«RDC : pas d’élections sans recensement»

En 2050, la population congolaise pourrait atteindre 100.000.000 (cent millions) d’habitants contre 14.500.000 (quatorze million cinq cent milles) en 1960 et 21.000.000 (vingt et un millions) en 1970. Pour l’heure, elle est estimée à quelques 67.500.000 (soixante sept million cinq cent milles) habitants par les experts de PNUD et 62.000.000 (soixante deux millions) habitants selon les dernières statistiques de la Primature. Pourtant, lors des recensements scientifiques de 1984, l’ex-Zaïre ne comptait que 25.000.000 (vingt cinq millions) d’âmes.

Partout au Congo, nous constatons par-ci par-là la mise au pas des militantes et des militants par les états-majors de différents Partis Politiques reconnus ou non en vue des échéances électorales futures, prétendument prévues en 2010 puis repoussées en 2011, du moins pour les locales. Nous avons ainsi noté de nombreuses réactions au sein de la classe politique congolaise depuis l’annonce par la fameuse Commission Electorale Indépendante du très contesté Malu Malu Apollinaire de la révision du fichier électoral.

Cette décision inique, scélérate et antidémocratique a été commentée à hue et à dia par de nombreux analystes politiques. Au risque de tomber dans l’illégalité, la CEI devrait être transformée en CENI (Commission Electorale Nationale et Indépendante) par une loi ad hoc, conformément aux dispositions de l’article 204 de la Constitution du 18 février 2006. Et ce, au cours de la session parlementaire actuelle qui court de mars à juin prochain.

 Le MPCR, dans son souci de transparence, d’ordre et d’équité, veut ici attirer l’attention des Congolaises et des Congolais sur les véritables enjeux du moment, à savoir : quels genres d’élections voulons-nous pour 2011 ? Nous voudrions rappeler à la mémoire collective que les élections organisées en 2006 s’étaient déroulées en violation flagrante des dispositions pertinentes de la résolution n°5/Dic/Avril 2002 de la Commission Politique et Juridique de l’Accord Global et Inclusif de Sun City, lesquelles donnaient mandat à la Commission Electorale Indépendante d’organiser, en collaboration avec les Institutions compétentes de l’Etat, les élections générales, en procédant entre autres à l’identification et au recensement des nationaux.

Nous ne pourrions tolérer la répétition d’une telle méprise car, l’erreur est humaine dit-on, mais persévérer dans l’erreur est purement et simplement diabolique. En vue de garantir au peuple congolais tout entier des élections crédibles, dont les résultats seraient opposables à tous, il sied de corriger rapidement cette erreur collective de 2006. Malgré la volonté affichée par le Président de la République d’organiser les élections en 2011, nous n’avons observé dans le chef des tenants actuels du pouvoir un comportement susceptible de nous rassurer quant à la transparence de ces scrutins, laquelle ne peut être possible sans un recensement préalable.

C’est comme s’il s’agissait là d’un nouveau slogan adapté au temps, dans le seul but d’endormir le peuple congolais et de s’attirer la sympathie de la Communauté Internationale. Personne ne peut confisquer l’initiative de l’organisation des scrutins électoraux au Congo, fut-il détenteur d’un pouvoir démocratiquement reconnu ! A moins de 18 mois de prochaines élections présidentielles, le MPCR propose donc, à tous les partis politiques du Congo ainsi qu’à tous les citoyens Congolais qui ont le souci de voir ce pays évoluer vers une véritable démocratie, une démarche patriotique de confection consensuelle des listes électorales.

Un diagnostic partagé

Toutes les personnes de bonne volonté partagent ce même diagnostic malheureux qui est celui de la non-possession par tous les citoyens Congolais d’une pièce d’identité fiable, et ce, après la mise en circulation de la nouvelle carte d’électeur, laquelle a entraîné ipso facto l’annulation de l’ancienne carte délivrée de 2005 à 2006 à travers les 26 districts de la République post martiale.  Dès lors, on peut légitimement craindre que la suspicion, le trucage et la fraude soient à la portée de tous et constituent la toile de fond de prochaines échéances électorales, surtout avec le retour programmé des exilés des pays de la région des Grands Lacs (Burundi, Ouganda et Rwanda). Doit-on aller aux élections, alors que personne de nos jours n’est capable de nous dire combien sommes-nous réellement ? Doit-on organiser les élections uniquement pour se donner bonne conscience et pour satisfaire la consommation politique extérieure ?  

En effet, si on se lançait dans une telle aventure suicidaire, il est évident qu’au lendemain des scrutins, les contestations seraient nombreuses et l’affrontement inéluctable entre les principaux protagonistes, comme ce fut le cas en août 2006, et en mars 2007, dans les avenues et boulevards de Kinshasa, et depuis 2008, dans les montagnes et les forêts de Kivu-Maniema. Et lorsque tout le monde sait que les germes des conflits, des contestations et d’affrontements sont encore persistants dans certains coins du pays, il serait irresponsable de s’accommoder d’une telle situation.

En effet, a-t-on déjà résolu le problème politique des Banyamulenge à l’Est, des Enyele au Nord, des résistants de l’Ouest ou encore des refoulés du Sud ? Car, en politique, tout est prévisible dans les Etats fragiles de l’Afrique Sud Saharienne où, hélas, nombreux sont ceux qui déclarent haut et fort, et à juste titre, que ces genres des scrutins ne les concernent pas et se mettent hors du processus démocratique, avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer. C’est ici le lieu de paraphraser le grand camarade Mao Tsé Tung de la Chine socialiste qui avait tranché naguère que « Le pouvoir se trouve au bout du fusil ». Et un grand journaliste africain avait enchaîné au 20è siècle dernier : « Le pouvoir est militaire en Afrique ».

Qu’à cela ne tienne…, les armes doivent céder leurs places aux urnes pour la gestion de l’Etat de droit par les toges, c’est-à-dire les Elus du peuple, le souverain primaire de la Nation. Donc, il faut que nous réglions au préalable le problème du recensement des populations congolaises de l’intérieur (hinterland) et de l’extérieur (Diaspora) dès aujourd’hui. Il ne faut plus attendre, l’heure est à la raison et à la responsabilité. Il faut recenser tout de suite et partout sur le territoire national et à l’étranger, dans les ambassades et consulats, toutes les personnes congolaises en âge et en capacité de voter.

Très souvent, nos compatriotes de l’extérieur ne se sentent pas concernés par nos Institutions car exclus d’avance. C’est pour cela que je plaide pour le vote des Congolais de l’étranger.

La guerre permanente

A l’heure qu’il est, de nombreuses régions du vaste Congo, grand comme l’Union Européenne, sont incontrôlées et incontrôlables par les Gouvernements centraux et provinciaux car occupées et livrées à des bandes des pillards et des rebelles, entre autres : aux Nord et Sud-Kivu, aux Nord et Sud-Ubangi, en Ituri, à Itombwe, aux Haut et bas-Uélé, tandis que plusieurs zones économiques d’intérêt commun sont abandonnées aux pays voisins : plateau continental (Angola), Lac Albert (Ouganda), Lac Kivu (Rwanda), Tenke fungurume au Katanga (USA).

Ce diagnostic partagé découle aussi du fait que le Congo est en guerre depuis plus de dix ans (sombre héritage de ce conglomérat d’aventuriers appelé AFDL), précisément depuis le 03 septembre 1996 dans la vallée fertile de la Ruzizi au Sud-Kivu, et que nos administrations publiques et nos archives nationales et provinciales ont beaucoup souffert des dégâts collatéraux des destructions massives dans le Congo profond. A ce jour, rien ne nous garantit que les registres d’état civil sont encore disponibles et fiables dans la plupart de nos services administratifs.

Par ailleurs, le non respect des accords de Goma du 23 mars 2009 ne risque-t-il pas de relancer les hostilités déclenchées par le CNDP en août 2007 ? Et bien avant avec l’occupation de la ville de Bukavu par des légionnaires tutsi en 2004 ? Ne soyons pas distraits, chers compatriotes.

On entend ici et là des candidatures à tel ou tel scrutin, local, législatif ou présidentiel. Soyons sérieux dans notre démarche politique qui ne doit pas se baser sur l’autisme, la naïveté ou la confiance aveugle des masses populaires. Car, l’essentiel, à notre humble avis, n’est pas tellement d’organiser les élections mais plutôt de garantir la paix et la sécurité de la population pendant et après les élections. Nous avons réfléchi et avons des propositions concrètes, nées de notre courage et de notre imagination politique.

Notre seule ambition et notre conviction essentielle est de voir se dérouler tous les scrutins au Congo dans la paix, gage de la concorde nationale, en conformité avec la Constitution, les lois organiques et particulières. Au Congo, le temps du bilan du gâchis du passé a donc sonné et l’heure est à la création des conditions les meilleures pour l’avènement d’une République réellement démocratique.  

Jean Claude VUEMBA LUZAMBA

Député National

 

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