Rébellions et groupes armés : où va la RDC ?

 

La comptabilité des mouvements rebelles et groupes armés qui écument la Province Orientale, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Maniema, le Katanga et le Kasaï Oriental, est devenue difficile au fil des semaines. Selon le rapport des experts des Nations Unies ayant enquêté sur les activités du M23 et d’autres forces négatives, notre pays comptait déjà, en juin 2012, une quarantaine de rébellions et groupes armés.

 Ces statistiques devraient être rapidement revues et corrigées, avec l’annonce, en ce début d’année 2013, de la création du M 26 (Mouvement du 26 octobre 2012 dans le Nord-Kivu), de l’Union des Forces Révolutionnaires du Congo dans le Sud-Kivu (URFC), de l’Union des Démocrates Nationalistes pour le Renouveau en Afrique du Sud, d’une nébuleuse regroupant des ex-FAZ et des ex-Simba en Angola.

Même le centre du pays (Kasaï Occidental) héberge aussi son mouvement rebelle, sous la direction du colonel dissident John Tshibangu.           

            On peut s’interroger sur l’avenir du grand Congo avec une armada de seigneurs de guerre qui semblent avoir juré de se positionner dans des républiquettes autonomes ayant pour superficie tantôt la moitié d’un District, tantôt un territoire, tantôt un secteur, quelques fois deux ou trois villages. Certains groupes armés n’ont pas de points d’ancrage fixes, leurs zones d’occupation variant au gré de leur chassé-croisé avec les éléments de l’armée régulière ou de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies au Congo).

            Le réchauffement des « points chauds » au Nord, à l’Est, au Sud-Est comme au Centre du pays semble répondre à un agenda en rapport avec les négociations de Kampala entre le gouvernement congolais et le M23. Tout se passe comme si chaque seigneur de guerre tient à affirmer sa présence quelque part, en vue d’un nouveau partage, « gâteau » national du genre de celui de Sun City en 2003.

Kampala : négociations jusqu’au bout ?

            Au terme de l’endossement au milieu de la semaine dernière, par les délégations de Kinshasa et de Bunagana, du document d’évaluation de l’Accord du 23 mars 2009, le ministre ougandais de la Défense, Crispus Kiyonga, facilitateur attitré des négociations, a fait un commentaire qui a fait tiquer plus d’un analyste des questions congolaises. A l’en croire, les deux parties s’étaient résolument engagées dans la voie du compromis et de la réconciliation, ce qui les prédisposaient à aller jusqu’au bout.

            A défaut d’une claire explication d’une telle démarche, nombre d’observateurs ont commencé à supputer sur la probabilité d’un nouveau deal politique entre « négociateurs » de Kampala, à l’insu du commun des Congolais. L’anticipation des chefs de la multitude des forces négatives présentes sur le territoire national face cette nouvelle donne politico-militaire pourrait justifier la montée de l’insécurité dans toutes les zones qui échappent encore au contrôle du pouvoir central. Les unes et les autres ont choisi le langage des armes pour attirer l’attention du gouvernement de Kinshasa et du M23 sur leur existence. C’est aussi une façon de leur rappeler de ne pas les oublier en cas de nouveau partage des responsabilités dans les institutions de la République, le portefeuille de l’Etat, la territoriale, la diplomatie, l’armée, la police, les services de renseignements, etc.

Nouveau signal fort de la SADC

            A l’issue du Sommet de Maputo, la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe) a confirmé le déploiement imminent de la Brigade spéciale chargée de sécuriser la frontière entre la RDC, l’Ouganda et le Rwanda à travers la traque de toutes les forces négatives, le M23 compris. Tout en saluant la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement de cette organisation de participer au retour de la paix et de la stabilité politique en République Démocratique du Congo, il y a lieu de se demander si cette force de « maintien de la paix » aura réellement la capacité de quadriller de vastes territoires où les seigneurs de guerre jouissent des complicités internes et externes qui entretiennent un environnement de non-Etat pour faire du business.

            On va juger, le moment venu, cette force spéciale par rapport à sa faculté à résister au trafic illégal d’armes et de minerais qui rapportent des millions aux seigneurs de guerre et leurs parrains, étrangers et locaux.                                                    

Kimp

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