RDC: la lourde facture des revers militaires

 

Une nouvelle Républiquette est née dans la partie Est de la République Démocratique du Congo, avec pour capitale Goma. Elle est la conséquence de lourdes défaites militaires essuyées par les FARDC à Goma, Kibumba, Sake et ailleurs. Tenue par des mutins épinglés jusqu’alors comme des pantins articulés par Kigali et Kampala, elle contrôle un territoire lui reconnu officiellement par les participants au dernier Sommet de Kampala, parmi lesquels on note des officiels congolais. L’unique territoire occupé que le gouvernement congolais conteste au M23, c’est la ville de Goma.

 Taxé de « force négative » et de « groupe terroriste » il y a encore peu, ce mouvement rebelle a acquis, à la faveur des résolutions du dernier sommet de Kampala, le statut d’interlocuteur officiel du gouvernement de Kinshasa. C’est à ce titre que le président de sa branche politique, Jean-Marie Runiga Lugerero, continue de séjourner dans la capitale ougandaise, à la tête d’une forte délégation qui a eu l’insigne honneur d’être reçue par Yoweri Museveni, président en exercice de la CIRGL (Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs) et médiateur dans le conflit de l’Est du Congo.

 Quant à son chef militaire et patron réel, le général Sultani Makenga, il s’est installé au chef-lieu du Nord-Kivu comme responsable d’un nouvel Etat. C’est à partir de cette ville, sous la dictée de ses parrains Kagame et Museveni, désormais mis hors cause dans la crise redevenue congolo-congolaise, qu’il fait monter les enchères. Pourtant, les chefs d’Etat et de gouvernements membres de la CIRGL, signataires du communiqué ayant sanctionné la fin des travaux du dernier Sommet, ont lancé un ultimatum de 48 heures au M23 pour qu’il puisse « libérer » Goma et regagner les « territoires » reconnus comme sa propriété au Nord-Kivu.

Plus le temps va passer, et davantage va se préciser, pour le Congo démocratique, le schéma de la balkanisation, comme entre 1998 et 2003, avec le RCD, le MLC, le RCD/N, le RCD/K/ML. Encore une fois, le partage équitable et équilibré du pouvoir risque d’être une affaire entre belligérants.

La CIRGL a-t-elle les moyens de faire plier le M23 ?

En exigeant des pourparlers directs avec Kinshasa avant tout retrait de Goma, le M23 affiche clairement sa volonté de ne pas abandonner les conquêtes territoriales lui ayant permis d’avoir afin voix au chapitre dans le concert des Etats de Grands Lacs. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que ce préalable en cache un autre, à savoir celui de l’évaluation du niveau d’application de l’Accord du 23 mars 2009.

Ce document, faut-il le rappeler, renferme des dispositions qui érigent le M 23 en héritier du CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple), qui n’existait pas à l’époque de sa signature. Lorsque l’on revisite ce deal politico-militaire, l’on constate que le gouvernement congolais avait fait à ce mouvement rebelle un paquet impressionnant de concessions pour la gestion collégiale de l’armée, de la police, des services de sécurité, des institutions nationales et provinciales, des entreprises du Portefeuille, de l’administration publique, de la justice (amnistie générale), des activités politiques, etc.

La question brûlante de l’heure est celle de savoir si la CIRGL (Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs) a les moyens de faire respecter son ultimatum ainsi que toutes les mesures annoncées contre le M23. A ce stade de l’inexistence de sa Force Internationale Neutre, il est permis d’en douter. Bref, ce mouvement rebelle ne se trouve devant aucune opposition militaire de nature à le forcer à quitter le chef-lieu du Nord-Kivu dans le délai prévu par les participants au Sommet de Kampala. Ce n’est en tout cas pas Museveni, dont le pays est sérieusement mis en cause comme soutien du M23 qui s’aviserait à déloger Sultani Makenga et compagnie de Goma. Quant à Kagame, il serait utopique de compter sur lui pour une telle mission.

Bref, la RDC se retrouve toute seule face au casse-tête du M23. Elle n’a plus que deux options sur la table : négocier ou faire la guerre. Mais, l’option militaire ayant donné ce qu’elle a donné, il y a lieu de s’interroger si elle est la bonne en ce moment où le pays se trouve militairement en position de faiblesse. Entre-temps, la Républiquette créée de toutes pièces à Goma est là, avec des animateurs assoiffés de pouvoir, d’argent et de nouvelles conquêtes territoriales.

Jacques Kimpozo

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