RDC – Rwanda : de nouveau le grand flou !

 

La République Démocratique du Congo n’a pas l’intention de couper ses relations diplomatiques avec le Rwanda. Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, l’a clairement souligné hier devant les médias, en réponse à la demande de plusieurs organisations non gouvernementales et de la société civile excédées par le soutien actif de ce pays à la rébellion du M23. Avant le ministre des Médias, Chargé des Relations avec le Parlement et de l’Initiation à la Nouvelle Citoyenneté, d’autres officiels congolais qui s’étaient exprimés à ce sujet avaient soutenu l’option du maintien des contacts et du dialogue entre Kinshasa et Kigali, au motif que l’option diplomatique devrait être privilégiée par rapport à toute autre.

            A entendre toujours un discours allant dans le sens du dialogue permanent avec le Rwanda, nombre de Congolais ont le sentiment que ceux qui les dirigent demandent à la fois une chose et son contraire, à savoir d’une part des sanctions sévères des Nations Unies contre le Rwanda et son allié naturel, l’Ouganda, pour leur soutien au M23, et, d’autre part, une cohabitation non conflictuelle avec le régime de Kigali. S’il y a une chose qu’attendent de nombreux compatriotes depuis l’occupation militaire d’une partie du Nord-Kivu par des mutins à la solde du pouvoir de Kigali, c’est la clarification du discours dans le chef des décideurs politiques congolais.

            Logiquement, l’exigence des sanctions onusiennes contre le Rwanda et l’Ouganda devrait avoir pour soubassement sinon la rupture des relations diplomatiques, en tout cas le rappel des ambassadeurs congolais en poste à Kampala et Kigali. Aux yeux de ceux qui ne maîtrisent pas les enjeux cachés de la guerre de l’Est, il est inconcevable que la RDCongo reste en relations avec ses deux voisins agresseurs, notoirement fichés comme tels par les enquêteurs des Nations Unies. Il n’est pas normal que Kinshasa se taise pendant que plusieurs pays occidentaux (USA, Belgique, Pays-Bas, Suède) ont déjà suspendu soit leur aide financière, soit leur coopération militaire avec le Rwanda.

Tant que du côté de Kinshasa, l’on va continuer à crier à l’agression ougando-rwandaise sans pour autant modifier les termes des «relations fraternelles et amicales» avec les deux principaux soutiens politiques, financiers et militaires du M23, de lourds soupçons ne cesseront de peser sur les tenants de la thèse du refus de la rupture des relations diplomatiques congolo-rwandaises ou congolo-ougandaises. Finalement, comment croire que le gouvernement congolais veut réellement obtenir le retrait, du territoire national, des officiers et militaires rwandais comme ougandais qui se battent aux côtés des hommes du colonel Sultani Makenga, devenu Général de brigade depuis le mois dernier, si le statu quo ante persiste en ce qui concerne le volet politique et diplomatique ?

Un marché de dupes ?

            Les Congolais sont souvent surpris d’entendre leurs gouvernants clamer ça et là que les sommets à répétition tenus au sujet de la guerre de l’Est du Congo (Addis-Abeba, Kampala I, II, III et IV, Francophonie) auraient marqué des avancées notables dans la voie de la paix. Il est curieux d’apprendre que le bilan global de ces rencontres serait positif dès lors que le projet de mise en place de la Force Internationale Neutre le long de la frontière congolo-rwandaise se trouve au point mort…que le M23 continue de recevoir du Rwanda et de l’Ouganda des renforts en troupes, armes, munitions et argent…que le cessez-le-feu n’a jamais été appliqué sur la ligne de front…que les territoires occupés par les mutins vivent sous une « administration » autonome depuis six mois.

            Comme pour démentir la foi des autorités congolaises dans un possible règlement de la crise de l’Est par un dialogue direct avec les commanditaires rwandais et ougandais, les armes ont repris leurs droits sur la ligne de front depuis hier jeudi. On croit savoir qu’en relançant les hostilités, le message du M23 – et partant du Rwanda et de l’Ouganda- est clair : le sort de l’Est du Congo sera décidé par les armes.

            En principe, si les deux voisins que les autorités congolaises donnent l’impression de vouloir caresser dans le sens du poil, nourrissaient une quelconque crainte des mesures du Conseil de  Sécurité de l’ONU, le général Sultani Makenga ne pouvait pas se permettre de relancer les hostilités au moment où le Comité des sanctions s’apprête à se prononcer sur le rapport de ses experts.

            Kinshasa semble le dernier à ne pas comprendre que Kigali et Kampala n’entendent pas reculer devant leur objectif consistant à concrétiser le démembrement du Congo, de manière à cohabiter avec un colosse éternellement aux pieds d’argile. En conséquence, c’est en pure perte que les autorités congolaises investissent dans un trou sans fond qu’est l’option diplomatique.

La reprise de la guerre au Nord-Kivu est la preuve, s’il en est encore, que la RDC ne pourra se faire respecter de ses voisins que si elle arrive à se doter d’une armée capable d’opposer la riposte à leurs visées hégémoniques.       Kimp

 

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