Sammy Baloji a reçu son prix de la Fondation Prince Claus

L’ambassade du Royaume des Pays-Bas en RD Congo a soigneusement accueilli ses invités, jeudi 18 février 2010, au Centre culturel Français – Halle de la Gombe. A l’honneur, un citoyen congolais, artiste photographe et vidéaste de renommée internationale: Sammy Baloji, lauréat du Prix Prince Claus 2009. Face à une panoplie d’invités de marque, Mme Ellen Berends-Vergunst, Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas, était extrêmement ravie de lui remettre le diplôme de mérite ainsi qu’un chèque de 25.000 euros au nom de la Fondation Prince Claus. « Je suis fière d’habiter en RDC. Etant moi-même passionnée par la culture, je suis émerveillée par la richesse culturelle du peuple congolais. C’est donc à juste titre que la RDC vient d’être honorée pour la 3ème fois, à travers le Prix Prince Claus. En 2005, le prix de la même valeur avait été décerné au peintre Chéri Samba. Alors qu’en 2007, le chorégraphe Faustin Linyekula recevait le Grand Prix Prince Claus de 100.000 euros dans une cérémonie célèbre en présence des membres de la famille royale et un public de 600 invités dans un cadre prestigieux à Amsterdam. »

Et, pour faire les choses plus concrètes, la Directrice du CCF, Mme Françoise Gardies a présenté, pour la première fois en RDC, une exposition de quelques œuvres sélectionnées de la série Mémoire du lauréat Sammy Baloji à la Halle de la Gombe. Ouverte de 9h à 18h et jusqu’à 22h lorsqu’il y a spectacle, l’exposition couvre la période allant du 19 février  au 27 mars 2010.  Et, Mme l’Ambassadeur des Pays-Bas d’annoncer en plus : « Cette exposition et le prix ne sont que le début du commencement. En effet, le mois prochain, une exposition consacrée à Sammy Baloji sera ouverte au Musée d’art africain de New-York. »

Mémoire d’un révolté

Le rapport du Comité des Prix Prince Claus 2009, qui s’est basé sur la thématique intitulée « Culture et nature », indique avoir récompensé Sammy Baloji pour « sa transcription particulièrement originale de la douloureuse histoire de l’exploitation des hommes et de l’environnement inscrite dans le paysage actuel, pour sa diffusion au niveau international de la réalité actuelle du Congo, pour son importante contribution à la mémoire de son pays en proposant une nouvelle lecture du présent, et enfin pour son audacieuse démonstration que le développement n’est possible qu’en tenant vraiment compte des traumatismes du passé.»
En réalité, l’exposition à la Halle de la Gombe choque à première vue de par le choc de ses images superposées. Images qui présentent, d’une part en couleur, les différentes étapes de la vie industrielle du Katanga, cas du groupe minier Gécamines, l’ancienne Union Minière du Haut Katanga: usines en déphasage illustrant un passage d’un « Tsunami » oublié, la destruction de l’environnement … Et, d’autre part, en avant plan des images d’archives en noir et blanc, exhibant la souffrance et l’extrême pauvreté des mineurs et leurs familles après des années de dur labeur parties en fumée!
Sammy Baloji éveille les consciences et met en cause l’abus de pouvoir et ses répercussions sur la nature! D’un talent prodigieux, Sammy Baloji voit déjà ses prochains travaux dans un contexte relatif au déplacement des creuseurs artisanaux du Katanga. « Je vois ici les conditions de travail éprouvantes des mineurs. Ils vont de site en site à la recherche des minerais en disparition. Site abandonné et dont la plupart appartenait à la Gécamines. Il s’est instauré un certain nomadisme. Je suis intéressé à l’humain. Raison pour laquelle je suis intéressé dans le cadre de notre Festival Picha, Rencontres de l’image à Lubumbashi dont l’édition prochaine est fixée en octobre 2010, je coordonne la professionnalisation des jeunes…»  
Licencié en lettres et sciences humaines, Sammy Baloji ne pouvait résister à la passion de l’art. « L’ethnographie, l’architecture et l’urbanisme sont mes différents thèmes exploités. La lecture du passé congolais au présent n’est qu’une forme d’analyse de l’identité africaine après tous les régimes poétiques que cette société a connus… »
A son actif, plusieurs expositions et prix, à savoir : le Prix d’image aux VIIèmes Rencontres Africaines de la Photographie de Bamako en 2007 et le Prix Pictet en 2009 ; Exposition Personna Masques d’Afrique : identités cachées et révélées d’avril 2009 à janvier 2010 au Musée royal de l’Afrique centrale à Bruxelles en collaboration avec la Fondation Jean-Paul Blachère.  

Eddy Kabeya

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