Recrudescence de l’insécurité à l’Est du pays

Certes le calme est revenu avant-hier à Beni après le lâche assassinat de l’infortuné Marcel KAMBALE Matoko, chef du quartier dans la commune urbaine de Mulekera. Les populations de cette ville devenue célèbre scandalisées par cet assassinat de cet homme qui, outre ses fonctions officielles, était l’un des hauts responsables actifs et les plus en vue dans le parti politique de M. Antipas MBUSA Nyamuisi. Ce dernier, rappelle-t-on, a quitté depuis bientôt deux semaines la Majorité présidentielle avant de rallier avec tambours battants l’opposition politique. Et son discours prononcé le jour de son départ a été d’une virulence sans pareille contre le régime qu’il a pourtant servi fidèlement depuis 2000.

Dès l’annonce de cet assassinat, les populations de Beni ont réagi avec vigueur en s’affrontant aux forces de l’ordre. Des manifestants ont mis le feu aux bureaux de la Commune en route vers la Mairie en transportant le corps du défunt. Des pneus ont été brûlés, des cris de vengeance entendus sans oublier d’autres gestes de mécontentement à l’endroit des forces de sécurité et des autorités administratives et politiques locales. Il a fallu du courage au maire de la Ville pour calmer ces foules en furie et la convaincre d’acheminer le corps de l’infortuné Marcel KAMBALE Matoko jusqu’à la morgue de l’hôpital de Référence de la Ville, a indiqué le colonel NGELEKA Buloko Kabundji, chef de la cellule des communications des FARDC dans les opérations SHAFISA de Ruwenzori.

Beni martyrisée de trop !

La Ville de Beni vient de subir encore une fois une tragédie de trop. Il ne se passe pas deux mois sans que l’on ne dénonce des cas de meurtre perpétré par des hommes armés et en tenue dans cette ville et ses environs. Le 22 septembre dernier, des hommes en tenue et armés ont tiré à bout portant sur deux jeunes gens appartenant à une même famille résidant dans la localité de Kabasha située à 20 kilomètres de Beni.

Il y a deux ans un cameraman privé avait été abattu en son domicile par des hommes armés et en tenue qui n’avaient emporté rien d’autre que sa camera. Une façon singulière de signer leur forfait macabre, a-t-on indiqué du côté des organismes de défense des droits de l’homme. Des protestations avaient fusé de partout et plus particulièrement dans la profession ainsi que des organisations de défense de la liberté de presse pour condamner ce lâche assassinat.
Beni, on le sait, avait abrité pendant quelques mois le siège social de la coalition politico-militaire regroupant le MLC de Jean-Pierre BEMBA et le RCD/KML d’Antipas MBUSA Nyamuisi appuyé par les troupes régulières de l’Ouganda. C’était les années 1999-2000 lors de la guerre contre le régime de feu L.D. KABILA.

Population et forces de l’ordre : méfiance totale

Ce qui inquiète de plus en plus les populations civiles non armées dans cette partie du territoire national, c’est l’incapacité des forces de sécurité face à la recrudescence de l’insécurité à la veille des élections générales de novembre prochain. Aucune enquête sérieuse n’a jamais été menée pour aboutir à l’identification des responsables directs et les commanditaires de tous ces crimes. Cela, ni du côté des organes de la loi civils et militaires et encore moins des autorités politiques locales et surtout celles du gouvernement central. Voilà pourquoi les populations scandalisées en arrivent à s’affronter aux éléments de la police. Les populations se croient abandonnées à elles-mêmes car n’ayant plus la moindre confiance dans les forces de l’ordre. Le désamour est si criant que les deux camps se regardent en chiens de faïence tout en s’accusant mutuellement de négligence et parfois de complicité dans tous les actes de violence qui n’ont jamais cessé d’endeuiller cette partie du territoire national.

Menace sérieuse sur les élections

Ce regain d’insécurité survient à deux mois des élections législatives et présidentielle notent avec émotion de nombreux observateurs en prévenant que si rien n’est fait pour l’endiguer, il y a un risque réel de voir ces élections perturbées par des éléments inciviques et irresponsables. Qui a alors intérêt à voir ces élections perturbées ? En pillant les bureaux de vote ou en empêchant les électeurs de remplir leur devoir civique. Telle est la question, car l’on observe une recrudescence de l’insécurité dans les territoires de l’Est et même sur les cours d’eau, notamment le lac Tanganyika où des pirates s’adonnent à prendre en otage des bateaux de commerce.

Prise en otage d’un bateau sur le lac Tanganyika

C’est le cas du bateau Maman WUNDJA en provenance de la Ville d’Uvira au Sud-Kivu et qui se dirigeait vers Moba au Katanga lorsqu’il a été arraisonné par des éléments du groupe Maï Maï YAKUTUMBA. Transportant une centaine des passagers dont des familles des militaires et 40 tonnes des marchandises, il a été détourné le dimanche dernier vers la localité de Dine située sur la presqu’île d’Ubwari. Tous les efforts pour échapper aux pirates de ce groupe de YAKUTUMBA en empruntant les eaux territoriales tanzaniennes et burundaises se sont avérés vains car les pirates qui naviguaient à bord des corvettes chargées d’armes lourdes ont fini par contraindre le capitaine du bateau à changer de direction jusqu’à Dine devenue leur base. C’est la deuxième interception par force d’un bateau commercial privé à moins d’un mois dans cette région d’Ubwari qui est sous contrôle du groupe de Maï Maï YAKUTUMNA, a-t-on indiqué. Le 4 septembre dernier, c’est le bateau RAFIKI qui avait été pris dans les mêmes circonstances. Et à chaque coup, les pirates dépouillent les passagers de leurs biens et surtout les fûts de carburant. Le sort des passagers du bateau Maman WUNDJA n’est pas encore connu, a déclaré le commissaire lacustre approché par la Radio Okapi.

F.M.

Leave a Reply