Projet de loi sur la Ceni: La société civile félicite le Sénat mais…

Le point focal principal de l’Initiative-Concertation des Forces vives du projet de loi sur la Commission Electorale Nationale Indépendante (Ceni), Aboubakar Limbisa, a salué le week-end l’intégration, par le Sénat, d’un quota destiné à la Société civile au sein de cette institution d’appui à la démocratie. « Aujourd’hui, les forces vives sont heureuses de la décision courageuse et responsable prise par le Sénat », s’est réjoui Limbisa devant la presse.

Cependant, la crainte de l’activiste réside dans le fait que « le schéma proposé dans le projet (…) prévoit un seul organe de pilotage de la Ceni, composé de 7 animateurs dont 4 désignés par la majorité et 3 par l’opposition, ce qui pourrait se révéler suicidaire pour notre démocratie naissante ». Ce schéma, dit-il, « est porteur de germes à forte propension de dérive totalitaire et ne rassure pas les compétiteurs ». En plus, il ne concourt pas à la fiabilité des résultats des urnes et de facto ne donnera pas aux élections un caractère apaisé, pense Limbisa.
Face à ce qui paraît à ses yeux comme « un schéma qui va faire reculer notre démocratie de cent pas  et pourtant elle venait d’avancer de dix pas », il propose cinq principes : la neutralité, la conservation de l’espèce, le respect des engagements, la pédagogie par l’exemple, la cogestion des institutions d’appui à la démocratie par les forces politiques et sociales. A son avis, la neutralité ne peut être garantie que par une tierce partie qui, fondamentalement, n’a pas vocation de conquérir le pouvoir d’Etat.
« Les forces vives sont une force tampon qui a fait ses preuves lors de grands événements qui ont marqué l’histoire de notre pays et dont la contribution n’est pas à négliger dans la recherche de la paix, la concorde nationale et la sécurité », rappelle l’activiste. Les forces vives, souligne-t-il, ont produit le travail qui reste encore frais dans la mémoire collective des Congolais : la Conférence nationale souveraine, la Consultation nationale, le Dialogue intercongolais…
S’agissant du deuxième principe, l’interlocuteur de la presse pense que des femmes et des hommes sont bien présents pour incarner l’âme et l’esprit de la société civile et relever le défi. Quant au respect des engagements comme troisième principe, Limbisa est d’avis que la RDC devra, comme les recommandent les institutions internationales, intégrer la Société civile dans l’ensemble de la dynamique de gestion des institutions d’appui à la démocratie.

Des questions de fond

Au sujet de la loi portant organisation, attributions et fonctionnement de l’héritière de la Cei encore entre les mains du Sénat en attendant la mise en place d’une commission mixte des deux chambres, des observateurs s’interrogent sur l’indépendance même de la structure au regard de la présence fort remarquée des politiques. Ils pensent que la neutralité sera fortement hypothéquée compte tenu de la provenance des délégués tenus à obéir au doigt et à l’œil à leurs « mandants », tapis dans des officines politiques.
A une année de la fin de la législature, nos compatriotes de l’Est ont initié des campagnes dans l’optique d’exiger des comptes à ceux qui les ont représentés à divers échelons. Le constat est bien amer : les élus se sont plus servis qu’ils ont servi les populations auprès desquelles ils ont reçu mandat. En outre, beaucoup pensent qu’il faut évaluer la défunte Cei et auditer ceux qui l’ont animée, de manière à mieux recadrer le travail de la CENI.               

                                                 D-I.K

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