RDC-UE : une semaine cruciale

Catherine Ashton, Haut représentante  de l’Union européenne pour les affaires étrangères, s’invite cette semaine dans la crise qui secoue depuis une semaine les relations entre l’UE et la République Démocratique du Congo. Elle a décidé de convoquer l’ambassadeur du Congo près l’UE au sujet de la réaction de Kinshasa contre Karel De Gucht. 

On se souvient qu’en date du 6 janvier dernier, le ministre congolais des Affaires étrangères Alexis Thambwe Mwamba avait émis une note verbale de protestation contre les propos de M.Karel De Gucht à l’endroit du Congo et de ses dirigeants.  Remise à Henri Got, chargé d’affaires de la délégation de l’UE à Kinshasa, la note dénonce les propos tenus par le Commissaire européen au Développement et futur Commissaire au Commerce, tenus le 16 décembre 2009 devant la Commission Développement du Parlement européen. Pour le ministre congolais des affaires étrangères, la déclaration du Commissaire européen  est simplement « raciste, irrespectueuse et irresponsable » et il a tenu à la fustiger en prenant soin d’insister sur le fait que Kinshasa ne faisait pas de confusion entre l’individu Karel De Gucht et l’Union européenne avec laquelle la RD Congo entend développer une coopération multiforme et apaisée, dans le respect de la dignité de toutes les parties.

Mais voilà, le distinguo souligné par Alexis Thambwe Mwamba n’a rien réglé. La Commission européenne a fait bloc derrière Karel De Gucht en soulignant que les propos tenus par le commissaire reflétaient la position de l’exécutif européen dans son ensemble et avaient le soutien de José Manuel Barroso. Dans la foulée, la Commission a préparé une réponse écrite qui devait être transmise à Kinshasa vendredi dernier et l’ambassadeur de la RDC près l’UE se trouve convoqué par Catherine Ashton qui n’a pas apprécié les accusations de racisme proférées contre Karel De Gucht.

Pour mieux évaluer la réaction congolaise, Karel De Gucht avait, devant le Parlement européen,  dénoncé « l’impunité dans une vaste zone de non-Etat (Kivu), où la puissance publique non seulement est incapable d’assurer le contrôle du territoire, mais dont les représentants font souvent partie du problème ». Parlant de l’intégration du CNDP dans l’armée, il l’a jugée hâtive dans un contexte d’inefficacité et de gabégie. Il a dénoncé un « pouvoir autonome accru » dont bénéficierait Bosco Ntaganda, «pouvoir qui résulterait « d’une mise en place d’une chaîne de commandement parallèle auquel le paiement irrégulier de la solde, l’absence de toute forme de discipline et de toute hiérarchie fourniraient un terrain fertile ». Karel De Gucht estime « qu’il n’est pas question de demander un retrait ou désengagement de la Monuc ». Il se désole ensuite devant ce qu’il appelle « l’énorme gâchis qu’est devenue depuis une vingtaine d’années la RDC, un pays où presque tout est à refaire, à commencer par la reconstruction de l’Etat dont l’absence est au cœur de tous les problèmes ».  Il poursuit, s’agissant du secteur judiciaire, que « les carences du système judiciaire congolais créent un sentiment généralisé d’impunité. Ce qui reste à reconstruire au Congo, c’est un Etat de droit avec de véritables fonctions régaliennes qui, aujourd’hui, sont totalement inexistantes et donc créent un vide extrêmement grave ». Et de conclure : « la Commission européenne fait beaucoup pour l’aide humanitaire et les programmes destinés à rétablir le règne de la loi. Nous parlons de dizaines de millions, et même plus de 100 millions d’euros initialement. Mais le problème, bien sûr, est : quelle est l’efficacité de tout cela si vous n’avez pas de contrepartie appropriée dans l’arène politique ».

Voilà les propos tenus par le commissaire européen, aujourd’hui considérés comme reflétant le point de vue de l’Union européenne et qui ont provoqué l’ire de Kinshasa.

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