Projet de balkanisation de la RDC : les Congolais interrogent WikiLeaks

En dépit de sa réunification territoriale en 2003, à la faveur du Dialogue Intercongolais, et de l’organisation d’élections en vue de la désignation des animateurs des institutions de la 3me République, la RC Congo n’en reste pas moins sous la menace de la balkanisation. En effet, le Nord-Kivu, l’éternel « ventre mou » du pays, vit depuis un certain temps une situation bien curieuse, marquée par l’arrivée massive des populations d’origine rwandophone, qui prétendent regagner leur mère patrie.
La presse belge a fait tout récemment écho de l’existence, sur le site du célèbre WikiLeaks, de nombreux câbles diplomatiques en rapport avec les autorités congolaises et le Congo. Livrant quelques télex secrets, elle a remué le couteau dans la plaie en revenant sur la corruption des députés pour obtenir, en 2009, la tête du président de leur Bureau, Vital Kamerhe. Information du reste prestement démentie par Lambert Mende, porte-parole du gouvernement.


Selon la presse belge toujours, citant les télégrammes confidentiels de WikiLeaks, les relations difficiles entre le Chef de l’Etat Congolais, Joseph Kabila, et l’ancien ministre belge des Affaires Etrangères, Karel de Gucht, présentement Commissaire Européen au Commerce, relèveraient davantage d’un problème d’humeurs que des divergences entre Etats.
Certes, les Congolais sont intéressés d’apprendre des choses au sujet de ceux qui les gouvernent, mais, ce qui les préoccupe de manière particulière, c’est de savoir ce que l’Occident pense de leur avenir et de celui de leur pays. Nos compatriotes aimeraient voir WikiLeaks étaler sur la place publique tous les détails sur ce qui s’apparente à un plan de partition de leur pays concocté de longue date en Occident. Leur préoccupation majeure est de connaître la vérité sur leur futur et celui de leur patrie.
    Pourquoi WikiLeaks, si prompt à déballer des « monstres » tels que le FBI (Police fédérale américaine) et la CIA (services des renseignements américains) ou des dirigeants de grandes puissances de la planète tels que Barak Obama, Nicolas Sarkozy, Silvio Berlusconi, Vladimir Poutine, Angela Merkel…ne portent-ils pas à la connaissance des Congolais les informations dont ils ont grandement besoin pour comprendre le sens des mouvements des populations d’origine étrangère vers le Nord-Kivu hier, la Province Orientale aujourd’hui, et demain le Sud-Kivu, le Maniema, le Katanga, etc. ?

Une coïncidence troublante

    Aussi curieux que cela paraisse, l’infiltration de la partie Est de la République Démocratique du Congo par des immigrants rwandophones semble s’accélérer en cette période où le Sud-Soudan s’achemine, lentement mais sûrement, vers son indépendance, au terme du référendum d’autodétermination de son peuple. Le prétexte brandi par la communauté internationale pour soutenir l’initiative de la partition du Soudan était la recherche d’une paix durable entre les « frères ennemis » du Nord et du Sud. Mais, en réalité, l’enjeu caché de l’indépendance du Sud-Soudan est à chercher dans les gisements pétroliers, que les multinationales tenaient à soustraire de la mainmise de l’homme fort de Khartoum, Omar El Béchir.
En RDC, ce n’est plus un secret, « la guerre du pétrole » entre multinationales est lancée sur les bords du Lac Albert. Des observateurs pensent que l’infiltration, par des sujets rwandophones, du Nord-Kivu et de la Province Orientale, provinces frontalières à la nappe pétrolière tant convoitée, n’est pas le fait du hasard. Il procède d’un plan de déstabilisation de la République Démocratique du Congo, à plus ou moins brève échéance, par des présumés citoyens congolais qui, le moment venu, pourraient revendiquer, par les armes d’abord, et par la suite par des arguments historiques, culturels, politiques, juridiques et diplomatiques, leur droit non seulement à la nationalité congolaise mais surtout à un territoire autonome.
    Ce qui vient de se passer au Sud-Soudan et que l’on a déjà connu dans le passé au Kosovo, risque ainsi de se produire au Congo démocratique, avec la remise en question des frontières héritées de la colonisation ( Berlin 1885). Que cachent les placards de Wikileaks sur le tracé futur des limites de notre pays, sur le nombre de Républiquettes à germer à partir des revendications des populations transplantées, sur l’insécurité réccurente à l’Est, le pillage des ressources nationales ?

Année électorale : la grande distraction

    L’année électorale est perçue par de nombreux observateurs comme celle de la grande distraction pour la classe politique et dirigeante de la RD Congo. En effet, pendant que le pays court vers son possible éclatement, à travers des vagues régulières d’immigration des populations de certains pays limitrophes, dont le Rwanda, les Congolais se perdent dans des stratégies de conservation ou de conquête du pouvoir.
    Pourtant, le Nord-Kivu, la Province Orientale et le Sud-Kivu grouillent de Mbororo, de Tutsi et Hutu venus d’ailleurs et dont personne n’est en mesure d’attester qu’il s’agit de Congolais authentiques ayant fui les guerres et occupés à retourner sur les terres de leurs ancêtres. Des milliers d’entre ces étrangers ont déjà réussi à chasser les autochtones congolais de leurs cases, champs, forêts, pâturages, rivières, mines, etc. Ils s’installent et installent, comme en territoires conquis.
    S’ils continuent de rester distraits et divisés, gouvernants et opposants congolais risquent de se réveiller, un beau matin, avec de nouveaux micro-Etats proclamés dans la partie Nord et Est du pays, là où se trouvent d’importants compartiments du coffre-fort de la République. On compte sur un sursaut national pour faire échec à ce plan de balkanisation, comme ce fut le cas en 1996, en 1998 et en 2003. Mais pour que les Congolais ne trahissent pas leur savoir-vivre ensemble, l’on devrait éviter que les élections à venir ne débouchent sur une fracture Est-Ouest ou Nord-Sud.

Jacques KIMPOZO

 

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