RDC-Rwanda : des questions sans réponses

 Des millions de Congolaises et Congolais continuent d’avoir le sentiment que l’Union Africaine a renvoyé la RDC et le Rwanda dos à dos, à l’issue de son Sommet Extraordinaire organisé le week-end dernier à Addis-Abéba, spécialement au sujet de la guerre qui déchire la province congolaise du Nord-Kivu. Ce « match nul » est d’autant étonnant que la délégation congolaise s’est présentée dans la capitale éthiopienne avec tous les éléments nécessaires à un triomphe sans bavure : le rapport des experts des Nations Unies sur l’appui de Kigali aux mutins du M23, son propre rapport d’enquête sur la présence des troupes rwandaises en territoire congolais, les aveux des « déserteurs » du M23 recueillis par la Monusco, etc.

  L’absence de toute condamnation formelle du Rwanda comme pays agresseur de la RDCongo dans le rapport final suscite des interrogations et exige des réponses, de même que le dédoublement par une « force internationale neutre » à la frontière rwando-congolaise ainsi que la convocation d’une nouvelle conférence des Etats des Grands Lacs en août prochain à Kampala. L’on ne comprend pas non plus l’option levée par l’UA d’étendre le mandat de sa force neutre non seulement à la traque du M23 mais aussi des FDLR et de toutes les forces négatives présentes dans l’Est du territoire congolais. Cela veut-il dire que les « troupes » africaines dites neutres seraient appelées à quitter la frontière congolo-rwandaise pour des opérations militaires à l’intérieur du Congo ?


 Quel message la diplomatie congolaise a-t-elle amené à Addis-Abeba pour en arriver à un résultat non-conforme aux aspirations des masses congolaises ? Qu’a-t-on communiqué aux Chefs d’Etat et de gouvernement pour que la thèse de l’agression rwandaise contre son voisin congolais ne puisse pas être retenue ? Et, avant l’arrivée de la délégation congolaise, les diplomates congolais résidant en Ethiopie ont-ils suffisamment sensibilisé les décideurs africains, à travers leurs représentants, sur les réalités du terrain et les enjeux cachés de la guerre du Nord-Kivu ? Il est bizarre qu’en marge des assises de la capitale éthiopienne, le président ougandaisYoweri Museveni se soit permis, lors de sa rencontre avec des émissaires de son homologue américain, Barack Obama, de déclarer que le Rwanda n’était pas impliqué dans les événements du Nord-Kivu, et que la crise était plutôt congolo-congolaise ?
 Comme pour confirmer le caractère à son avis « interne » du conflit armé, l’homme fort de Kampala se propose de réunir, le mois prochain, les délégués des pays des Grands Lacs dans la capitale de son pays, en vue de trouver une solution négociée à la crise congolaise. Et, les Congolais ont accepté l’invitation, tout en sachant que Museveni a déjà pris position en faveur du Rwanda.


 Après le briefing leur fait par le président ougandais, les Américains croient-ils encore aux accusations congolaises et onusiennes contre le régime de Kigali ? Il est difficile de le savoir. La question à se poser à présent est de savoir si le lobbying diplomatique de la RDC est suffisamment percutant à Washington, et particulièrement au niveau du Département d’Etat américain pour contrer le message délivré par Museveni et qui dédouane Paul Kagame de toute implication dans la guerre de l’Est. Quelle est la vraie qualité des messages délivrés par l’ambassade de la RDC à Washington? Il est temps de se poser ce type de questions et surtout, d’y donner des réponses cohérentes.
 Dans le cas contraire, l’Oncle Sam, que les Congolais ont souvent accusé d’être plus attentif au plaidoyer de Kigali qu’à celui de Kinshasa dans les crises congolaises, de 1996 à nos jours, risque encore de faire pencher la balance en faveur du Rwanda.


Kimp

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