Retour aux années Mobutu, RDC : tout peut arriver!

Les relations entre la majorité au pouvoir et l’opposition épousent de plus en plus les contours de celles ayant prévalu, en son temps, entre la Mouvance présidentielle de Mobutu et l’Union Sacrée de l’Opposition Radicale (Usor), devenue plus tard l’Union Sacrée de l’Opposition Radicale et Alliés (Usoral). Les coups bas, les cabales, les débauchages, l’intoxication, les actes d’intimidation ou de provocation et tant d’autres antivaleurs indignes d’une démocratie semblent revenir en force. La République Démocratique du Congo est pratiquement rentrée aux années Mobutu, à 10 mois de la tenue du tour unique de l’élection présidentielle ainsi que des élections législatives nationales et provinciales, sénatoriales et autres.

 

Au rythme où s’accumulent les pratiques d’une autre époque, tout peut désormais arriver aux Congolais, dans le sens du pire, à savoir les contestations pré et post-électorales. Le temps de la grande fracture ne semble plus loin. Pourtant, les populations de notre pays rêvent des scrutins de 2011 pour mieux s’approprier le destin de leur Nation, à travers des choix mieux réfléchis de futurs animateurs des institutions nationales, provinciales et locales. Malheureusement, leur libre choix dans le sens du statu quo ou de l’alternance politique risque de ne pas s’opérer, comme ils l’espèrent, sur la base des discours, analyses et projets de société des uns et des autres.

 

L’affaire UNC

 

L’une des affaires qui défrayent actuellement la chronique est le coup fourré assené à l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) par l’Alliance de la Majorité Congolaise (AMP), dans la ville de Bukavu. En effet, à la faveur d’une marche de soutien à la révision constitutionnelle organisée par cette plate-forme politique, des drapeaux de l’UNC ont été arrachés de leur perchoir, au motif qu’ils indisposaient des hommes en uniforme ayant leur caserne dans le secteur. dixit le Maire de Bukavu.

Selon la même autorité de la territoriale, la HAM (Haute Autorité des Médias) aurait sorti une directive interdisant les partis politiques de battre campagne avant l’échéance fixée par la Loi Electorale. Et, qu’en l’espèce, le fait pour l’UNC de faire flotter ses drapeaux au vent constituait une activité de pré-campagne. Cette version livrée par le Maire de Bukavu a vite été démentie par l’usage que les militants de l’AMP ont fait par la suite de ces emblèmes, en défilant carrément avec derrière les calicots proclamant leur soutien sans réserve à la révision de la Constitution.

Ce qu’il faut craindre, au vu de tels comportements, c’est de voir des inciviques instrumentalisés opérer sous les labels des partis auxquels ils n’appartiennent pas, avec la bénédiction des responsables de la territoriale ou des services spéciaux, pour casser des sièges d’autres partis, perturber l’ordre public, piller des commerces, et faire endosser la responsabilité de leurs actes indignes à des innocents.

La logique des courtisans de Mobutu, spécialisés dans le maquillage d’actes de nature à faire disqualifier les opposants ou leurs militants, semble en chantier. Au finish, l’impression qu’une telle escroquerie politique a laissée est que la « base » de l’UNC serait en désaccord avec la hiérarchie de ce parti, foncièrement opposée à une démarche porteuse d’un agenda caché pour les élections de 2011. L’on ne peut que s’interroger au sujet du recours systématique à la HAM, elle-même présentement en phase de « transition », en attendant sa mutation en CSAC (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication) pour justifier l’injustifiable, à savoir une volonté délibérée d’empêcher les partis politiques de l’opposition de s’implanter et de mobiliser leurs militants ou combattants à la base.

 

Pré-campagne pour les uns…

En effet, on voit naître tous les jours des partis et associations proches de l’AMP à Kinshasa comme en provinces, flotter au vent leurs drapeaux au niveau de leurs sièges, émerger du sol des portraits géants de leurs leaders et ceux ou leurs délégués occuper en permanence les plateaux de télévision ou les espaces des tabloïds. Leurs matinées politiques démarrent chaque jour à l’aube pour ne s’arrêter qu’à la tombée de la nuit, sans qu’elles soient assimilées à des actions de pré-campagne électorale.

Comment construire la démocratie congolaise sans liberté de parole et de mouvement pour tous, sans débats politiques contradictoires, sans échanges entre les populations et les prétendants aux mandats politiques, sans adresses et enseignes pour les partis de l’opposition ? Tout le monde devrait avoir le droit de vulgariser son projet de société, plusieurs semaines et plusieurs mois avant les élections.

La démocratie congolaise n’a pas besoin de vilains jeux, de cabales, de coups tordus, du terrorisme pré-électoral. Aujourd’hui, la classe politique congolaise, surtout la majorité au pouvoir, devrait tirer les leçons de ce qui s’est passé en Tunisie et de ce qui se passe en Egypte pour bien lire les messages des peuples de ces pays révoltés contre les dictatures, la confiscation de tous leurs droits, la privatisation du pouvoir d’Etat par une minorité d’apparatchiks, les injustices de toutes sortes, etc. Le ras le bol du souverain primaire est le pire danger qui guette ceux qui ne sont pas à son écoute attentive.

Jacques Kimpozo

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