Révision constitutionnelle : Majorité, le grand flou

Après les sorties publiques en chaîne de son Secrétaire général, Aubin Minaku, de son porte-parole, Sébastien Luzanga, et de plusieurs de ses cadres, à savoir Evariste Boshab (PPRD), Lambert Mende (CCU), Pius Mwabilu (CNC), Kin-KieyMulumba (PA et Désir Kabila) au sujet de la nécessité de déverrouiller la Constitution par voie référendaire, la déclaration du MSR (Mouvement Social pour la République) sur le préalable d’un débat interne avant de lever pareille option, a jeté un grand flou dans les esprits. Tout se passe comme si cette famille politique était divisée sur la perception, par ses membres, des enjeux politiques de 2016, avec en ligne de mire l’élection présidentielle, pour laquelle le Chef de l’Etat actuellement en fonctions, déjà crédité de deux mandats, ne devrait pas en principe concourir.

            Les observateurs se demandent si les Congolais ne sont pas soumis à un jeu de cache-cache entre affiliés d’un même moule politique mus par le même objectif, celui de la conservation du pouvoir.

            En effet, pendant que le MSR exige un débat interne au sein de la Majorité Présidentielle, en vue d’une prise de position commune en rapport avec la révision ou non de la Constitution, les animateurs de certains partis politiques tels que le PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie), la CCU (Convention des Congolais Unis), le CNC (Congrès National Congolais), le PA (Parti d’Action) se sont déjà lancés, ouvertement, dans la pré-campagne électorale. Celle-ci a pour toile de fond non pas la révision constitutionnelle, mais plutôt la réélection de Joseph Kabila.

            Les discours que tiennent Evariste Boshab, Lambert Mende, Pius Mwabilu, Kin-KieyMulumba, et plusieurs autres cadres de la Majorité Présidentielle donnent à penser que le déverrouillage des articles dits « intangibles » de la Constitution est déjà acquis. En tout cas, le sentiment qu’ont désormais de nombreux compatriotes est que le référendum constitutionnel à venir ne serait qu’une simple formalité. A cet égard, le débat interne réclamé à cor et à cri par le MSR et accepté par Aubin Minaku apparaît de plus en plus comme une manœuvre de diversion destinée à faire croire aux anti-révision de la Constitution que rien ne serait encore décidé du côté de la Majorité Présidentielle.

            Sceptiques, nombre de compatriotes pensent que tant que le Chef de l’Etat lui-même n’aura pas dit son dernier mot officiellement et publiquement au sujet de la recherche ou non d’un troisième mandat, chacun devrait rester sur ses gardes. Cette prudence est fort recommandée face aux velléités de passage en force clairement affichées par les « Faucons » de la Majorité Présidentielle.

Non à la chasse aux sorcières

            Ce qu’il faut souhaiter maintenant est que si l’option de la révision constitutionnelle est confirmée par la famille politique du Chef de l’Etat au terme de son débat interne, l’on permette aux forces politiques et sociales opposées à cette initiative d’aller aux quatre coins du pays pour expliquer à l’électorat les mobiles de leur refus. Il est à espérer qu’une campagne anti-révision de la Constitution ne va pas se transformer en une source d’ennuis pour ses animateurs, comme c’est déjà le cas pour le député national Jean-Bertrand Ewanga, arrêté et traduit en justice après le meeting de l’Opposition à N’Djili, le lundi 04 août 2014.

            Il serait malheureux qu’en lieu et place d’un débat démocratique entre « pro » et « anti » révision constitutionnelle, l’on assiste à une véritable chasse aux sorcières contre les contradicteurs des membres de la Majorité Présidentielle. Si l’espace politique national n’est pas ouvert à tous les courants d’idées en marge du référendum constitutionnel, ce serait fort dommage pour un pays qui prétend cheminer vers une démocratie de l’excellence et redonner la parole au souverain primaire dans le choix de ses gouvernants.                      Kimp

 

Leave a Reply