Rwanda- RD Congo : l’ONU opte pour le bâton et la carotte

kabila-kagame A la suite de la convocation par les USA, qui président le Conseil de Sécurité pour le mois de juillet, d’une réunion urgente de cet organe stratégique des Nations Unies jeudi dernier, avec à l’ordre du jour l’activisme des groupes armés dans les Grands Lacs, l’opinion congolaise s’attendait à une nouvelle condamnation des sponsors du M23, dont le Rwanda. Cela paraissait d’autant évident que le mardi 23 juillet, le Département d’Etat américain avait expressément demandé à Kigali de cesser tout appui militaire à ce mouvement rebelle et de retirer, sans conditions et sans délai, tout son personnel militaire du territoire congolais.

Mais, à l’arrivée, le Rwanda s’en est sorti sans la moindre condamnation. Tout en réitérant, sans citer de manière explicite un pays, le respect, par les Etats signataires de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, de leurs engagements à ne pas apporter un quelconque soutien au M23 qui perturbe la paix et la sécurité en RDC, le Conseil de Sécurité a exigé de ceux qui sont derrière les FDLR de faire de même. Selon l’ONU, les rebelles rwandais se seraient rééquipés militairement et mèneraient plusieurs incursions au Rwanda. Bref, tout en se montrant fort préoccupé par la fin de la situation de guerre en RDC, le Conseil de Sécurité a fait savoir que la déstabilisation du Rwanda par les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) ne résoudrait pas le problème de la paix et de la sécurité dans les Grands Lacs.

            Ainsi que le constatent aisément les analystes de la guerre de l’Est, les Nations Unies ont opté à la fois pour la politique du bâton et de la carotte, qu’elles appliquent à la fois contre Kinshasa, présumé victime d’une agression commanditée par Kigali, mais aussi contre le pays de Kagame, présenté comme se trouvant à la merci d’un mouvement rebelle hébergé par la RDC et qui serait aidée militairement par cette dernière.

Les dégâts du lobbying rwandais

            Au regard du « match nul» décrété par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, en rappelant à Kinshasa qu’à Kigali ce qu’il considère comme un jeu de cache-cache dans l’instrumentalisation des FDLR et du M23 pour des nuisances sécuritaires réciproques, il est clair que le lobbying rwandais a encore fait des dégâts jeudi dernier à New York, au préjudice de la cause de la paix en République Démocratique du Congo. Bien que l’appui du  Rwanda à la bande à Sultani Makenga et la participation de l’armée rwandaise aux combats contre les FARDC soient clairement établis, le pays de Kagame n’a pas pour autant été mis au ban de la communauté international.

            Comme par le passé, son fonds de commerce, à savoir la présence des FDLR en territoire congolais, a fait mouche. Dans l’entendement du Conseil de Sécurité, tant que ces rebelles ne seraient pas totalement désarmés, démobilisés et rapatriés au Rwanda, apparemment par la faute du gouvernement congolais, la paix serait impossible dans les Grands Lacs. Par conséquent, le Conseil de Sécurité a exhorté les autorités congolaises à reprendre le dialogue avec le M23 à Kampala, de manière à résoudre la crise politico-militaire interne.

            De même, le régime de Kigali a été prié d’envisager, dans un proche avenir, un mécanisme de dialogue avec les FDLR ainsi que toutes les forces politiques et sociales rwandaises exclues du pouvoir, afin de régler les problèmes internes. Bref, selon les Nations Unies, la stabilité des Grands Lacs, dépend aussi bien d’un dialogue intercongolais que d’un dialogue interwandais.

Fuite en avant du Rwanda

            Le Rwanda a finalement choisi la voie de la fuite en avant pour justifier, le cas échéant, une prochaine intervention militaire, à visages découverts, de son armée en RDC, sous prétexte de neutraliser les FDLR. Le maître de Kigali n’ignore pas les soupçons de Washington sur son parrainage du M23 et ses conséquences négatives sur les populations civiles congolaises, victimes des massacres et atteintes à leurs droits éléments en qu’être humains. Il a réussi à obtenir un sursis face aux menaces, toujours pendantes, des sanctions financières et militaires des USA contre son pays.

            Les autorités congolaises devraient, dans cette phase délicate de nouvelle confusion au niveau des Nations Unies au sujet du véritable perturbateur de la paix et de la sécurité dans les Grands Lacs, faire attention aux activités des FDLR en territoire congolais. Elles auraient intérêt à collaborer franchement avec la Monusco dans le volet du désarmement, de la démobilisation et du rapatriement de ces rebelles rwandais. La moindre fausse note dans le travail en commun pourrait faire accréditer la thèse rwandaise de la connexion entre les FARDC et cette force négative. D’où la nécessité, pour le gouvernement, de démasquer les complices internes qui seraient tentés d’instrumentaliser les FDLR, dans le but pérenniser leur présence en territoire congolais et d’offrir ainsi, au régime de Kigali, la possibilité de camouflet sa collaboration avec le M23.

La dernière réunion du Conseil de Sécurité a apporté un message aux Congolais, à savoir celui de la continuité de la guerre diplomatique entre Kinshasa et Kigali, dans un climat où les accusations congolaises contre le Rwanda, en dépit des preuves parfois irréfutables, ont encore du mal à passer.                        Kimp

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