le gonflement des yeux (unilatéral ou bilatéral), le tremblement des extrêmes (mains), la transpiration abondante, l’amaigrissement puisque les même hormones brûlent les protéines et l’énergie, la fatigue intense, la nervosité et les troubles de comportement. Dans l’autre situation, on parle de l’hypotyroïdie. Car malgré l’augmentation du volume de la glande, cette dernière ne parvient plus à apprvisionner l’organisme en hormones. C’est ainsi que le corps fonctionne au ralenti. Il ya ralentissement du fonctionnement du cerveau et du tube digestif, du battement du cœur, etc. Dans le cas de l’hypotyroïdie comme de l’hypertyroïdie, la femme connait beaucoup de problèmes liés aux troubles des règles (absence des règles). C’est l’un des facteurs importants de l’infertilité et de fausses couches.

 Facteurs favorisants

l’apparition du goitre   

Parmi les facteurs favorisant, nous avons : la génétique, la consommation des substances goîtrigènes (exemple la cyanure contenus dans certains aliments comme les tubercules et les céréales (le manioc amer et surtout celui qui n’a pas subit le rouissage dans l’eau courante, le sorgho, le mil, le chou, l’igname). Il y a aussi certains médicaments qui peuvent bloquer le fonctionnement de la tyroïde suite à l’excès d’iode. Ce sont des antityroïdiens de synthèse. Le sexe fait partie aussi des facteurs favorisants l’apparition du goitre. C’est une maladie à prédominance féminine. Selon les statistiques, 9 femmes contre1 homme en souffrent.

Diagnostic du goître

Il est avant tout clinique. Il consiste pour le médecin, de constater la tuméfaction au niveau du creux systémal, qui peut être visible ou pas à l’œil nu mais palpable. Il s’en suit  la vérification de l’état fonctionnel du goitre, jugé selon la quantité hormonale produite. On connaît à ce niveau 3 états : – l’’état de normotyroidie, caractérisé par un fonctionnement normal ; -l’état d’hypertyroïdie, qui correspond à la production exagérée et chronique ou persistante des hormones ; -l’état d’hypotyroïdie, caractérisé par l’insuffisance d’hormones ou le ralentissement de toute activité de l’organisme. Pour déterminer ou diagnostiquer le goître, on recourt aussi à la recherche des facteurs favorisants et aux tests de localisation qui comprennent l’écographie tyroïdienne, la synthigraphie tyroïdienne et l’IRM.

Traitement  de la maladie

Avant toute chose, le traitement doit être préventif. Il y a la prévention primaire, qui consiste à faire en sorte que le goître n’apparaisse pas en agissant sur les facteurs modifiables, n’ayant pas trait au facteur génétique par exemple. Et la prévention secondaire vise à traiter ou combattre la maladie pour qu’elle n’évolue plus. Une consultation précoce, surtout en ce qui concerne les femmes, permet une prise en charge rapide de la maladie. D’où il est recommandé de contempler régulièrement le cou, parce qu’une étude montre que seules 30 % des femmes découvrent elles-mêmes ce gonflement au niveau du cou. A côté du traitement préventif, on a le mode curatif qui est de 3 ordres : – le traitement médical conservateur. C’est la méthode idéale qui consiste à remplacer les hormones qui manquent. Et la seule hormone sur le marché est L-tyroxine. Prescrite de manière judicieuse, elle permet la normalisation des taux hormonaux dans le sang et à la longue diminution de la glande tyroïde. C’est un traitement qu’il ne faut pas interrompre sans l’avis du médecin sur une période de 18 mois. Il est destiné aux personnes de goitres normaux. Il y a ensuite le traitement chirurgical qui peut être indiqué après échec du traitement médical ou dans le cas d’un goitre très volumineux ou d’un goître compriment les organes voisins (goitre associé au cancer). Mais il faut savoir que ce n’est pas tout goître  qui peut-être opéré, surtout celui qui découle de l’hérédité, car même après opération, il va finir par réapparaître après un temps. Enfin, nous avons le traitement métabolique suppressif par l’iode 131 radioactif, que j’ai mis au point, et qui  vise à détruire toutes les cellules qui ne fonctionnent pas normalement.  Il est administre dans des cas précis tels que pour le goitre qui ne diminue pas de volume après un traitement régulier de 18 mois, de goitre hypertyroïdien, à condition de rendre d’abord la glande normo fonctionnelle par le traitement antityroïdien de synthèse. Mais ce traitement est contre indiqué dans les cas de grossesse et d’allaitement. Toutefois, après traitement chirurgical, le malade sera suivi régulièrement et pourra bénéficier du traitement de substitution par la L-thyroxine. Je dois souligner que les résultats sont satisfaisants, surtout lorsque les malades sont pris en charge au début de leur maladie.

Myriam IRAGI et Perside DIAWAKU

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