SOS pour le transport aérien : la RD Congo en panne de pilotes

pilote-de-ligne-2Les transporteurs aériens congolais sont très abattus. La mort est venue une fois de plus, arracher à leur affection l’une des perles rares de l’aviation civile en RDC, en la personne du commandant Edouard Lusamba Tshinyama, décédé le 2 juin à Johannesburg.

Le climat est lourd. La  peur se lit sur les visages de beaucoup de membres du personnel navigant technique. Il faut être du milieu pour mieux percevoir l’onde de choc provoquée par les décès en cascade survenus dans ce corps d’élite ces dernières années.  

Une crise lancinante

 Disons-le sans ambages. La RDC est en pleine crise subséquente à la carence manifeste de pilotes de ligne congolais pouvant règlementairement voler sur différents types d’aéronefs. Infime demeure le nombre de ceux dont les qualifications sont à jour. Et pourtant, la vague est venue de loin.

A la fin des années ‘70,  Air Zaïre dispose du monopole dans le transport aérien. A la tête de cette compagnie normalisée, ses dirigeants accordent un accent particulier à la formation tous azimuts des agents, particulièrement les pilotes zaïrois. Ils sont en cela encouragés par la haute hiérarchie du pays, déterminée à valoriser les compétences autochtones.

Les pilotes zaïrois défraient la chronique au regard de leurs performances qui dépassent de loin tout entendement. Une belle brochette venue de la Force Aérienne Zaïroise (FAZA) se retrouve au centre de formation d’Air Zaïre à N’Djili, en compagnie d’autres jeunes candidats pilotes avec lesquels ils suivent une préparation très rigoureuse. Les cours sont dispensés par des instructeurs zaïrois chevronnés, homologués par les constructeurs d’avions et de la Direction de l’aviation civile du pays.

Formations dans les grands centres du monde

 Conformément au protocole d’Air Zaïre, les candidats pilotes sont envoyés dans de grands centres de formation en aviation civile sous d’autres cieux, principalement en Europe et aux Etats-Unis, tous frais payés. Ils reviennent au pays avec la licence de pilote de ligne. Ils sont de nouveau pris en charge par le Centre de formation de la Direction des opérations pour un encadrement efficient avant leur « lâchage » progressif. Ils volent successivement comme copilotes sur Fokker 27, Boeing 737, Dc-8 et enfin DC-10. Après avoir totalisé le nombre d’heures de vol requis et emmagasiné suffisamment d’expérience, ils passent comme commandant en refaisant le même cursus du Fokker 27 au DC-10.

De l’ancienne génération qui a écrit les plus belles pages de l’aviation civile congolaise, tous ont presque atteint la limite d’âge. Pour ne citer que le cas des pilotes DC-10, ceux qui sont encore en vie se comptent à peine sur les doigts d’une main tels les commandants Ilunga, Diasolua, Mukandila, Ndayano, etc.

Aujourd’hui, ils exercent des fonctions de sédentaires comme Directeurs des opérations, consultants ou inspecteurs dans les directions de l’aéronautique civile tant au pays qu’à l’étranger. Un seul parmi eux continue encore de voler.

Des inquiétudes persistantes

 S’agissant d’autres aéronefs, dans deux, trois ans maximum, les anciens pilotes DC-8 ou B-737 vont raccrocher et seront contraints de passer la main à la relève. Laquelle ? Des inquiétudes subsistent à ce sujet.

Les centres de formation en aviation civile ne font plus le plein de Congolais comme ce fut le cas à l’époque. A la base de cette défection de jeunes Congolais, le coût onéreux de la formation de pilote. A l’époque, la compagnie aérienne nationale recrutait de jeunes candidats avec un back ground minimum de six ans post-primaires, de préférence de la section technique ou scientifique, dont elle prenait en charge tous les frais, de la formation ab initio jusqu’à l’obtention de la licence de pilote de ligne et au lâchage

Cette politique n’est plus d’application dans la compagnie aérienne nationale. Du côté des transporteurs privés, ils se contentent du produit fini plutôt que d’investir en amont. Les candidats pilotes sont tenus de se saigner aux quatre veines pour supporter eux-mêmes les frais de leurs études, qui ne sont pas à la portée de toutes les bourses.

Elimination des candidats démunis

 Rares sont les parents qui parviennent à de tels décaissements de fonds sans s’exposer à des budgets familiaux déficitaires. Ceci a pour conséquence l’élimination d’office de tous les candidats qui ne disposent pas de sponsors.

La carence manifeste de pilotes congolais qui en découle, affecte sensiblement le marché de l’emploi dans le secteur aérien.

Pour toute acquisition de la flotte, la RDC est contrainte de se tourner vers l’étranger pour recruter des pilotes avec des qualifications à jour.  Ceci est valable dans l’aviation sur toute la ligne. Or, la RDC est un sous-continent où le transport aérien continuera à jouer pendant de longues décennies un rôle de premier plan dans les déplacements des personnes, des biens et de la poste en vue d’assurer l’intégration socioéconomique, le brassage des cultures, le rapprochement des peuples, etc.

Vaste programme de formation

            Gouverner, c’est prévoir. La relance du transport aérien en RDC implique l’adoption des dispositions drastiques pour la mise sur pied d’un vaste programme de formation de nouveaux pilotes tant civils que militaires, des techniciens d’aviation et de toutes les activités qui touchent à l’avion.

            Le centre de formation de Lignes Aériennes Congolaises à Ndjili Aéro constitue une base solide à partir de laquelle des investissements méritent d’être consentis pour l’équiper davantage, en conformité avec les programmes de l’Autorité de l’aviation civile (AAC). Voilà un sujet qui doit préoccuper au plus haut point les transporteurs aériens ainsi que l’administration aéronautique congolaise pour doter le pays de compétences indéniables. C’est une question de vision et de volonté politique clairement affirmée. Il ne suffit pas de le crier tout haut. Il faut  veiller d’abord à la formation des personnes devant remplir les tâches rigoureuses et sécuritaires que tout cela implique.

Jean Ntela Nkanga (CP) 

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