Sakania : insécurité maximale : les installations de Frontier pillées

Plus rien n’est logique désormais dans ce dossier minier qui oppose le gouvernement congolais à FQM. Alors que la société canadienne par la décision de son conseil d’administration a décidé d’interrompre ses activités minières à Sakania à cause de la grande insécurité juridique dans laquelle elle se trouve selon les propos de son directeur général Mike Parker, l’on assiste depuis lundi soir à un pillage des installations de cette compagnie, pillage, qui a commencé par le magasin des vivres destinés aux travailleurs de Frontier et qui se poursuit par un démontage des machines outils que l’on retrouve désormais à neuf kilomètres de là au centre de la cité de Sakania qui devient très rapidement le marché des pièces de rechange. 

         Désormais, l’on peut trouver des postes à souder à moins cher dans les villages qui n’ont pas d’électricité. Du rêve de croissance économique et de moteur de la relance de l’industrie minière en RDC, le projet Frontier est désormais devenu un cauchemar pour ses initiateurs qui vivent l’une des plus grandes crises à laquelle FQM a été confrontée. 

C’est aussi devenu un cauchemar pour les milliers de travailleurs qui s’étaient investis dans cette passionnante aventure, mais doivent déchanter car ils vont passer à la trappe comme les autres travailleurs de Sodimico qui malgré leur mine riche de Musoshi pointent absents aux palmarès des producteurs du cuivre. En moins d’un miracle et l’on se demande lequel, la ville de Sakania va retrouver sa misère d’alors et se perdre dans la nuit africaine car rien ne peut restituer la confiance des investisseurs et des travailleurs. C’est aussi un cauchemar pour les milliers d’agriculteurs qui avaient investi corps et biens dans la production agricole avec l’assurance d’un marché constitué par cette entreprise prospère. D’entreprise citoyenne par sa contribution exceptionnelle au budget de l’Etat, Frontier est devenue l’ennemi public numéro 1 à abattre, au nom de quelle valeur ?

         Cette saga politico financière et juridico-minière doit profiter à quelques individus qui tirent les ficelles et qui instrumentalisent tout l’appareil de l’Etat et prennent la bonne foi de ceux qui décident sans tenir compte des conséquences néfastes qui doivent en découler car le droit à la propriété privée est garanti par la constitution et le temps ne peut constituer de refuge à ceux qui profitent des biens mal acquis.  Il est de notoriété publique que la lettre annulée par l’arrêt de la Cour Suprême n’octroyait pas des droits miniers à Frontier et à Comisa mais devait tout au plus organiser pour Bwana Mukubwa une filiale zambienne de FQM l’obtention des droits qui n’ont jamais d’ailleurs été octroyés. Cela est connu et le rendu de l’arrêt est clair. Sinon comment expliquer l’étonnement du Greffier de Kipushi qui s’est rendu à Sakania pour exécuter l’arrêt et qui va se rendre compte de la confusion, mais va décider tout de même de sceller l’usine alors qu’il s’agissait dans le pire des cas de restituer à Sodimico ses zones exclusives de recherche ? Comment un droit minier peut se transformer en droit de propriété sur des biens privés. A moins que l’on prouve que le concentrateur de Kishiba a été volé à Sodimico et que les machines lui appartenaient déjà au moment de la constitution de ces droits. C’est proprement grave pour être crédible, la seule explication est malheureusement l’usage de la force et une expropriation pure et simple comme le pays en est accoutumé. Revendiquer la souveraineté nationale comme argument à l’usage de l’arbitraire ne grandit pas le pays et n’honore pas le gouvernement qui, pour garder sa ligne de défense, est désormais obligé de renier même aux cours arbitrales leur compétence, c’est une mauvaise posture car elle cache un recul de l’engagement pris par le chef de l’Etat de créer au cœur du continent africain un pays respectueux des droits, un Etat de droit. C’est quand même curieux que le gouvernement congolais revendique constamment la légitimité des cours seulement si leur sentence lui est favorable et rejette aujourd’hui la cour de Paris du fait de ses mesures conservatoires. Aucune escalade ne profitera au pays, seuls les Congolais et leurs dirigeants honnêtes souffriront, ceux qui vivent de cette crise seront sans doute heureux mais pour combien de temps ? L’histoire récente nous apprend qu’il n’y a aucun endroit sur terre où l’on est à l’abri des conséquences de ses actes. Apprenons de notre histoire, la zaïrianisation a tué l’émergence de la classe moyenne, le pillage, de 1991 et de 1993 ont cassé le tissu économique. Avec ce qui arrive à FQM, c’est d’abord notre image qui est ternie, mais nos moyens aussi. Le Gouvernement qui est souverain certes dans son action doit démontrer que les solutions proposées sont meilleures que celles qui existaient. 

C.P.

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