RDC, Etat toujours fragile : M23 et Mai-Mai, agenda commun ?

 

Alors qu’elles auraient dû reprendre le vendredi 4 janvier 2013 à Kampala, après avoir été suspendues le vendredi 21 décembre 2012 pour cause des fêtes de Noël et de Nouvel An, les négociations entre le gouvernement congolais et la rébellion du M23 sont toujours au point mort. Le week-end dernier, aux divergences entre les deux parties au sujet des matières à inscrire à l’ordre du jour est venue s’ajouter une autre, celle relative aux listes des participants. 

Si celle élaborée par la délégation venue de Kinshasa, avec ses 25 représentants, ne semble par poser problème, la liste du M23 dérange non seulement par le nombre (30 délégués) mais aussi par la présence de Roger Lumbala, un opposant accusé de haute trahison et sous le coup d’un mandat d’arrêt émis en son temps par le Procureur Général de la République, sous réserve de la levée de son immunité parlementaire.

Interrogé sur sa possible collusion avec ce mouvement rebelle, ce député national dément son appartenance à celui-ci mais avoue partager la même vision en ce qui concerne la vérité des urnes et le fédéralisme. Mais, comme par hasard, le M23 insiste sur le cessez-le-feu et le statut de la ville de Goma, qu’il tient à co-administrer avec le gouvernement central, avant de revenir à la table des négociations.

Curieusement, cette demande de l’arrêt des hostilités, au moment où les différents fronts militaires étaient en veilleuse, semble avoir eu pour réponse l’entrée en scène de deux nébuleuses armées présentées sous l’étiquette de Mai-Mai, qui ont décidé d’occuper la localité de Mambassa, en Province Orientale, et plusieurs localités dans le Nord du Katanga. Dans cette partie de la République, cette force négative a eu le culot de s’attaquer aux éléments de la Police Nationale Congolaise et de l’Agence Nationale des Renseignements.

En lisant bien les signes du temps, on se rend compte qu’un certain type de fédéralisme revendiqué par les rebelles du M23, ayant pour toile de fond l’érection de certains territoires du Nord-Kivu en provinces autonomes, pour en faire des proies faciles pour le Rwanda et l’Ouganda, semble recouper celui des Mai-Mai, occupés à vider de leurs populations autochtones certaines contrées de la Province Orientale et du Katanga. S’il est admis que les hommes de Sultani Makenga font le jeu de Kagame et Museveni, foncièrement rongés par l’idée de faire bouger les frontières congolaises héritées de la colonisation, l’on peut s’interroger sur les intentions des forces occultes qui instrumentalisent les Mai-Mai.

De faux patriotes ne se seraient-ils pas embarqués dans le même bateau que les maîtres de Kigali et Kampala, à savoir celui visant l’implosion du grand Congo, pays à leurs yeux trop vaste et promis à l’éclatement en Républiquettes, en raison d’un grave déficit présumé de leadership? Si l’on connaît les sponsors du M23, l’on devrait chercher à savoir qui sont derrière ces Mai-Mai qui sont brutalement sortis du bois à la veille de la reprise des négociations de Kampala.

Répondre à cette question, c’est entrer au cœur même du vaste et terrible complot ourdi contre la République Démocratique du Congo par certains Etats voisins, avec la complicité de certaines grandes puissances mais aussi des compatriotes mus par des intérêts égoïstes, dans le dessein inavoué de l’effacer de la carte de notre planète en tant qu’Etat uni et indépendant. Et pourtant, des millions de ses filles et fils ne demandent qu’une chose : continuer à vivre ensemble, sous la bannière d’une mère patrie commune.

A dire vrai, la thèse de l’éclatement de la RDC en Républiquettes, à cause de sa superficie comme demi-continent, ne devrait pas tenir la route si l’on imagine qu’il existe, à travers le monde, des pays plus vastes que le Congo, notamment les USA, le Canada, le Brésil, la Chine, l’Inde…mais que personne n’inquiète pour cela. L’ancienne colonie belge aurait-elle le tort de manquer, à l’image de ces colosses continentaux, des institutions et une armée capables d’inspirer respect au monde extérieur ?

Dans tous les cas, le réchauffement des fronts militaires dans les circonstances actuelles, pour des mobiles inexpliqués, pourrait pousser nombre d’observateurs à croire que la paix tant espérée des négociations de Kampala risque de se transformer en amère illusion pour des milliers de Congolais présentement condamnés à l’exil intérieur. La chasse aux autochtones, lancée au Nord-Kivu, avec des ramifications en Province Orientale et au Katanga, remet sur le tapis la problématique de certains discours sur le fédéralisme, débités en réalité dans la logique de la sécession, ayant pour auteurs des leaders politiques. Où sont passés les rédacteurs des pétitions ayant solidement semé les graines de la discorde au sein de la communauté nationale ? Que sont devenus les architectes des négociations avec les forces négatives au Katanga ? Le décor du moment fait peur, car les pyromanes de la République semblent se recruter aussi bien à Bunagana, Kampala, Kigali qu’à Kinshasa, Lubumbashi, Goma et ailleurs. Comment contrer les ennemis visibles et invisibles de l’unité et de la stabilité du grand Congo ? La question reste posée.

Jacques Kimpozo

 

Leave a Reply