Toute autorité vient de Dieu et non pas nécessairement son exercice

Homélie de la messe du 7 janvier 2012 à Saint Joseph
Frères et Soeurs,

Lundi prochain, 9 janvier 2012, les Evêques de la RD Congo, la CENCO, se retrouveront en Assemblée plénière extraordinaire ici à Kinshasa. Nous nous sommes rassemblés cette matinée pour implorer la bénédiction de Dieu sur les assises de l’Assemblée des Evêques. Qu’il leur accorde l’assistance de son Esprit Saint pour qu’ils arrivent, par leurs réflexions, à aider notre nation qui traverse une situation particulière de son histoire. Nous méditerons aussi sur cette situation de notre nation dans la prière et dans le partage de la parole de Dieu, source de toute autorité.

Textes : 1 Sam 28, 15-18
Rom 13,1-7
Mt 22, 15-22

Toute autorité vient de Dieu et non pas nécessairement son exercice

A suivre de près le texte de l’Apôtre Paul aux Romains et l’adresse de Jésus aux Pharisiens, on s’aperçoit bien de la grande estime de la Parole pour l’organisation et le gouvernement des peuples et des sociétés et donc pour le pouvoir public. Ce n’est donc pas pour rien que les deux textes sont souvent évoqués par les acteurs politiques partisans jusqu’à en faire leurs textes préférés en ces termes : «toute autorité vient de Dieu».

De fait, dans les conditions normales des choses, le pouvoir civil est très honorable et le respecter est un devoir civique, car la politique est même le lieu par excellence de la pratique de la charité. Ainsi faut-il toujours faire le nécessaire afin que la charité apparaisse non seulement comme inspiratrice de l’action individuelle, mais aussi comme force capable de susciter de nouvelles voies pour affronter les problèmes du monde d’aujourd’hui et pour renouveler profondément de l’intérieur les structures, les organisations sociales, les normes juridiques. Dans cette perspective, la charité devient charité sociale et politique : la charité sociale nous fait aimer le bien commun et conduit à chercher effectivement le bien de toutes les personnes, considérées non seulement individuellement, mais aussi dans la dimension sociale qui les unit.

Mais, les Ecritures ne s’interprétant pas de façon isolée, peut-on vraiment affirmer que la Parole encense le pouvoir civil sans autre forme de procès? Le texte du Premier livre de Samuel écouté en première lecture, montre que la Parole de Dieu ne s’arrêtera jamais de faire la part des choses en face des attitudes humaines prêtes à l’utiliser pour des fins égoïstes. Aussi, exige-t-elle de la maintenir dans ses différents contextes et d’en respecter l’économie. Ainsi, Saul institué Roi au jour de Dieu est vomi par le même Dieu pendant qu’il était encore roi comme nous l’évoquerons plus loin.
A ceux qui refusent à l’Eglise de parler de la politique alors qu’ils l’applaudissent quand elle s’occupe du domaine de la santé ou de l’éducation, domaines non religieux à première vue comme la politique, nous demandons de toujours terminer la phrase de Jésus en Mt 22, 21 :»Rendez à Dieu ce qui est à Dieu». Autant l’un doit respecter les organisations socio-politiques légitimes des hommes, autant sinon plus, on doit craindre Dieu et donc respecter l’ordre qu’il établit. L’Eglise dont on reconnaît le rôle d’évangélisation doit justement tout évangéliser, les hommes aussi bien que les structures et institutions de tous ordres (politiques, économiques…).

En effet, la suite de la phrase que nos contemporains partisans ont l’habitude d’omettre insinue que César lui-même et pâs seulement le peuple sous son autorité, doit «rendre à Dieu ce qui est à Dieu». Il se pose ainsi ici, un double problème par rapport à l’autorité politique, celui de sa légitimité et de la pratique de la justice selon les exigences de Dieu.
De fait, s’il est vrai que «toute autorité vient de Dieu» (Rm 13,1) dans ce sens que Dieu veut l’autonomie des hommes qui doivent s’organiser en société qui, à son tour, nécessite une autorité en tant qu’un instrument de Dieu pour … conduire au bien». (Rm 13,4à, il n’est pas moins vrai que tout exercice de l’autorité ne vient pas de Dieu. Car, on le sait, l’on ne peut obéir qu’à une autorité légitime et à des lois justes et non par exemple, à une prescription issue de la tricherie. Et la légitimité ici va jusqu’à la conformité de la manière d’exercer le pouvoir avec la volonté de celui qui a établi toute autorité. C’est-à-dire avec la volonté de Dieu de qui vient justement, toute autorité.

En effet, l’autorité ne s’exerce légitimement que si elle cherche le bien commun du groupe cionsidéré et si, pour l’atteindre, elle emploie des moyens moralement licites. S’il arrive aux dirigeants d’édicter des lois injustes ou de prendre des mesures contraires à l’ordre moral, ces dispositions ne sauraient obliger les consciences. «En pareil cas, dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique, l’autorité cesse d’être elle-même et dégénère en oppression» (n°1903).
Au début de l’Eglise, en face du succès de la prédication des Apôtres et des merveilles advenues au nom de Jésus, le chef du sanhédrin leur dit : «Nous vous avions formellement interdit d’enseigner en ce nom-là. Or, voici que vous avez rempli Jérusalem de votre doctrine! Vous voulez ainsi faire retomber sur nous le sang de cet homme-là». Pierre répondit alors, avec les apôtres : «il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes». (Ac 4, 28-29).
Aujourd’hui, l’Eglise de Kinshasa et d’ailleurs en RD Congo, en commençant par son Pasteur le Cardinal Laurent Monsengwo, prêche la vérité, condamne toute tricherie et tout mensonge, se souvenant bien plus de cet enseignement du Cardinal Malula d’heureuse mémoire qui disait : «Je préfère être crucifié pour la vérité que de cruficier la vérité».

Par des multiples moyens, en commençant par des injures et menaces à travers les médias, l’on est en train de lui interdire de dénoncer les anti-valeurs et de dire la vérité. Quelle pourrait alors être notre réponse sinon celle de Pierre, avec les Apôtres : «Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes».
L’on comprend ainsi, pourquoi, dans l’Ancien Testament par exemple et effectivement, il est arrivé que Dieu vomisse des rois ou des pasteurs que lui-même avait établis, pour gouverner ou paître son troupeau (car il les avait trouvés «selon son coeur»), une fois qu’ils ont abandonné sa volonté, ce qu’il attendait d’eux ou qu’ils se sont pervertis (cf Ez. 28, 1-19; 34,1-10, 1 Sam 13,14; 28, 15-19,…).

Quant à la pratique de la justice, cela est une exigence pour tous aussi bien pour le peuple que pour ceux qui incarnent l’autorité voulue par Dieu. Or justement, l’Eglise doit veiller à ce que l’on pourrait appeler «les droits de Dieu» dont la justice pour son peuple (1 R 10,9; Pr 20,28; 25,5; 29,4).
C’est ainsi que la mission prophétique de l’Eglise, à la suite des prophètes et de Jésus lui-même, fait obligation à l’Eglise, de rappeler à tous, y compris les gouvernants, l’existence de la justice, de la paix et de la vérité à tous les niveaux. N’est-ce pa que la Bonne Nouvelle du salut apportée par Jésus-Christ, c’est la justice nouvelle (cf. Mt 5-7). N’est-ce pas que l’Enfant Jésus de Noël est le prince de la paix? N’est-ce pas que Jésus s’est dit être la Vérité (Jn 14,6) ?
Ainsi, tout exercice de l’autorité qui contrevient à la justice rend cette autorité illégitime aux yeux de Dieu, car elle n’est pas dès lors, conforme à la loi de Dieu. Et l’Eglise ne peut se taire en pareille circonstance. Au contraire, elle doit intervenir chaque fois que la dignité humaine est en jeu et rappeler que «César doit rendre à Dieu ce qui est à Dieu s’il veut qu’il lui soit rendu ce qui est à lui».

AMEN.

Abbé P. Bosangia Ile B.
Directeur du Centre «Lindonge».

«Je préfère être crucifié pour la vérité que de crucifier la vérité»
(Cardinal J.A. Malula)

«Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes».
(Ac 4, 28-29).

«Kinshasa, lève-toi et resplendis de la lumière du Christ
(Cardinal Laurent Monsengwo)

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