Sommet d’Addis-Abeba : la RDC rappelée à l’ordre par ses «amis»

 

La délégation congolaise, conduite par le président Joseph Kabila lui-même au 20ème Sommet de l’Union Africaine, tenu du 27 au 28 janvier 2013 à Addis-Abeba, s’attendait à tout, sauf au refus des pays membres de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) de signer l’Accord-cadre de paix sur la RDC, pourtant activement soutenu par le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-moon. Cette prise de position est interprétée par les observateurs comme une sévère mise en garde des « amis » du Congo à l’endroit de ses gouvernants.

          Elle se veut un signal fort en direction des représentants de Kinshasa aux négociations de Kampala, qui pensaient qu’il leur suffisait de réaménager quelques dispositions de l’Accord du 23 mars 2009 avec le CNDP/M23 pour boucler leurs valises et rentrer tranquillement au pays poursuivre la gestion des affaires nationales jusqu’à l’échéance constitutionnelle de 2016. Le brutal coup d’arrêt donné à l’Accord-cadre de paix signifie, si l’on veut bien lire les signes du temps, que le pouvoir de décider de l’avenir du Congo n’appartient plus aux Congolais.

          En tout cas, pour ce qui est de différents scénarii de sortie de crise – Force Internationale Neutre, Brigade d’Intervention Rapide, changement de mandat de la Monusco – la voix du Congo ne compte plus. Ce sont les autres qui détiennent, entre leurs mains, les clefs de l’avenir  du Congo et des Congolais.

          L’échec d’Addis-Abeba devrait faire réfléchir davantage les Congolais sur le fait que malgré leur volonté de vivre ensemble, dans un Etat indépendant, souverain, un et indivisible, le monde extérieur voit les choses autrement. D’ailleurs, dans les conclusions envoyées par le président ougandais, Yoweri Museveni au Secrétaire Général de l’ONU, sous forme de rapport intermédiaire au sujet des négociations de Kampala entre le gouvernement congolais et le M23, il a bien souligné la responsabilité totale des Congolais eux-mêmes dans leurs malheurs : guerre de l’Est, haine envers les Rwandophones, manque de transparence des élections de 2011, mauvaise gouvernance, violations massives des droits de l’homme, refus de Kinshasa de discuter avec le M23 des questions politiques, sécuritaires, militaires, économiques, sociales et autres, etc.

          En choisissant d’aller parler des questions du Congo à l’étranger, plus précisément sur le territoire d’un Etat épinglé comme sponsor de la rébellion, avec comme «Facilitateur» et «Médiateur» de hauts responsables de ce même pays, les autorités congolaises ont elles mêmes commis la bêtise de prêter le flanc aux coups bas, tel que celui qui vient de leur être assené à Addis-Abeba.

          Ceux qui sont chargés de la défense des intérêts du peuple congolais semblent ne pas vouloir tirer des leçons de l’histoire passée. Car, déjà en 2002 à Sun City, à l’occasion du Dialogue Intercongolais, ils avaient laissé le soin aux « amis » du Congo de décider de la mise en place du « monstre »  1+4 (un président et quatre vice-présidents) pour gérer le pays en période de transition (2003-2006) et au CIAT (Comité International d’Accompagnement de la Transition) d’agir comme super « institution » de la République jusqu’à l’organisation des élections. La RDC de 2003 à 2006 n’avait rien à envier à un Protectorat placé sous la tutelle des Nations Unies.

          En 2009, l’Accord passé entre le gouvernement et le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) était aussi un montage de la communauté internationale, sous prétexte d’obtenir un cessez-le-feu durable, avec en prime l’intégration des criminels dans les institutions de la République, l’armée, la police et les services de sécurité.

          Avec ce qui vient de se passer à Addis-Abeba, il est fort probable que les « amis » du Congo imposent aux Congolais, le schéma tant redouté de Sun City/bis, qui devrait consacrer le partage du pouvoir entre les gouvernants de Kinshasa et les rebelles du M23. Sans cela, les armes risquent inévitablement de reprendre leurs droits au Nord-Kivu, dans la droite ligne de l’agenda déjà en chantier de la déstabilisation et de la balkanisation du Congo.

Kimp

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