Rapport sur le génocide au Congo : Kigali refuse de mourir seul

Comme déjà relevé par les médias en fin de semaine dernière, le Rwanda est fortement irrité par la publication du rapport du Haut Commissariat des Nations aux Droits de l’Homme sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité, de nature à être assimilés au génocide, commis sur le territoire congolais entre 1993 et 2003. A ce propos, Le Phare vient de tomber sur la lettre de protestation envoyée par le gouvernement rwandais, au début du mois d’août, au Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-Moon.  

            La missive porte la signature de sa ministre des Affaires Etrangères, Louise Mushikiwabo. Selon Kigali, il s’agit d’un travail d’amateur, truffé d’allégations mensongères, qui pue la précipitation et le sentimentalisme. « Ayant examiné ce rapport en détail, nous pensons qu’il est non seulement voué à l’échec, mais c’est une honte pour les Nations Unies, une organisation qui, sous votre direction, s’efforce de travailleur dans l’honnêteté, l’intégrité et la transparence », lit-on.

A l’instar du pouvoir de Kinshasa, celui de Kigali relève aussi un tas « d’erreurs et d’omissions, qui sont trop nombreux à énumérer. Nous pensons qu’il est absurde, pour l’Onu, qui a délibérément tourné le dos à la population rwandaise pendant le génocide de 1994, d’accuser l’armée qui a mis fin à ce génocide d’avoir commis des atrocités en RDC. Le fait que ces allégations ne contiennent que des approximations, du reste partiales, ajoute à l’insulte faite au peuple rwandais ».

            Le gouvernement rwandais déplore le fait que les enquêteurs onusiens n’ont réuni aucune preuve ni contre le Rwanda, ni contre un quelconque pays engagé dans le conflit congolais. Le Projet Mapping, selon Kigali, tombe très mal, au moment où « la région des Grands Lacs fait des progrès remarquables dans la voix du rétablissement de la paix, de la sécurité et de la coopération économique » entre ses membres. « Ce rapport, sous couvert de la défense des droits l’homme, ne peut être considéré que comme une tentative cynique et dangereuse de détruire les gains durement acquis », fait savoir Louise Mushikiwabo.

            A l’en croire, l’équipe du Haut Commissariat des Nations Unies n’a même pas aménagé une semaine, dans son agenda, pour échanger avec les autorités rwandaises, qu’elle a rencontrée en juillet 2010, pour leur transmettre un rapport de 535 pages et leur demander de lui faire parvenir diligemment ses observations. « Curieusement, l’équipe a trouvé le temps de rencontrer des représentants de plus de 200 Ong au Rwanda. Les enquêteurs ont également passé 6 mois en RDC, voyagé à travers ce pays pour rencontrer des activistes des droits de l’homme et interroger des témoins », écrit-elle.

            Kigali doute d’autant des résultats qu’ils sont le fruit de « la sous- traitance » avec des irresponsables. « Si l’Onu a besoin  des preuves des crimes de guerre au Congo, elle n’a pas à chercher plus loin qu’au-delà de ses propres soldats (Monuc),  coupables d’esclavage sexuel, d’agressions sexuelles, de trafic de sexe, de prostitution et de pornographie impliquant des enfants », accuse la ministre rwandaise des Affaires Etrangères.

            En conclusion, elle pense que « les guerres au Congo ont coûté cher à toutes les parties engagées. Toutefois, dans les années qui ont suivi, le Rwanda et la RDC, souvent en dépit des interférences de la communauté internationale, ont œuvré à la construction d’un partenariat prometteur… Aucun pays ne prend les allégations de génocide au sérieux plus que le Rwanda. Si des preuves irréfutables d’un tel comportement existe, le Rwanda sera le premier à soutenir l’option des poursuites contre leurs auteurs. L’impunité à laquelle l’on assiste dans certains pays n’a pas sa place dans le nôtre », tranche-t-elle.

            Louise termine sur une note de menace : «  Nous réitérons ici ce que nous avons déjà dit à la Haut Commissaire aux Droits de l’Homme, à savoir que s’il y a des fuites délibérées de ce rapport dans les médias, nous serons obligés de reconsidérer les divers engagements du Rwanda auprès des Nations Unies, en particulier dans le domaine du maintien de la paix ».

            Voila planté le décor de l’étouffement des vérités cachées, que les enquêteurs des Nations Unies ont décidé de porter à la lumière du jour, en ce qui concerne la liquidation massive et criminelle des millions de Congolais et des milliers de Hutu rwandais sur notre territoire, sous le règne d’une kyrielle de belligérants, nationaux comme étrangers. En tentant de culpabiliser les Nations Unies, le régime de Kigali feint d’ignorer que lors de son safari à travers le Congo, entre octobre 1996 et mai 1997, sous le label de l’AFDL, la Monuc n’était pas encore mise sur pied. Et quand celle-ci a pris pied sur notre sol, d’abord à travers ses observateurs sur la ligne de front, après les Accords de Lusaka en août 1999, et plus tard avec ses casques bleus, les fosses communes avaient déjà été implantées.

            En dépit de leurs faiblesses, les troupes onusiennes ont largement contribué à la fin de la guerre et au retour de la paix. En tout cas, depuis qu’elles sont là, elles constituent des témoins gênants pour les violateurs des droits de l’homme.

            Mais, ce qui dérange, c’est la ligne de défense de Kigali qui tente de faire croire que son armée est étrangères aux violations graves des droits de l’homme tant décriées par le Projet Mapping. En tous les cas, les Congolais retiennent que les faits décrits ont réellement existé. S’il y a une démarche que l’on attend du gouvernement congolais, c’est de saisir la perche que vient de lui tendre l’ONU pour exiger une commission internationale mixte d’enquête sur les allégations de massacres et violations des droits de l’homme, de façon à clarifier les zones d’ombres qui gêneraient l’organisation future des poursuites judiciaires contes les coupables, nationaux comme étrangers.

                                                                                  Kimp.

 

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