Quand un Chef de l’Etat devient sourd…

Mohamed Morsi, president of EgyptUne année après les chutes de Ben Ali en Tunisie, Kadhafi en Libye et de son prédécesseur, Hosni Moubarak, le président Mohamed Morsi n’a pas tiré les leçons de la triste fin du précité, pourtant déifié depuis son historique raid aérien de 1973 dans la guerre israélo-arabe. Pourtant, les signes du temps étaient clairs, après la vague du « Printemps arabe » : les peuples du Maghreb ont résolu de se prendre en charge pour ne plus subir les humeurs des dictateurs.

            Curieusement, à l’image de Ben Ali, Kadhadi, Moubarak et d’autres dictateurs chassés du pouvoir avant comme après eux, Mohamed Morsi a été, comme frappé de surdité, au moment où ses compatriotes réclamaient plus de liberté de culte, d’association et d’expression, une meilleure gouvernance de l’Etat, une justice impartiale, etc. Sourd au tintamarre des casseroles, sifflets, trompettes, tambours, cris…l’homme a cru qu’il pouvait s’identifier, tout seul, à l’Etat-Nation, qu’il pouvait mettre au pas près de quinze millions de manifestants rassemblés, depuis plusieurs jours, à la place historique Tahrir, là même où s’était joué, il y a douze mois, le sort d’Hosni Moubarak.

Sourd, Morsi s’est mis à rêver d’un bras de fer non seulement avec son peuple, mais aussi avec la « grande muette » qu’est l’armée. Il comptait certainement sur la fatigue et la résignation des manifestants, ou sur la complicité des hommes en uniforme pour l’étouffement de la volonté populaire par une répression brutale et sanglante. Malheureusement pour lui, comme c’était déjà le cas pour Moubarak, l’armée républicaine a choisi de se mettre du côté du souverain primaire, seul compétent pour donner mandat aux gouvernants et pour le retirer, quand il le veut.

            Elle a compris que les chars, blindés, les avions de chasse, les grenades, les fusils, les balles… ne sauraient briser la résistance d’un peuple déterminé à se débarrassé d’un dictateur en devenir.

Refus de sortie

honorable

            Les dictateurs partagent un défaut commun : c’est celui de refuser de sortir honorablement de la scène, lorsque cela est encore possible. François Bozizé, Ange Félix Patassé, Jean-Bedel Bokassa, Hissène Habré, Mengistu, Hailé Selassié, Mobutu Sese Seko, Laurent Gbagbo, Charles Taylor, Sékou Touré…sont autant d’hommes d’Etat ayant fini mal pour n’avoir pas su se mettre à l’écoute de leurs peuples, et n’avoir pas su lire correctement les signes du temps annonciateurs de leurs fins de règne.

            Pourquoi les Africains refusent-ils de quitter la scène par la grande porte, comme le Sénégalais Léopold Sédar Senghor le Camerounais Ahmadou Ahidjo ou le Sud-Africain Nelson Mandela ? Pourtant, hormis la démission volontaire, la démocratie offre à ceux qui n’ont plus la confiance de leurs peuples l’opportunité de rendre le tablier par la voie des urnes, comme les sénégalais Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, le Béninois Mathieu Kérékou, le Sud-Africain Thabo Mbeki, le Nigérian Olusegun Obassanjo, le Botswanais Ketumile Masire, le Mozambicain Joachim Chissano…

            L’Afrique, qui s’essaye à la pratique de la démocratie et où les masses ont soif d’exercer pleinement leur droit exclusif de choisir librement ceux qui devraient gérer la « Cité », reste encore prisonnière d’hommes et femmes décidés à la tirer par le bas. La démocratie, qui se veut la pendante idéale du développement, ne semble pas du goût des demi-dieux qui pensent avec hérité du pouvoir divin sur leurs semblables.

Après Morsi… à qui le prochain tour ?

Il y a eu Ben Ali, Kadhafi, Moubarak, Gbagbo, Bozizé…. Il y a maintenant Mohamed Morsi. La roue de l’histoire continue de tourner. Il y aura certainement d’autres à travers un continent allergique à l’alternance au pouvoir. C’est le lieu d’en appeler à une autre perception des charges de l’Etat, à considérer non pas comme une source d’enrichissement, mais plutôt un service public, une lourde responsabilité de faire le bien pour la communauté. Le mandat éphémère de Morsi à la tête de l’Egypte devrait interpeller ses anciens collègues Chefs d’Etat encore aux affaires, afin qu’ils réfléchissent à la meilleure manière de servir les autres dans l’exercice de leur mandat et de prendre la porte de sortie lorsque les circonstances les y obligent.                       Kimp

Leave a Reply