RDC: Etienne Tshisekedi décodé

«Il y a une logique congolaise qui n’est pas cartésienne»

Mobutu Sese Seko
A côté de Patrice Lumumba, aucun leader congolais n’a été aussi vilipendé par la communauté internationale comme l’UDPS «Etienne Tshisekedi. Les décideurs occidentaux et les journalistes le jugent souvent irrationnel, intransigeant, sombre et peu coopératif. Comme Lumumba avant lui, Tshisekedi est également le politicien le plus incompris du Congo.
Cela est apparu clairement la semaine dernière lorsque, parlant depuis l’Afrique du Sud par téléconférence à un groupe de femmes membres de son parti à Kinshasa, Tshisekedi a critiqué le président Joseph Kabila et s’est déclaré chef de l’Etat. Il a également appelé ses partisans à briser les prisons et à libérer les siens qui avaient été arrêtés au cours des dernières semaines, si le gouvernement ne les libérait dans les 48 heures. La conférence, qui était initialement prévue pour ses partisans a été plus tard diffusée par Radio Lisanga TV, une station favorable à l’UDPS.

Ces commentaires ont déclenché des réactions en chaîne. Le gouvernement a immédiatement coupé le signal de Lisanga. Le ministre de l’information a traité Tshisekedi d’irresponsable et a qualifié ses déclarations de haute trahison. Plus important encore, la communauté internationale a vivement condamné ces déclarations, notamment l’Union européenne, la France, la Belgique, les Etats-Unis et les Nations Unies qui ont publié des déclarations sévères contre les violences liées à des élections, et ont exhorté toutes les parties à se comporter convenablement.

Mais qu’est-ce que cela veut dire se comporter correctement dans ce cas précis? Vu du point de vue occidental, les commentaires de Tshisekedi semblent en effet irresponsables. Mais l’homme et son comportement doivent être analysés dans le contexte électoral de la RDC pour mieux saisir leur teneur réelle.
Au cours de nombreuses semaines écoulées, les partis d’opposition, avec l’UDPS en tête, se sont plaints de fraudes massives et du manque de transparence dans le processus électoral. Ils allèguent que la CENI (Commission électorale) a inscrit des mineurs, des policiers et des militaires, qui n’ont pourtant pas le droit de voter. En somme, ils allèguent que près de 2 millions de personnes ont été inscrites illégalement dans les zones favorables au président Kabila.

Seul un audit indépendant du serveur peut déterminer si oui ou non ces allégations sont fondées. Mais la CENI a rejeté continuellement les appels de l’UDPS pour un audit transparent et indépendant des listes électorales. L’opposition a émis aussi des protestations contre le charcutage des circonscriptions sur base de l’enrôlement de 32 millions d’électeurs qui fait que Kinshasa, une ville de près de 10 millions de personnes, a perdu 7 sièges parlementaires alors les provinces du Katanga et de l’Equateur ont augmenté leurs représentations. Les explications fournies par la CENI n’ont pas convaincu, puisque le serveur n’est toujours pas accessible à l’opposition.

Et pour empoisonner davantage le climat, il n’existe pas de forum adéquat pour un dialogue entre la Ceni et l’opposition, privant ainsi les deux parties d’une plate-forme pour pouvoir communiquer de manière constructive. En conséquence, les partisans de l’Udps ont organisé des manifestations de rue hebdomadaires à Kinshasa pour exiger que l’intégrité du processus électoral soit rétablie. Ces protestations ont invariablement été réprimées par la police et des membres de l’opposition sont régulièrement intimidés par les services de sécurité. Quelques partisans de l’UDPS ont été tués et 35 d’entre eux ont été arrêtés.
Le corps diplomatique à Kinshasa, et la communauté internationale dans son ensemble, n’ont pas tardé à féliciter la CENI pour avoir enrôlé 32.000.000 d’électeurs, un exploit à noter à la lumière des énormes défis logistiques, ainsi que des contraintes financières et de temps. Mais l’inscription des électeurs n’est que la première étape d’un processus électoral, et non la fin. Ces mêmes acteurs internationaux, cependant, ont gardé le silence sur les allégations de fraudes massives et d’irrégularités dans le processus électoral. Ils ont tout ignoré, y compris la violence et les abus qui ont été infligées à l’opposition par des agents de l’Etat.

Depuis que la campagne a commencé le 28 Octobre, la RTNC (radio d’Etat et de télévision) n’a pas encore accordé à l’opposition l’accès égal à ses programmes. De violents affrontements entre partisans de la majorité présidentielle et sympathisants de l’opposition sont devenus trop communs. A Kinshasa, par exemple, la majorité présidentielle a monté librement des panneaux et des affiches du président Kabila. L’opposition, cependant, n’a pas eu droit au même traitement. Récemment, des partisans de l’UDPS ont été battus quand ils ont placé des affiches de Tshisekedi au Rond-Pont-Victoire, un carrefour important et populaire. Les affiches auraient été détruites par des policiers en tenue civil.

Apparemment, ceux-ci et d’autres incidents similaires de violence perpétrés par les forces de sécurité et les groupes affiliés à la majorité présidentielle n’ont jamais fait l’objet d’une condamnation ferme de la part de la communauté internationale. Ce silence semble avoir encouragé les services de sécurité à continuer cette campagne d’intimidation. Incidemment, les Nations Unies au Congo refusaient de publier leur rapport sur les violences liées aux élections, qui est sorti la semaine dernière, parce que la situation devenait intenable du fait que leurs propres membres menaçaient d’organiser des fuites du rapport en direction des médias.

Il a fallu des déclarations audacieuses de Tshisekedi faites dans un pays étranger pour que la communauté internationale réagisse aussi fermement contre la violence liée aux élections. Les diplomates occidentaux ont ignoré les griefs de l’opposition, insistant sur le fait que le processus électoral allait bien, alors même que les analystes congolais et étrangers disaient le contraire.
Si le processus était bon et transparent comme les diplomates le soutenaient, pourquoi les propos de Tshisekedi se déclarant chef de l’Etat à partir de l’étranger deviennent-ils un problème? On devrait en rire, puisque le président de la RDC sera choisi à travers des élections transparentes et crédibles, et non par vidéo-conférence. Si la justice avait été rendue dans le cas des partisans de l’UDPS détenus, pourquoi l’ultimatum de Tshisekedi à la police congolaise de les libérer dans les 48 heures bouleverse-t-il le gouvernement et la communauté internationale?

À ce jour, l’Union africaine a manifesté peu d’intérêt à l’égard des problèmes de la RDC. Mais dès que Tshisekedi a parlé, le président de l’UA, Jean Ping, s’est précipité à Kinshasa pour essayer de calmer les différentes parties dans ce qui semble être une escalade dans la guerre psychologique électorale.
Les médias internationaux avaient ignoré complètement Tshisekedi tout au long de ce processus, jusqu’à ce qu’il ait publié son ultimatum. Même Yahoo Nouvelles a maintenant un article sur Tshisekedi.

Ce moment n’est pas l’heure de gloire pour la communauté internationale au Congo. Que les diplomates aiment ou pas Tshisekedi, il est une icône pour les Congolais. Aucun leader congolais n’a fait et sacrifié autant pour l’émergence de la démocratie en RDC que cet homme, que les Congolais appellent affectueusement Ya Tshitshi. Ses mauvaises relations avec la communauté internationale au cours de la dernière décennie l’ont radicalisé. Mais pour un segment de la population, il est l’homme qui articule le mieux ses aspirations et ses rêves.

Tshisekedi a construit une base fidèle au cours de sa lutte de plus de 30 ans. Ses adeptes le vénèrent et le considèrent comme un messie, et ils n’hésiteront pas à faire ce qu’il leur demande. En tant que tel, il peut juste être l’homme le plus puissant dans cette course. Il n’a pas d’argent, pas de machine de l’Etat, aucune milice, et quelques amis dans la communauté diplomatique. Il n’a rien à perdre, sauf le peuple congolais et un héritage à protéger.

Le Congo n’aura pas des élections pacifiques si la communauté internationale continue à agir de façon irresponsable et continue d’ignorer les doléances de l’opposition. Tshisekedi ne peut pas être le politicien le plus charmeur de la RDC, mais il est l’un des rares qui parlent des frustrations du peuple. Aussi dur et inconfortable que cela puisse l’être pour les diplomates occidentaux et le gouvernement congolais, c’est maintenant le temps d’inclure de manière constructive Tshisekedi et les autres partis d’opposition.

Publié par Mvemba Dizolele
www.dizolele.com

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