«Toute loi religieuse ou civile qui ne vise pas le salut et le bien-être de l’homme est une tracasserie…»

Créé Cardinal en fin d’année, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, a été présenté officiellement aux chrétiens catholiques de la République du Congo le dimanche 13 février au stade Félix Eboué de Brazzaville, en présence d’une nombreuse foule et de plusieurs personnalités tant politiques, diplomatiques que religieuses. Le Chef de l’Etat congolais, Denis Sassou Nguesso, et son épouse, Antoinette Sassou, ont assisté à la célébration eucharistique présidée pour la circonstance par l’Archevêque de Kinshasa.
Dans son homélie, celui a singulièrement insiste sur la notion de la loi, laquelle doit être juste, impersonnelle et respectueuse de la liberté des humains. A son avis, un texte de loi, civil ou religieux, qui ne vise par le salut et le bien-être de l’homme n’est rien moins qu’une tracasserie administrative. C’est là, de son point de vue, la quintescence de la « justice nouvelle » proclamée par Jésus Christ.
Le Cardinal Monsengwo a saisi la même occasion pour interpeller tout le monde sur l’impératif de jeter un regard de compassion sur ceux qui souffrent, de partager leurs souffrances et de s’investir dans des actions de nature à alléger leurs peines. Ci-dessous, le texte intégral de l’homélie du nouveau Cardinal de la République Démocratique du Congo.

Excellence Monsieur le Président de la République,
Mama Antoinette Sassou
Nguesso,

Laissez–moi vous remercier d’avoir aménagé votre emploi du temps fort  chargé de manière  à  vous associer à cette prière d’action de grâce, voulue par l’Eglise de Dieu  au Congo, à l’occasion de mon élévation par le Pape Benoît XVI à la dignité Cardinalice. Veuillez recevoir mes hommages déférents. Ma prière vous accompagne. Monsieur le Président, pour l’accomplissement harmonieux de vos hautes responsabilités.
 Je  salue de manière particulière Son Excellence Mgr Pavlovsky, Nonce apostolique au Congo, dont la présence à cette Eucharistie nous unit de cœur et d’esprit  avec le Pape Benoît XVI, qui préside à la charité de l’Eglise universelle, avec la mission d’affermir ses frères et sœurs dans la foi (Lc 22, 32).
 Mes salutations affectueuses vont ensuite à vous mes frères dans le ministère épiscopal. Merci, Mgr Portella ; merci, Mgr Milandou pour les paroles aimables que vous m’avez adressées ; merci à tous les membres de la conférence épiscopale de m’avoir invité à venir visiter la communauté chrétienne du Congo-Brazza. Puisse le Seigneur vous aider à annoncer l’Evangile en toute assurance. 
 Je salue avec respect tous les corps constitués de la République du Congo, chacun dans ses titres et qualités respectifs. Je pense particulièrement aux ministres, aux députés et aux sénateurs qui jouent un rôle important dans la vie de la Nation.
 Je salue les Ambassadeurs et les membres des organisations internationales accrédités en République du Congo. Puisse leur mission diplomatique consolider la paix dans notre sous-région d’Afrique centrale.
 A vous tous, chers frères et sœurs de la République du Congo, vont mes salutations affectueuses. Je vous remercie une fois de plus pour  votre réconfortante présence à Rome, à Kinshasa et ici à Brazza. Merci d’être venus nombreux à cette liturgie qui nous unit à toute l’Eglise, afin de confier nos malades à la Vierge de Lourdes et lui demander de nous obtenir la paix dans le monde.

Monsieur le Président de la République,
Distingués invités,
Chers frères et sœurs,
1. Dans l’évangile de ce dimanche (6ème temps ordinaire A), le Seigneur déclare : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi et les prophètes…Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir (plerosai) (Mt 5, 17). Jésus est venu accomplir la loi, qu’est-ce à dire ?
2. Une chose est certaine : Jésus a observé la loi reçue de Moïse (et des prophètes) ; ses parents aussi. Il s’est fait circoncire (Lc 2, 21); c’est à cette occasion qu’on lui a imposé le nom de Jésus. Il  a été présenté au temple conformément à la loi de Moïse (Lc 2, 22). Devenu « bar mizwah », c’est-à-dire fils ayant atteint l’âge pour observer la loi de Moïse, Jésus montait à Jérusalem avec ses parents (Lc 2, 42), et le sabbat, il se rendait à la synagogue  avec les autres juifs (Lc 4, 16). Plus tard, les Ecritures attestent qu’il a mangé la pâque avec ses disciples (Lc 22, 14      ). Bref, Jésus n’était pas un mécréant, loin s’en faut ! Il était un pieux israélite, qui tenait à observer la loi de Moïse ; puisqu’elle a été donnée par Dieu, et résumait l’Alliance de Dieu avec son peuple. Et Jésus appartenait à ce peuple de l’alliance.
3. La Bible signale souvent que tel ou tel événement eut lieu pour que s’accomplisse l’Ecriture (Mt 1, 23 ; 2, 16 ; 2, 18). Aussi le Christ interpréta-t-il aux disciples d’Emmaüs tout ce qui le concernait dans l’Ecriture (Lc 24, 27). Le Christ accomplit et réalise les Ecritures.
4. Cela étant établi, il demeure que ce sens du verbe « accomplir » ne permet pas d’expliquer l’ensemble des textes. D’abord, parce que nous voyons que Jésus, tout en observant la loi, l’observe autrement que ses congénères. Ainsi, dans la synagogue de Capharnaüm, il guérit un homme à la main paralysée (Mc 3, 1ss). Il guérit le paralytique et lui ordonne de porter son grabat et de rentrer chez lui (Mc 2, 1-12). Mêmement, à la piscine probatique de Jérusalem, il guérit un paralytique le jour du sabbat et lui ordonne de prendre son grabat (Jn5, 1ss).
5. Plus encore il se déclare « maître du sabbat » (Mt 12, 8), après que ses disciples eurent arraché et mangé des épis à travers les champs le jour du sabbat (Mt 12, 1-8). « Le Fils de l’homme est maître même du sabbat », dit-il. En outre, il donne un principe herméneutique, qui doit aider les disciples à interpréter la loi : « Le sabbat est fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat » (Mc 2, 27). Autrement dit : la loi a pour finalité le salut de l’homme. Tel est l’esprit de toute loi que l’on n’atteint pas nécessairement en observant la lettre de la loi. Sans cet esprit, on peut observer une loi, sans l’observer vraiment. Toute loi religieuse ou civile qui ne vise pas le salut et le bien-être de l’homme est une tracasserie administrative inutile sinon inique.
6. Non seulement Jésus observe la loi autrement que ses congénères, il se différencie de toutes les interprétations antérieures des rabbis. « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens…Eh bien moi je vous dis ». Et le Christ de donner la vraie teneur de sa loi évangélique, qui fera que la justice de ses disciples, la justice nouvelle, sera supérieure à celle des pharisiens et des scribes. Tant et si bien que la foule s’exclamera : « Voilà un enseignement nouveau, plein d’autorité ! Il commande même aux esprits impurs et ils lui obéissent » (Mc 1, 27).
7. Aussi, Jésus enseigne que le meurtre n’est pas seulement l’acte extérieur de tuer, mais aussi l’acte que pose celui qui se met en colère contre son frère,  celui qui insulte son frère ou  celui qui maudit son frère. Ces actes exigent la réconciliation avant toute offrande à Dieu. (Mt 5, 21-24).
8. De même,  l’adultère ne se limite pas à l’acte extérieur, mais il comprend aussi l’acte intérieur de l’homme qui regarde une femme en la désirant dans son coeur (Mt 5, 27ss).
9. La justice nouvelle que Jésus vient proclamer par son Evangile est en fait objectivement plus difficile à vivre. D’abord elle  n’est plus seulement rituelle, elle est intérieure : le péché est avant tout dans le cœur de l’homme(Mt 15, 10-25). Notre morale est par conséquent une morale d’intentionnalité. De ce fait, elle comprend et qualifie les péchés de désir, de pensée et même les péchés conditionnels.
10. De ces considérations, il ressort que le Christ est venu accomplir la loi en l’observant certes, mais surtout en la portant à son achèvement, à sa perfection. Il l’a fait en la rendant plus difficile, en lui donnant sa dimension intérieure, son intentionnalité, mais surtout son esprit qui est le salut de l’homme. De ce fait, la loi n’est plus extérieure à l’homme : elle lui est intérieure. En respectant l’esprit de la loi, la loi devient liberté, car là où est l’esprit, là est la liberté (2Cor 3, 17).Parce que nous recevons l’Esprit qui nous donne la force de la filiation divine, pour observer la loi avec amour (cf. Rm 8, 15), ainsi la loi nouvelle est plus facile à observer que l’ancienne, car elle se résume dans une seule loi : l’AMOUR.
11. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens … eh bien moi je vous dis. Pour nous chrétiens africains, l’Evangile et l’autorité du Christ Jésus constituent la norme ultime de la foi et de la morale. Il faut, certes, inculturer l’Evangile, mais sans prêter le flanc au syncrétisme et à un christianisme au rabais. Il y a une rupture entre l’Evangile qui vient toujours d’ailleurs et toute culture qui cependant contient des « semences » d’Evangile permettant à la foi de s’incarner dans les cultures.
12. A deux jours de la Journée mondiale du malade, renouvelons notre engagement chrétien à nous occuper de nos frères qui souffrent. « La mesure de l’humanité, dit Benoît XVI, se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants ou qui n’est pas capable de contribuer par la compassion à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine » (Lettre encycl. Spe salvi, n°38). Puissent aussi nos frères et sœurs malades associer leurs souffrances à celles du Christ et les offrir pour la rédemption du monde. La souffrance est une réalité qu’on porte toujours les yeux fixés sur le Christ. 

13. Monsieur le Président de la République,
Distingués invités,
Chers frères et sœurs,

Demandons à la Vierge immaculée de Lourdes de nous obtenir le sens et l’esprit chrétiens de la souffrance. Qu’elle nous obtienne aussi la justice nouvelle, afin que nous soyons des disciples qui rayonnent la lumière du Christ dans notre pays.
Que Dieu bénisse la République du Congo et son peuple. Amen.

+ L. Card. MONSENGWO PASINYA
     Archevêque de Kinshasa
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Rubrique : Médias
2011 : les institutions
internationales ont failli
L’Union Africaine parmi d’autres institutions mondiales avec un piètre record
Selon  le rapport annuel «Attaques contre la presse en 2010», publié par le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), un nombre important d’institutions mondiales et régionales chargées de veiller au respect de la liberté de la presse faillent à leur mission, alors que les journalistes continuent de subir des menaces, des emprisonnements, des intimidations et des meurtres à travers le monde.
 
 «Bien que le droit international garantisse le droit à la liberté d’expression, les journalistes ne peuvent pas s’assurer que leurs droits seront valablement protégés», a déclaré Joël Simon, Directeur Exécutif du CPJ. « Par exemple, la récente répression et la persécution sans précédent dont les journalistes ont été victimes en Egypte, est une occasion pour que les institutions mondiales et régionales s’expriment et agissent  fermement pour la défense d’une presse libre », a-t-il ajouté.
  «Attaques contre la presse» est le guide sur la liberté de la presse internationale le plus complet au monde, contenant des analyses approfondies, menées par des experts régionaux du CPJ, sur les principaux facteurs qui entravent la liberté de la presse. Il inclut un article de fond spécial sur le caractère invisible des dangers menaçant les blogueurs et journalistes en ligne, notamment la surveillance de l’Internet, les logiciels malveillants, le filtrage et la censure des sites d’informations en ligne.
 Le CPJ a constaté le peu d’enthousiasme et l’incohérence des institutions telles que l’Organisation des Nations Unies, l’Union Africaine, l’Organisation des États américains et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, entre autres, en matière de défense de la liberté de presse. « Alors que de courageux rapporteurs spéciaux luttent contre la violence faite aux médias, leurs efforts pour garantir la liberté de presse se heurtent au manque de volonté politique », a dit M. Simon.
  Avec une préface de Riz Khan, journaliste au service anglais d’Al-Jazeera, le livre donne un aperçu de la situation des médias dans plus de 100 pays ainsi que des données sur les journalistes tués (44) et emprisonnés (145) en 2010. Les tendances régionales identifiées par le CPJ comprennent:
 
LES TENDANCES
 
L’Afrique:

 Le regain d’intérêt que connait le journalisme d’investigation a conduit les gouvernements de la région à réprimer les journalistes, en particulier ceux qui enquêtent sur la fourniture de services de base et l’utilisation des deniers publics. Du Cameroun à l’Afrique du Sud, les autorités emploient des mesures de plus en plus agressives pour démasquer les sources d’information confidentielles des journalistes, criminalisent la possession de documents gouvernementaux, et prennent des mesures de rétorsion contre les journalistes d’investigations—tandis que les gouvernements à travers le continent, sous la pression des pays donateurs, s’engagent à plus de transparence et pour la reddition de comptes.
 
Les Amériques:
 
 Plusieurs décennies après la démocratisation de la région, l’Amérique latine connait une résurgence de la censure tous azimuts, causée par la répression gouvernementale, l’ingérence dans les  affaires judicaires et l’intimidation des groupes criminels. Dans certains pays, un climat d’impunité perpétue le cycle de la violence et de l’autocensure. Dans d’autres pays, les gouvernements abusent des ressources d’État pour museler les journalistes qui font des enquêtes critiques à leur encontre, tandis que des personnages puissants se servent systématiquement des tribunaux politisés pour bafouer les garanties constitutionnelles de liberté d’expression.
 
L’Asie:

 Caractérisé par la violence et la répression d’Etat, la censure en Asie est polymorphe. Les politiques de la Chine contre les médias sont devenues plus que jamais fermes, même dans un contexte où les journalistes locaux essaient de respecter les orientations fixées par l’organisme d’Etat chargé de la propagande. Les pays démocratiques d’Asie comme la Thaïlande, les Philippines et l’Indonésie semblent incapables de mettre fin à l’impunité avec laquelle les journalistes sont tués, tandis qu’au Sri Lanka, les retombées de la pacification du pays ne profitent guère aux journalistes. En 2010 le Pakistan a été le pays le plus meurtrier au monde pour les journalistes.
 
L’Europe et l’Asie centrale:
 De nouvelles formes de censure des plus subtiles commencent à émerger dans la région pour contrer la montée du journalisme électronique, en particulier en Russie et dans les anciennes républiques soviétiques. Il s’agit notamment d’attaques technologiques ciblées et la désactivation des sites internet des médias indépendants par des actes de piratages intraçables. Aujourd’hui, les violences physiques déjà monnaie courante dans plusieurs pays pour harceler et intimider les journalistes travaillant dans les médias traditionnels s’étendent maintenant aux blogueurs. Pendant ce temps, les lois contre la diffamation et l’extrémisme font peser des restrictions et des menaces de sanctions sur les journalistes.
 
Le Moyen Orient et l’Afrique du Nord:
 Dans toute la région, les gouvernements assimilent la couverture indépendante de la lutte antiterrorisme au terrorisme lui-même, évoquant des raisons de sécurité nationale pour censurer toute information et opinions jugées critiques à leur encontre. De l’Egypte à la Turquie, des reformes légales de grande envergure sur la sécurité nationale ont été promulguées, criminalisant ainsi les publications sur le terrorisme et les questions politiquement sensibles. L’Iran caracole en tête des pays de la région avec son recours abusif aux accusations de menées antiétatiques, et du Soudan et au Bahreïn, les autorités recourent aux menaces, au harcèlement, et imposent des restrictions contre la libre circulation pour limiter le champ de couverture des médias et dissimuler des activités controversées et de mauvaises politiques.

 

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