RDCongo-Rwanda : le syndrome de 1996-97

En 1996-97, le début de la fin du régime de Mobutu était marqué par le refus des ex-FAZ de se battre contre les « Kadogo » de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), appuyés par leurs alliés rwandais, ougandais, burundais, érythréens et autres. Le scénario des villes et localités qui tombaient sans combat, par de simples annonces dans les médias périphériques faites par Mzee Laurent Désiré Kabila, cachait en réalité des actes de trahison cautionnés par les officiers généraux et supérieurs de Mobutu. Plus grave, chaque « repli stratégique » des ex-FAZ se traduisait par l’abandon à l’ennemi d’un impressionnant arsenal de combat (armes, munitions, blindés, chars, véhicules de transport de troupes).
Diplomatiquement perdant aux Nations Unies, le Rwanda a visiblement choisi de mettre le paquet dans la « guerre » du Nord-Kivu pour aider les mutins du CNDP/M.23 à contrôler quelques localités à l’intérieur du territoire congolais et faire accréditer à nouveau la thèse de la crise politico-militaire congolo-congolaise. Comme en 2008-2009, l’objectif visé est de placer la RDC devant le fait accompli, celui de l’impératif de négocier la paix avec des officiers et soldats rwandais à réintégrer au sein de FARDC sous le statut de Congolais, après leur avoir accordé une amnistie générale, en sus des promotions en grades et fonctions. La voie de sortie des condamnations  internationales parait tout tracée pour Kigali.
Des millions de Congolaises et Congolais se demandent si l’on n’est pas sur le point de revivre la même situation. Comment les troupes loyalistes, qui semblaient contrôler tranquillement le front de l’Est et en étaient aux opérations de ratissage contre les résidus de la rébellion de Bosco Ntaganda et Ruzangiza « Sultani Makenga » se retrouvent-ils subitement dans une position inconfortable ? Qui a vendu la mèche à l’ennemi ? Car, manifestement, la puissance de feu qu’affiche le CNDP/M. 23 est anormale. Par où sont passés les renforts en hommes et armes dont se targuent les mutins ?
 
  Tout ce questionnement est lié aux mauvaises nouvelles en provenance du front du Nord-Kivu.  Il est difficile aux compatriotes qui aiment réellement la mère patrie et son armée d’accepter les revers militaires de Bunagana, Rutshuru et d’autres cités stratégiques de cette partie de la République. Le commun de Congolais est en droit de s’interroger sur ce qui a pu bien se passer pour que les FARDC se mettent à céder du terrain devant les ennemis de la paix et de la stabilité de la RDC.
Dans ce pays où le huis clos frappe systématiquement tout débat public sur la situation sécuritaire du Nord-Kivu et les alliances militaires congolo-rwandaises, les questions ne font que s’accumuler dans les esprits, sans pour autant que les réponses suivent. Ces dernières semaines, Le Phare n’a cessé d’interroger les décideurs politiques congolais au sujet de faits bizarres que l’on constate au Nord-Kivu, notamment la mainmise d’officiers rwandophones sur le commandement militaire  les informations faisant état de la présence des troupes rwandaises dans les rangs du CNDP/M.23, les renforts de ce mouvement rebelle en armes et munitions pendant la fausse trêve décrétée à l’occasion de l’Examen d’Etat, etc.
Beaucoup ont également cherché à savoir si les officiels congolais avaient tiré les conséquences des révélations des Nations Unies sur le parrainage du général rebelle rwandais Bosco Ntaganda et son compatriote Ruzandiza alias Sultani Makenga par le régime de Kigali. 
 
Lorsque les masques ont commencé à tomber sur Bosco Ntaganda, Sultani Makenga et le CNDP, au mois d’avril 2012, il s’est trouvé, dans les officines officielles, des personnalités pour nier leur double carapace d’étrangers et de traîtres à la cause de la RDCongo. Le comble, c’était le huis clos imposé aux députés nationaux par le bureau de l’Assemblée Nationale au sujet de la question orale avec débat en rapport avec l’accord du 19 mai 2012 conclu à Kigali par le Rwanda et la RDC, sous prétexte de ramener la paix au Nord-Kivu.
Le dossier sécuritaire du Nord-Kivu est tellement privatisé que la mobilisation générale décidée par le gouvernement congolais aura du mal à se concrétiser. Tant que les Congolais auront le sentiment que « le cheval de Troie » se trouve à l’intérieur des frontières nationales et que ses fervents défenseurs se recrutent dans les institutions tant nationales que provinciales, ainsi que les services publics, « l’union sacrée » serait une illusion.
Une véritable mobilisation devrait passer d’abord par un exercice public d’exorcisme politique, au terme duquel ceux qui devraient informer correctement la « Cité » devraient rompre avec la langue de bois. Le second palier serait celui de la libération publique de la parole, afin de permettre à tous les compatriotes qui en savent un bout sur la « guerre » du Nord-Kivu de s’exprimer. Sans une pleine connaissance par les Congolais des dessous des cartes, toute stratégie de résistance militaire ou populaire aurait du plomb dans l’aile.
 
Kimp
 

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