Quelles réclamations faites par le M23 non réalisées par Kinshasa?

m23-bertrandDeux faits apparemment anodins sont passés presque inaperçus. Il s’agit tout d’abord du déjeuner de presse tenu le vendredi dernier par M. François MWAMBA, ci-devant coordonnateur du Mécanisme National de Suivi ce cet Accord-cadre signé sans la capitale éthiopienne en vue de mettre un terme à ce conflit sanglant qui déchire la sous-région des Grands-Lacs depuis bientôt plus de vingt ans. Au cours de cette rencontre avec les médias, l’ancien ministre du Budget pendant le gouvernement du système de 1+4 avait vanté cet accord-cadre comme l’expression de la victoire éclatante de la RDC sur le plan politique et diplomatique. Du fait qu’il a été le fruit d’intenses et âpres négociations autour de deux principaux protagonistes, à savoir la RDC et le M23, des chefs d’Etat et des gouvernements des pays des Grands Lacs, de la SADC, de l’Union Africaine, de la CEEAC et ceux des délégués des partenaires occidentaux intéressés aux questions de la paix et de la stabilité dans cette sous-région chaude. François MWAMBA n’est pas allé par le dos de la cuillère en déclarant la main sur le cœur que la face cachée de cet accord-cadre consiste à enlever au Rwanda les motifs de ses multiples interventions armées.

Tout en accordant un délai de grâce aux éléments des FDLR pour déposer les armes avant de rejoindre les sites de regroupement pour retourner vers leur pays d’origine, l’option armée se trouve sur la table, avait-t-il déclaré. En d’autres termes, Kinshasa et la MONUSCO recourent à la politique de la carotte et du bâton pour en finir avec cette question d’une forte charge émotionnelle de par le côté tragique dont le bilan dépasse de loin celui du génocide rwandais de 1994.

L’absence du M23 à Kinshasa inquiète

 Chaque fois que Kigali entreprend en RDC une expédition militaire sous couvert d’une rébellion, il recourt toujours au prétexte sempiternel de la présence des éléments du FDLR en RDC considéré comme une menace contre sa sécurité intérieure. Après l’AFDL, le RCD et le CNDP, l’on a eu affaire au M23. Tous ces mouvements politico-militaires se sont appuyés comme toujours sur le même motif de la guerre préventive pour endiguer la menace des FDLR.

Là où le bât blesse, c’est lorsqu’à la réunion d’évaluation à mi-chemin de cet accord-cadre tenue le lundi dernier à Kinshasa, le M23 a brillé par son absence fort remarquée alors qu’il représente le protagoniste principal. Une absence très remarquable destinée à faire une évaluation à mi-chemin entre deux protagonistes qui a poussé bon nombre d’observateurs de se poser plusieurs questions de fond. Quelles sont les réclamations faites par le M23 et les promesses que Kinshasa n’a pas réalisées ? Que cache cette absence ? Est-ce une façon de se faire désirer ou d’exprimer un mécontentement ou un désaccord sur certaines questions non encore réglées ? En clair, l’absence du M23 à Kinshasa, pourtant attendu, inquiète et met mal à l’aise le gouvernement congolais qui espérait faire d’une pierre deux coups. Tout d’abord démontrer à la face du Monde sa bonne foi et sa détermination à poursuivre l’exécution de cet accord-cadre aux côtés de son partenaire principal qu’est le M23.Ensuite, constituer une base des données pour pouvoir enlever aux deux Etats voisins de l’Est, à savoir le Rwanda et l’Ouganda, le prétexte de leurs interventions armées sur les territoires de la RDC. N’est-ce pas une lapalissade et un secret de Polichinelle que de dire que ces deux Etats constituent les soutiens visibles et invisibles de toutes les rébellions qui ont endeuillé la RDC depuis bientôt vingt ans ?

C’est ainsi que si le M23 continue à trainer  les pieds, le gouvernement de Kinshasa devrait en tirer les conséquences qui s’imposent. Après avoir pris un engagement international consistant à accorder l’amnistie aux éléments armés et personnel politique de ce mouvement, que peut-on encore lui reprocher, s’est exclamé un observateur attitré de la scène politique de la sous-région des Grands Lacs ? Kinshasa a démontré sa bonne foi et sa disposition à pardonner des gens dont les mains sont couvertes de sang des populations innocentes et non armées et qui, sous d’autres cieux, tout comme ses parrains rwandais et ougandais seraient éligibles devant la Cour Pénale Internationale. D’aucuns sont d’avis que cette absence est stratégique pour intensifier des pressions sur Kinshasa au sujet des quotas à lui réserver aussi bien dans le fameux gouvernement d’union nationale qu’au sein des provinces, de l’armée, de la diplomatie et des entreprises commerciales. Qui a encore dit que la prime de la guerre appartient au passé ?

                                                                  F.M. 

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