Serveur de la CENI : Ngoy Mulunda rallume le feu

Bien qu’ayant finalement accepté le principe de l’audit du serveur de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) par les experts de l’Opposition et de la Majorité Présidentielle, le président de cette institution d’appui à la démocratie continue de souffler le chaud et le froid. Aux dernières nouvelles, Daniel Ngoy Mulunda pose comme préalable à l’accès de ses « partenaires » au serveur central, la présence des délégués de la famille politique du Chef de l’Etat. Pourtant, tout le monde sait que dans ce camp politique, on ne manifeste aucun empressement à « auditer » ce centre névralgique de traitement des données préélectorales et électorales.
L’attitude de la MP est compréhensible. Elle n’est pas demanderesse dans l’exigence de la transparence du serveur central et partant du fichier électoral. C’est l’opposition, comme on l’a constaté, qui insiste sur l’impératif de faire l’état des lieux du serveur central, de manière à s’assurer, avant les scrutins du 28 novembre 2011, qu’il n’héberge pas des données de nature à fausser les résultats des urnes.

Le bon sens devrait commander à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) de fixer un délai butoir aux délégués de toutes les parties en vue de l’organisation de la première séance d’audit du serveur central. S’il y a des absents à cette première séance de contrôle, il leur appartiendrait d’assumer les conséquences de leur option pour la chaise vide.

Le temps qui reste à courir avant l’organisation effective des élections présidentielle et législatives étant fort court et précieux, il serait anormal que Daniel Ngoy Mulunda et ses collaborateurs se soumettent aux caprices d’une seule famille politique.

La CENI, qui a estimé « fondée et recevable » la requête de l’opposition relative à la nécessité d’auditer son serveur central, devrait aller jusqu’au bout de sa logique, c’est-à-dire permettre à l’Opposition d’y accéder effectivement. Et, le plus tôt serait le mieux. A voir comment les choses se passent, le sentiment qui gagne les milieux de l’Opposition est que le « pouvoir organisateur des élections » aurait réellement des choses à cacher.
La tension est ainsi en train de remonter au sein de la classe politique congolaise, alors qu’elle était à la baisse dès que la CENI avait fait part à l’opposition d’une possibilité de contrôle du serveur central par des experts de deux grandes familles politiques congolaises.

Des cartes d’électeurs récupérées à la pelle

La méfiance revient au triple galop entre l’Opposition et la Commission Electorale Nationale Indépendante. Depuis un certain temps en effet, des individus au service de certains partis et regroupements politiques mènent, contre espèces sonnantes et trébuchantes, des opérateurs de récupération des cartes d’électeurs auprès des milliers, sinon des millions d’enrôlés, à Kinshasa comme en provinces. La situation socio-économique du Congolais moyen étant ce qu’il est, l’argent fait vaciller facilement certains scrupules.

A quelle fin déleste-t-on proprement des milliers ou millions de compatriotes de leurs cartes d’électeurs ? L’on en est pour l’instant à réfléchir autour de deux hypothèses. La première est qu’il y aurait, quelque part, une volonté de diminuer délibérément la taille du corps électoral dans certaines circonscriptions, afin d’empêcher le souverain primaire d’émettre le vote-sanction que redoutent tant certains candidats.
La seconde hypothèse, et peut-être la plus proche de la réalité, est qu’une fraude électorale serait certainement planifiée. Ainsi, des urnes incontrôlables et incontrôlées pourraient, le moment venu, être bourrées de bulletins de vote en provenance d’individus ayant acheté des cartes d’électeurs pour les besoins de la cause.

Voilà le pourquoi de cette bagarre autour du serveur central pour voir clair dans le fichier électoral. Car, en dépit des assurances de la CENI d’organiser des élections transparentes, démocratiques et apaisées ; malgré l’engagement du Chef de l’Etat, du haut de la tribune des Nations Unies, d’offrir au peuple congolais des scrutins libres et crédibles, certains actes que l’on enregistre sur le terrain tendent à démentir les bonnes intentions des décideurs politiques.

Suivre le modèle euro-américain

S’il est établi, comme l’a laissé entendre vendredi le Rapporteur de la CENI, que le serveur central ne constituerait plus un enjeu majeur, suite à l’adoption du comptage manuel, qu’il soit alors permis aux Congolais d’adopter le modèle euro-américain. Il s’agirait, concrètement, de laisser le responsable de chaque circonscription électorale le soin d’annoncer, via les médias, les résultats partiels puis définitifs, au fur et à mesure de la clôture des opérations de dépouillement dans les bureaux de vote.

Dans ces conditions, la CENI ne pourrait plus être suspecter de vouloir tripatouiller les résultats et, partant, le serveur central aujourd’hui objet de controverses, deviendrait sans objet parce que ne représentant plus aucun risque. L’expérience a toujours réussi aux Européens et aux Américains. En Afrique, elle a déjà été tentée avec succès au Sénégal. Pourquoi pas en RDC où la compilation des résultats a sérieusement compliqué les scrutins en 2006.

Jacques Kimpozo

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