Signal fort du M23 à Ban Ki-moon, l’UA et la SADC

Comme en novembre 2012, des bruits de bottes se font de nouveau entendre avec fracas autour de la ville de Goma. Depuis les premières heure de la matinée du lundi 20 mai 2013, les rebelles du M23 ont relancé les hostilités contre les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo). Usant comme d’habitude de mensonge, ce mouvement rebelle prétend se limiter à la chasse aux éléments des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), qu’ils accusent de semer l’insécurité dans plusieurs localités du Nord-Kivu ainsi que de la périphérie de Goma.

            A considérer les opérations de réarmement (troupes étrangères, missiles, chars, blindés, mitrailleuses, roquettes, kalachnikov, munitions) et de recrutement de jeunes menées ces dernières semaines par le M23, l’on n’est pas surpris par le retour de la guerre dans cette partie de la République. Ce qui a de quoi étonner par contre, c’est le culot affiché par le général Sultani Makenga et ses hommes d’attaquer les FARDC à 48 heures de l’arrivée à Kinshasa du Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-moon. Lorsque l’on imagine que la mission du numéro un de l’ONU va consister à régler les derniers détails du déploiement de la Brigade spéciale d’intervention des Casques Bleus au Nord-Kivu, il y a lieu de croire que l’option militaire levée par cette « force négative » n’est pas un fait du hasard.

            Pour nombre d’observateurs, le M23 vient d’envoyer là un signal fort non seulement à Ban Ki-moon mais aussi à l’Union Africaine et à la SADC, concepteurs et signataires, le 24 février 2013, de l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba sur la paix, la sécurité et la coopération en RDC ainsi que dans  la région des Grands Lacs. En clair, le général Sultani Makenga et ses combattants réaffirment, à travers le langage des armes, leur détermination à riposter à toute tentative de leur délogement du Nord-Kivu par les troupes de la Brigade spéciale d’intervention des Nations Unies placées sous le label de la Monusco. Il s’agit aussi d’un sévère avertissement en direction de  l’Union Africaine et à la SADC, qui ont réussi convaincre plusieurs Etats africains à contribuer en troupes.

            Sous prétexte de se défendre, le M23 veut montrer à tous qu’il ne va pas hésiter à attaquer les casques bleus en provenance de Tanzanie, d’Afrique du Sud, du Malawi et d’ailleurs. On peut d’ailleurs rappeler qu’à l’annonce de l’arrivée du contingent tanzanien à Goma, il y a une semaine, ce mouvement rebelle n’avait pas caché son intention d’en découdre avec elles sur le terrain.

Vers la remise en cause de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba

Si le M23 arrive à reconquérir la ville de Goma et à prendre le contrôle de toutes les localités stratégiques du Nord-Kivu, il est à craindre l’échec de la mission de la Brigade spéciale de l’ONU à l’Est de la RDC avant d’avoir commencé et la remise en cause de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba. Les parrains de ce mouvement rebelle, totalement innocentés dans le texte dudit accord, ont à présent le loisir de s’engager à fond, militairement, dans la « nouvelle guerre du Kivu », à l’abri des condamnations internationales. Pourtant, les experts onusiens ayant enquêté sur les exactions du M23 au Nord-Kivu avaient cloué au pilori les régimes de Kampala et Kigali.

            Pour n’avoir pas été désignés nommément dans le corps de ce texte comme étant les sponsors du M23, l’Ouganda et le Rwanda ne peuvent pas, logiquement, être accusés d’être une fois de plus derrière ce mouvement rebelle. Crise congolo-congolaise ? Il serait difficile de battre en brèche cette thèse ougando-rwandaise.

            Kampala et Kigali n’attendent qu’une chose, à savoir que la guerre rende le Nord-Kivu davantage ingouvernable, de manière à exhumer comme piste de sortie de crise ce qu’ils ont toujours préconisé : une solution politique. A ce sujet, les autorités congolaises elles-mêmes ont donné à l’Ouganda le beau rôle de médiateur dans leurs pourparlers avec le M23, entamés en décembre 2012 à Kampala et inachevés jusqu’à ce jour. Incroyable mais vrai : un des agresseurs de notre pays est devenu la pièce maîtresse dans le règlement de la crise du Nord-Kivu.

Quant au Rwanda, sorti aussi  blanchi de l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba, il a renforcé son crédit international en présidant, tout au long du mois d’avril 2013, le Conseil de Sécurité, sous son nouveau statut de membre non permanent qui court jusqu’en janvier 2014. C’est du reste sous la présidence rwandaise qu’a été adoptée la Résolution 2098 donnant à la Brigade spéciale un mandat d’imposition de la paix au Nord, notamment par la chasse à toutes les forces négatives, y compris le M23. Aujourd’hui, plusieurs personnalités mondiales de premier plan se bousculent pour des visites à Kigali, preuve que ce pays jouit d’une aura internationale difficile à briser présentement.

            Dans une récente interview accordée à BBC, Paul Kagame s’est même permis de soutenir avec la Monusco, la situation a viré au pire au Nord-Kivu. A son avis, la présente des troupes onusiennes y est inutile. Et de soutenir que la crise congolaise exige une thérapie de choc au plan politique.

Le temps des regrets

            Des milliers de Congolaises et Congolais résidant au Nord-Kivu risquent de vivre de nouveau les affres de la guerre à cause de nos contradictions internes. L’on ne cessera de nourrir des regrets à la suite de la décision venue de nulle part et intimant aux FARDC l’ordre de libérer les localités arrachées au M23 à Rutshuru, Bunagana, Kitchanga et ailleurs.

            Pourtant, ce haut fait d’armes de nos officiers et soldats allait signer l’arrêt de mort de cette rébellion, complètement taillée en pièces à cette occasion. Il était dit, alors, qu’il fallait donner une chance à l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba. Pour avoir commis la grave maladresse de remettre en selle cette rébellion, les donneurs de l’ordre ayant empêché l’anéantissement du M23 devraient assumer, devant l’histoire, la responsabilité de son retour en force, au point qu’elle cherche, comme en novembre 2012, à humilier de nouveau le grand Congo et son armée.

                                   Kimp

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