Rapport de l’Onu : Paul Kagame contre-attaque

Les autorités rwandaises n’ont toujours pas digéré les accusations de violations graves des droits de l’homme et du droit humanitaire en territoire congolais, mises à charge de leur armée par le dernier rapport de l’ONU. En effet, après la lettre incendiaire adressée dernièrement par la ministre des Affaires Etrangères, Louise Mushikiwabo, à la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme des Nations Unies, Mme Navy Pillay, c’est Paul Kagame en personne qui se présente en première ligne. 

            Il a pris prétexte de son investiture, hier lundi 06 septembre 2010 au stade national de Kigali, en présence de 14 Chefs d’Etat et de gouvernement africains, pour décocher des flèches empoisonnées en direction d’un adversaire anonyme, mais que tout le monde a identifié comme étant le Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme. « Il y a beaucoup de gens qui se sont arrogés le droit de contrôler et critiquer ce que font les autres, qui critiquent nos bonnes réalisations et rejettent sur nous leurs mauvaises actions…

 Personne ne peut nous donner de leçon d’inclusion ou de tolérance. Personne ne nous donnera une vision et cela ne nous empêchera pas d’atteindre nos objectifs. Nous dénonçons avec la dernière énergie tous les mensonges dont ils nous accusent », a martelé le Président rwandais.

Les observateurs ont vite fait de rapprocher les propos de l’homme fort de Kigali avec l’affaire des réfugiés Hutu rwandais massacrés en République Démocratique du Congo par la coalition AFDL/APR entre 1996 et 1998. La colère de Kagame est justifiée par la peur des retombées négatives, pour son régime, d’un rapport qui étale sur la place publique des faits de nature à faire accréditer la thèse d’un double génocide des réfugiés Hutu rwandais et des populations congolaises présentes sur divers fronts de bataille, de 1996 à 2003. 

Les Congolais sceptiques 

            Les dénégations des officiels rwandais ou d’autres Etats au sujet des présumés crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés en terre congolaise entre 1993 et 2003 ne suscitent un scepticisme épais au sein de l’opinion congolaise. Pour avoir vécu eux-mêmes les événements douloureux relatés dans le « Mapping Report », les Congolais sont énervés par les réactions du genre de celle de Paul Kagame.

            Des faits aussi gravissimes que la guerre de six jours entre les armées rwandaise et ougandaise en pleine ville de Kisangani en 2000, avec la destruction des infrastructures de base et la mort des milliers de nos compatriotes ou la coupure de l’énergie électrique sur le site du barrage hydro-électrique d’Inga en 1998, avec les décès des milliers de malades, nourrissons et prématurés dans des hôpitaux du pays, ne peuvent relever de l’affabulation ou de la manipulation.

            Pour avoir suivi nuit et jour la longue promenade de santé des troupes rwandaises à travers le pays ainsi que les exécutions et exactions qui l’ont accompagnée, tantôt de concert avec les éléments de l’AFDL, tantôt avec ceux des mouvements rebelles congolais, nos concitoyens se considèrent comme des témoins directs, prêts à déposer à charge contre le Rwanda devant un éventuel tribunal pénal international.

            L’on ose croire que les décideurs politiques congolais tiennent compte de l’état d’esprit de leurs administrés face au « Mapping Report ». Certes, le processus de la normalisation des relations diplomatiques entre Kinshasa et Kigali connaît des avancées significatives mais ce retour à la normale ne devrait pas étouffer le besoin de vérité que ressentent des millions de Congolais après une longue période d’oubli de plus de 5 millions de leurs frères et sœurs victimes de la 1ère «guerre mondiale africaine».

Kimp.

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