Scandale à l’aéroport de la Loano

L’on ne peut récolter que ce que l’on a semé. La nature a confondu  dimanche 13 janvier un ancien locataire du Ministère des Transports et Voies de Communication. Charles Mwando Nsimba a, en personne, assisté au désordre qui règne dans le secteur aéronautique congolais et au débarquement de quelques passagers.

Le vol de l’avion A 320, immatricule 9Q-CCO de la Compagnie Africaine d’Aviation  (CAA) de dimanche 22 janvier dernier a été retardé de près d’une heure sur le tarmac de l’aéroport international de la Luano à Lubumbashi. Le décollage de cet aéronef prévu à 12 heures TU, soit à 14 heures locales au départ de la ville cuprifère de la République Démocratique du Congo a eu finalement lieu à 13 heures TU. D’aucuns croiraient que  l’immobilisation de cet avion sur le tarmac  était due à une panne. Que non! Elle était plutôt consécutive à un surplus de passagers constaté dans la cabine de l’avion par rapport au nombre de sièges peu avant le décollage. Ainsi, si l’on ne s’explique pas les raisons de l’enregistrement, la réservation et la confirmation par la base locale de la CCA Lubumbashi d’un surnombre de voyageurs sur ce vol, du moins ce dernier a permis de lever un coin de voile et de comprendre les dessous de la ruée de passagers sur les avions CAA à  chaque annonce par les hôtesses de ladite compagnie ou par les services de facilitation de la Régie des Voies Aériennes (RVA) de l’opération d’embarquement  à travers le pays.

Près de 200 passagers pour 176 sièges
Pour le vol Lubumbashi-Kinshasa de dimanche, il était 13 heures locales quand les passagers ont été invités à se présenter au pied de l’avion. Priorité était accordée aux « Very Important Persons », il  y en avait deux pour ce vol, notamment le Ministre de la Défense Nationale, Charles Mwando Nsimba et son collègue de l’Agriculture, Norbert Kantitima ainsi qu’aux passagers du salon d’honneur parmi lesquels un secrétaire général de l’Administration Publique. Devant le salon destiné aux voyageurs à l’embarquement, la longue file présageait déjà ce qui allait arriver. Le même constat sera observé au pied de l’avion où certains passagers se sont passés de la file indienne pour se retrouver directement face aux agents CAA au pied de la passerelle. A 13 heures 30’, le Personnel Navigant Commercial (PNC), c’est-à-dire les stewards et les hôtesses de l’air, s’est rendu compte dans l’avion que le nombre de passagers était de loin supérieur à celui des sièges à bord. Le chef cabine a trouvé une solution de rechange : bien que n’ayant pas payé les billets en première classe (first class) une dizaine de passagers y ont été installés sur des sièges non occupés.

Il en est resté 15 auxquels il fallait ajouter 6 autres encore debout au pied de l’avion. C’est dans cette ambiance qu’une hôtesse a lâché : « ça, c’est la faute aux agents commis au comptoir de Lubumbashi. Comment peut-on arriver à enregistrer plus de passagers pour un avion dont on connaît le nombre exact de sièges ?». Dans l’espace compris entre le cockpit et les premiers sièges, une vive discussion s’est ainsi engagée entre le PNC et les passagers ayant manqué de places. Le Chef cabine fait comprendre à ces derniers qu’ils seraient pris en charge par la compagnie parce qu’on ne  pas voyager debout dans un avion. Quitte à prendre le prochain vol prévu pour le jour suivant. Près de dix minutes après, l’on a assisté au débarquement du surplus de passagers. Curieusement, la nature a voulu que cette discussion ait lieu en présence de deux ministres du gouvernement national dont l’un a occupé pendant deux mandats le portefeuille des Transports et Voies de Communication.  Le  tort de ces derniers est peut-être d’avoir respecté la rangée, de ne s’être pas comportés comme des anormaux pour monter les derniers. Dehors, à travers les hublots, les voyageurs ont remarqué la présence du commandant de l’aéroport international de Lubumbashi, Simplice Kibanza Mayanga venu s’enquérir de la situation. Qu’est-ce qui lui avait été rapporté au sujet de cet avion immobilisé ? Personne ne le sait. Pourquoi l’agence de Lubumbashi a-t-elle enregistré plus de monde que des sièges de l’A 320 ? Y avait-il un manifeste pour ce vol ? Si oui, combien de passagers y figuraient-ils réellement ?

Toutes ces questions méritent d’être posées au regard de la confusion qui a régné autour des chiffres de passagers du manifeste lors du crash du Boeing 727, immatriculé 9Q-COP, du vol ALX 952 de la compagnie aérienne privée Hewa Bora Airways le 8 juillet 2011  non loin de l’aéroport international de Bangoka à Kisangani en province Orientale.  
Mais est-il que ce désordre indescriptible du vol de la CAA s’est passé au moment où le numéro un de la RVA, le professeur Justin Okana N’siawi Lebun se trouvait encore dans les installations aéroportuaires où il venait de débarquer du même avion en provenance de Kinshasa.
C’est finalement à 13 heures 52’ que la portière s’est refermée sur les passagers. C’est en ce moment que le commandant de bord, Serge Freson, et son équipage, ont souhaité la bienvenue, comme il est de coutume en aviation, aux passagers avant d’engager son aéronef sur la piste. Cinq minutes plus tard, cette masse  de zinc pleine à craquer a pris les airs lourdement avant d’aller se stabiliser à 11.000 pieds, niveau de vol annoncé par le pilote pour sa croisière. Deux heures plus tard, l’A 320 de CAA s’est posé sans problème sur la piste 06 bétonnée de l’aéroport international de Njili.

Pratiques courantes sur certaines lignes
Cette triste scène n’a pas ému un médecin qui a vécu un fait identique en décembre 2011 sur le vol CAA à l’escale de Kananga. Selon Docteur Mudiandambu, l’avion a dû passer plus d’une heure sur le tarmac parce qu’un passager n’a pas voulu descendre de l’avion. C’est sur instance des membres d’équipage et les garanties de la prise en charge qu’il a finalement accepté de débarquer. Dans le monde de l’aviation civile congolaise, il est rapporté que le surnombre sur certaines lignes est une pratique courante. Il en est de même de la surcharge. Les experts sont d’avis que la plupart des compagnies aériennes d’Afrique et d’Amérique latine en sont championnes. Pourtant, l’avion ne peut pas transporter au-delà de sa charge maximale pour la sécurité des passagers, de l’équipage et de l’engin même.

Lors du vol d’un  Gulfstream de la compagnie Lubumbashi Air Service (LAS) de mardi 23 août 2011, ce bimoteur devant rallier, en une heure trente minutes, Lubumbashi au départ de la ville portuaire de Kalemie, chef-lieu du district du Tanganyika, au bord du lac portant le  même nom, à l’est de la RDC,  a transporté 27 passagers alors qu’il ne compte que 24 sièges. L’hôtesse de l’air, Mme Cathy Bambote  obligée de céder son siège à un passager, était allée rester  entre le pilote Carlos et le copilote Gabriel Mambo Okito. Quant au mécanicien de bord, Monsieur Michel qui occupait habituellement ce siège, il avait voyagé debout de Kalemie à Lubumbashi. Imaginez-vous alors quel serait le sort de ce dernier si cet avion rencontrait un mauvais temps sur son itinéraire ! Trois des vingt-quatre adultes assis étaient obligés de transporter sur leurs genoux trois enfants  dont l’âge variait entre trois et six ans. Ce qui est anormal et inacceptable en aviation. Pourtant, peu avant le décollage, le pilote a été catégorique qu’il ne décollerait pas avec un avion en surnombre, encore moins avec des passagers debout quand le chef d’agence de Kalemie se mettait à négocier avec des voyageurs. Mais, le captain n’avait pas pris la précaution de se lever pour aller savoir ce qui se passait dans son avion où les allers-retours du chef d’agence de Kalemie ne se comptaient pas. A la tour de contrôle, on était gêné de voir l’avion immobilisé pendant longtemps après avoir reçu la clairance, c’est-à-dire l’autorisation de la mise en route. 

Fort heureusement, le voyage était bien déroulé, à part des fortes turbulences enregistrées lors de la traversée des nuages pendant les vingt premières. N’empêche, des fautes impardonnables ont été commises, à la fois par le chef de base de Kalemie et par les membres d’équipage. Logiquement, quatre passagers devraient être débarqués et être pris en charge par la compagnie aérienne pour attendre le jour suivant. Contre toute attente, tel n’a pas été le cas. N’est-ce pas que le célèbre et ancien pilote français de chasse Jean-Pierre Otelli avait dit qu’en aviation, la sécurité ne se négocie pas ? Les compagnies aériennes congolaises devraient mettre à profit cette sagesse.

SAKISAMA.

 

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