Saisie de 1.200 kg de cassitérite à Goma : un agent de la Monusco impliqué

Les agents de différents services opérant au poste frontalier séparant la ville congolaise de Goma et la ville rwandaise de Gisenyi ont saisi, le dimanche 21 août vers 23 h 45 une cargaison de 1.200 kgs de cassitérite. Le coup de filet est intervenu au moment où une Jeep de la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo), immatriculée 1727, conduite par le chauffeur nommé  Julien Mukala (matricule n°50316), tentait de passer la frontière.

Selon la version des faits, le charroi de la Monusco est généralement exempté de contrôle à la grande barrière. Mais, ce qui a poussé les « services » à interpeller le chauffeur Mukala, c’était la difficile progression de son véhicule, qui donnait l’air d’être chargé au-delà de sa capacité d’accueil. Pris la main dans le sac, indique-t-on, l’incriminé aurait tenté de négocier avec les gardes frontalières, en leur proposant la moitié des colis de cassitérite, estimés au nombre de 24, pesant chacun 50 kgs.

Une alerte générale a été aussitôt déclenchée. C’est ainsi que vers minuit, la grande barrière a accueilli plusieurs personnalités civiles et militaires, notamment le Gouverneur de la province du Nord Kivu, Julien Paluku, les membres du Conseil provincial de Sécurité, le Commandant de la 8me Région Militaire, l’Inspecteur provincial de la Police, les directeurs provinciaux de l’ANR (Agence Nationale des Renseignements), de la DGM (Direction Générale de Migration) et de la DGDA (Direction Générale des Douanes et Accises).
Tout ce beau monde a été rejoint, peu après, par un délégué des services de sécurité de la Monusco, Kabore, afin que le constat des minerais saisis soit fait en sa présence.

Les premières révélations

Selon les premières investigations, le véhicule de la Monusco a reçu sa délictueuse charge du comptoir d’achat des minerais fonctionnant à Goma sous le label d’Ebir, une propriété d’un sujet rwandais résidant à Gisenyi et répondant aux prénom et nom de Robert Ritega. L’homme est décrit comme un repris de justice qui venait de purger 5 ans de prison dans son pays pour trafic de faux dollars américains. Un certain Dodo Mukanza Karuganda, actuellement sous les verrous, est cité parmi ses garçons de course.
On croit savoir que le trafic de cassitérite produite RDC serait aux mains de plusieurs réseaux maffieux, dont celui tenu par Robert Ritega. Compte tenu de la sensibilité et de la gravité des faits, le dossier a été transmis au Parquet de Goma qui vient d’ouvrir une procédure de flagrance à l’endroit des premiers suspects.

Roger Meece informé

Informé de ce qui s’est passé lundi soir à frontière congolo-rwandaise, Roger Meece, Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU en République Démocratique du Congo et patron de la Monusco, a assuré les autorités congolaises de la pleine coopération de cette structure onusienne dans le dossier sous examen. Il a fait savoir que l’exploitation illégale et la contrebande des ressources naturelles de la RDC passent, à ses yeux, pour des crimes graves que la Monusco est chargée de prévenir.
Elle reste engagée, selon lui, à soutenir tout effort dans ce sens. Il a renchéri que toute allégation portée contre un membre de son personnel sur son implication éventuelle dans de telles activités illégales fera l’objet d’une enquête exhaustive et que des mesures appropriées seront prises en pleine coopération avec les autorités congolaises.

No Nkunda… no job !

En dépit de la disponibilité de la Monusco à coopérer avec la justice congolaise en vue de l’éclatement de la vérité dans le dossier des 1.200 kg de cassitérite saisis à Goma, les inquiétudes demeurent. Elles concernent notamment le charroi et le personnel de cette antenne des Nations Unies. Serait-ce la première fois qu’un véhicule de la Monusco et un membre de son personnel sont impliqués dans le passage frauduleux des minerais vers les pays frontaliers dans la partie Est de la RDC ?

S’il est acquis que des agents onusiens abusent de la confiance et du traitement de faveur que leur réservent les services opérant aux frontières congolaises, il faut craindre un pillage organisé des ressources minières congolaises non pas par les « forces négatives » que l’on a toujours incriminées, mais aussi des membres des organisations internationales censées aider les Congolais à retrouver le chemin de la paix, de la démocratie, de la bonne gouvernance et du développement.
De ce point de vue, il est difficile d’évaluer les quantités de cassitérite, de coltan, d’or, de diamants, de pointes d’ivoire… qui sont sorties et continuent de sortir frauduleusement du territoire congolais pour alimenter les conflits armés et enrichir des individus, nationaux comme expatriés. La ville de Goma ainsi que toutes les localités frontalières avec l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi paraissent particulièrement suspectes et confirment la persistance de l’insécurité dans la partie Est de la RDC.

Cela fait penser à la célèbre formule « No Nkunda, no job! », en circulation dans cette partie de la République à l’époque où Nkunda et son mouvement rebelle, le CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple) faisait la pluie et le beau temps au Nord et Sud-Kivu. On s’étonnait des épisodes récurrents de conflits armés et de son refus d’intégrer l’armée nationale, avec ses troupes alors que la réalité était à chercher dans ce « fond de commerce » qui faisait le bonheur de plusieurs « forces obscures ».

Kimp

 

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