Rapport de l’Onu : Kigali cherche à banaliser le génocide congolais

Du 9 au 10 décembre prochain se tiendra à Kigali une conférence internationale sur la Convention de l’ONU de 1948 définissant le crime de génocide. Il s’agit en clair d’une occasion pour Kigali de donner sa position sur le Rapport MAPPING relatant les crimes commis en RDC et attribués aux troupes rwandaises, ougandaises, burundaises et autres groupes irréguliers ayant opéré sur le territoire congolais de 1993 à 2003. Des faits qui sont de nature à être qualifiés de crimes contre l’humanité, de génocide, de par leur ampleur, les différents modes opératoires et surtout les motivations de leurs auteurs et commanditaires présumés.

 Sur la tribune, l’on annonce diverses interventions de quelques sommités du monde politique, intellectuel et diplomatique choisies par Kigali pour les besoins de cette cause. Preuve que ce rapport a fait mal quelque part et empêche les dignitaires du régime de Kigali de dormir tranquillement, a indiqué au Phare un ancien officier de l’ONU d’origine canadienne ayant vécu le génocide de 1994. D’autant que, a-t-il ajouté, l’accusation de crime de génocide risque de détruire le fonds de commerce dont le Front Patriotique Rwandais avait jusque là usé et abusé pour justifier les multiples incursions de ses troupes armées régulières en RDC.
 Co-présidée par Jean De Dieu MUCYO, ancien ministre de la Justice du Rwanda et Aldo AJELLO, ancien envoyé spécial de l’Union Européenne dans les Grands Lacs, cette conférence est organisée par la Commission Nationale Rwandaise de Lutte contre le Génocide. M. Aldo AJELLO n’a pas été choisi au hasard. C’est lui qui s’efforce depuis quelques mois à répéter sur toutes les tribunes que l’application du concept génocide discrédite ce rapport Mapping. Le professeur de droit Michael SCHARF qui dirige le Centre de droit Frederick K. Cox International aux Etats-Unis est reconnu au monde pour avoir participé à la formation des juges et procureurs irakiens du tribunal spécial en Irak. Son Ong a été nominée pour le Prix Nobel de la Paix pour sa contribution à la recherche des criminels de guerre majeurs tels Slobodan Milosevic, Charles Taylor et Saddam Hussein. Un autre intervenant sera Roland JUNOD, juriste français spécialiste en concept de génocide en plus de quelques notabilités rwandaises dont l’actuelle ministre des Affaires Etrangères, Mme Louise Mushikiwabo.
 L’autre face de ce rapport qui effraie Kigali, c’est que pour le commun des mortels, les violences qui déchirent encore les territoires de l’Est, notamment les viols massifs des femmes, les tueries, les destructions méchantes de l’écosystème et surtout les pillages des ressources précieuses du sol et du sous-sol constituent le prolongement des actes criminels ainsi décriés et que l’on attribue particulièrement au Rwanda.

Deux thèses en présence

 Pour Kigali, les révélations de ce rapport  de l’ONU « n’ont pas manqué d’apporter de l’eau au moulin des tenants de la thèse négationniste du double génocide qui, pour amoindrir les crimes des génocidaires rwandais jugés à Arusha ou laver les accusations de complicité qui pèsent sur les autorités politiques et militaires françaises, tentent de relativiser le génocide commis à l’encontre des Tutsi par une rhétorique des tords partagés ou des crimes réciproques équivalents. Or, si les crimes de guerre et contre l’humanité ont été indéniablement commis par l’armée du Front Patriotique Rwandais demeurent impunis, l’utilisation du terme génocide pour les qualifier pose problème ». 
 En face du Rwanda se dressent les défenseurs de la thèse selon laquelle tous les éléments  constitutifs du crime de génocide sont réunis. Premièrement, le fait que ce rapport n’est pas l’œuvre des extrémistes congolais de quelque bord que ce soit. Mais il a été bel et bien rédigé par des experts patentés de l’ONU provenant des divers pays du monde n’ayant pas de précédents fâcheux avec les pays accusés. Ils ont séjourné en RDC durant des années en parcourant tout ce vaste territoire pour y recueillir des témoignages des survivants, interroger des témoins oculaires, recueillir des éléments pertinents des rapports rédigés par des Ongs internationales de défense des droits de l’homme de notoriété indéniable telles que Human Right Watch, F.D.H., Global Witnesss, Tarnsparency International, etc. Ils ont surtout visité et filmé les diverses fosses communes contenant des restes des Hutu rwandais, hommes, femmes et enfants de tous âges massacrés dans des camps des réfugiés de Tingi Tingi et Wendji. Celles des femmes enterrées vivantes à Kasika, des victimes des affrontements en armes lourdes entre les armées régulières rwandaises et ougandaises en pleine ville de Kisangani, les massacres des populations civiles non armées à Makobola, Rutshuru, Kanyabayonga, Kalehe, etc.
Ensuite, ces crimes ont été perpétrés par les armées régulières venant des pays voisins. Probablement, selon un plan machiavélique mis en place par les autorités des pays cités tel que décrit par le rapport rédigé en 1998 par Mme Eva BONINA, Représentante Spéciale de la Commission de l’Onu pour les droits de l’Homme.
 Enfin, ces crimes ont été commis dans un pays tiers en vue d’inoculer la terreur et la peur parmi les populations civiles pour leur imposer des hommes de paille à la tête des institutions de la République. Cela, pour exploiter et piller les richesses du sol et du sous-sol.
 Pour argumenter davantage, les défenseurs de cette thèse indiquent que le génocide commis en 1994 au Rwanda a été le fait des milices privées et non de l’armée régulière du régime de Juvénal HABYARIMANA. De deux, ils ont été commis sur le territoire rwandais durant près de 100 jours au lendemain de l’attentat réussi contre l’avion Falcon transportant les présidents Habyarimana du Rwanda et Melchior Ndadaye du Burundi en provenance d’Arusha en Tanzanie où ils avaient été signer les accords de paix avec le Front Patriotique Rwandais et autres partis politiques rwandais. Alors que le rapport Mapping fait état des crimes perpétrés durant plus de dix ans et par des troupes régulières des armées des pays voisins, dont le Rwanda de Paul KAGAME.
 A l’appui de leurs thèses, ils reprennent les accusations du RCD d’Azarias Ruberwa qui n’a jamais cessé de réclamer la mise en accusation devant la Cour Pénale Internationale des responsables du mouvement politico-militaire burundais le FNL-Palipehutu pour crime de génocide contre les Banyamulenge perpétré à Gatumba au Burundi dans la nuit du 10 et 11 août 2004.

Véritable paix des cœurs
 A ce jour, l’opinion constate que quatre fils de la RDC se trouvent déférés devant la Cour Pénale Internationale non pas pour de crimes de génocide. Malgré le fait que les preuves matérielles ne sont toujours pas étayées par le procureur argentin Luis Moreno Ocampo. Le cas de Jean-Pierre BEMBA fâche davantage parce qu’accusé pour des viols commis par les éléments de son armées envoyés en renfort du régime d’Ange PATASSE menacé par la rébellion du Général François BOZIZE.
 Ainsi donc ; au cas où cette conférence internationale ne retiendrait pas le concept de génocide à charge du Rwanda, Les tenants de cette thèse se demandent le sort que cette conférence va réserver au rapport de Mme Eva BONINA sur les massacres des Hutu dans les camps des réfugiés de l’ONU situés à Tingi Tingi et à Wendji ? Comment pourra-t-elle qualifier les affrontements durant plus d’une semaine entre les éléments des armées régulières rwandaises et ougandaises à l’aide des blindés et des armes lourdes à travers la ville de Kisangani ? Il y a trois mois, une marche mondiale des femmes a été organisée à Bukavu pour commémorer le souvenir des femmes enterrées vivantes à Kasika. Ils sont d’avis qu’il en va de l’intérêt du régime de Kigali de coopérer avec la justice internationale afin que les auteurs et commanditaires de ces crimes odieux soient jugés et sanctionnés et qu’il y ait des réparations pécuniaires pour qu’une véritable paix des cœurs s’installe dans la région des Grands Lacs. Car, si par malheur, des extrémistes arrivaient à s’emparer du pouvoir à Kinshasa, eh bien, Seul le Très Haut sait ce qu’il adviendra de la situation dans cette partie du continent africain. N’est-ce pas la solution que les autorités rwandaises ont trouvée pour une véritable réconciliation nationale afin que le génocide de 1994 ne soit pas versé dans les oubliettes mais que les peines de prison à perpétuité infligées aux auteurs et commanditaires de ces crimes servent d’exemple pour que cela ne se reproduise plus jamais.     F.M.

 

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