Suspension de l’aide militaire des USA au Rwanda : faux pas interdit pour Kinshasa

La grande surprise du week-end est sans conteste l’annonce, par les Etats-Unis d’Amérique, de leur décision de suspendre leur aide militaire au Rwanda. Motif invoqué : le soutien du régime de Paul Kagame aux groupes armés opérant présentement en République Démocratique du Congo, tel que consigné dans le tout récent rapport du panel des experts des Nations Unies.
 Concrètement, Kigali perd le bénéfice d’un fond évalué à 200.000 dollars américains pour l’exercice 2012, lequel devait être alloué au fonctionnement d’une académie militaire devant servir à la formation d’officiers. Selon le département d’Etat, cette aide va prendre la direction d’un autre pays. Par ailleurs, Washington se réserve le droit de prendre des mesures supplémentaires contre le Rwanda au cas où ce pays persisterait à entretenir l’insécurité en territoire congolais.

 En principe, il s’agit là d’une appréciable victoire diplomatique pour la République Démocratique du Congo, dont les plaidoyers sur l’instrumentalisation, par le pays de Paul Kagame, des rébellions qui perturbent incessamment la paix dans sa partie Est, ont souvent fait flop, aussi bien dans les instances internationales que dans les capitales occidentales. Cette fois-ci est peut-être la bonne.
 Encore faudra-t-il que Kinshasa prenne soin de capitaliser le changement de perception de la crise politico-militaire congolaise par Washington. Tout faux pas est désormais interdit pour la diplomatie congolaise. Pour ce faire, les décideurs politiques congolais et ceux qui parlent au nom de la RDCongo à l’extérieur devraient éviter de relancer le Rwanda à travers des initiatives malheureuses, telle celle enregistrée dernièrement au Sommet extraordinaire de l’Union Africaine à Addis-Abeba.
 Il n’était pas normal que la délégation congolaise, qui était porteuse d’un message spécifique, à savoir obtenir la condamnation du Rwanda comme pays agresseur, ait avalisé, de commun accord avec son belliqueux voisin, le projet de mise en place d’une force neutre le long de la frontière commune. C’était une passe en or faite à Kagame pour « le but de l’égalisation », dans un « match » où il n’avait aucune chance de revenir au « score ».


 Il y a aussi l’acceptation, par la délégation congolaise, de l’invitation de Yoweri Museveni, promoteur d’une rencontre, le mois prochain à Kampala, des Etats membres de la Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs (CIRGL). Ici aussi, on perd son latin en cherchant à connaître les dividendes que la RDCongo pourrait tirer d’un forum dont l’organisateur a publiquement pris position contre notre pays, en soutenant devant des émissaires du président Barack Obama, présents à Addis-Abeba, que la question de l’insécurité à l’Est de la RDC était congolo-congolaise, rejoignant étrangement l’argumentaire en vogue à Kigali.
 A la lumière de l’évolution de l’attitude américaine dans la lecture des événements de l’Est du Congo démocratique, la diplomatie congolaise devrait revisiter, de fond en comble, sa manière de communiquer. Condamner formellement les autorités rwandaises dans les discours livrés aux Congolais puis donner l’impression de reculer sur les tribunes internationales et africaines a de quoi susciter des interrogations. Nos concitoyens veulent que les messages destinés aussi bien à la consommation intérieure qu’extérieure soient conformes à la défense des intérêts vitaux de la Nation, notamment de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.
 Si la RDC parvient à surmonter la diplomatie de la contradiction aux Nations Unies, à l’Union Africaine, à la SADC, à la CIRGL et à l’Union Européenne, mais aussi à Washington, Londres, Paris, Bruxelles, Berlin, Moscou et Beijing…la voie sera largement ouverte à de nouvelles victoires diplomatiques contre le Rwanda. A l’inverse, Paul Kagame risque de renverser la vapeur au moment où l’on s’y attendra le moins.


       Kimp 

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