Pourquoi nous avons échoué

Un beau jour de février 1993, un vieux papa de mon quartier avec qui je discute souvent politique me rend visite. Il me donne l’air un tantinet accablé, las, déprimé. Lorsque je m’enquiers de son état, il me dit que rien ne va. Et lui, à son tour, de me poser la question suivante : «Dites-moi, mon fils, l’indépendance prendra-t-elle fin un jour comme la colonisation ? » Cette question peut, certes, prêter à rire, mais elle traduit un sentiment profond : le désespoir. Pour mesurer le degré d’abattement de mon interlocuteur, il faut rappeler que notre entretien a lieu au lendemain des pillages sauvages que venait de connaître une fois de plus Kinshasa, fin janvier 1993, après ceux de septembre 1991.

Si je fais allusion à cette anecdote, c’est parce que le désespoir ressenti par mon vieil ami (décédé depuis) n’était ni individuel, ni conjoncturel. Il est général : c’est un malaise social qu’éprouvent peu ou prou tous les Congolais qui, au regard de leurs conditions de vie à l’époque coloniale, sont profondément déçus par l’indépendance. Leurs désillusions sont à la mesure des espoirs qu’ils avaient placés dans cette fameuse indépendance, que la démagogie leur présentait comme panacée.
Mais aujourd’hui avec un peu de recul, un regard sans œillères sur les profondes mutations qu’a connues la société congolo-zaïro-congolaise au cours de ses cinq décennies d’indépendance confirme bien le fait que le Congo était mal parti et qu’à l’heure des bilans, ceux-ci ne seraient que globalement négatifs. Et pour cause !

1960 – 1965 : La Première République
La République du Congo naît le 30 juin 1960 en I’absence d’un médecin-accoucheur  qui aurait dû prendre toutes les précautions que requiert la venue au monde sans douleurs. Le cordon ombilical, à défaut d’avoir été proprement coupé, s’est rompu, entraînant de graves complications pour la santé du nouveau-né. En termes moins imagés, disons que lorsque le Congo accède à la souveraineté, tous les ingrédients sont réunis pour les turbulences qui vont s’ensuivre. En effet, la puissance colonisatrice, sous l’effet conjugué de la pression de la communauté internationale et du vent libérateur qui souffle sur I’Afrique, est contrainte de confier sans transition aucune, les destinées de son ex-colonie à des « évolués », honnêtes certes, mais obtus, impulsifs et incapables d’assumer comme il se doit le pouvoir d’un Etat moderne. Très vite, ils se font prendre dans I’engrenage du double jeu de I’ancienne métropole qui conduira sécessions et rebellions, à la violence et à l’évanescence de .l’Etat, .que le terme « Congolisation » tend désormais à subsumer.

Ce départ raté est dû à deux causes essentielles : le manque d’élite hautement qualifiée et la mauvaise foi du colonisateur. Après 80 ans de colonisation, la Belgique, dont le mot d’ordre fut « pas d’élite, pas de problème », ne lègue à sa colonie qu’une poignée d’évolués » (soit 1566 porteurs de la « carte de mérite civique » et 217 « immatriculés » sur une population de 14 millions d’âmes) que J. Vanderlinden qualifie de « classe d’individus perdu dans une espèce de no man’s land culturel et juridique et empreints  souvent, à l’égard de ceux qui les y avaient poussés, de sentiments plus proches de l’aigreur que de la satisfaction » (voir Congo-Zaïre…, Bruxelles, 1990). Nos « pères de l’indépendance » n’ont donc pas été à l’école du fameux « je pense donc je suis », qui stimule la liberté de l’intelligence et rend alerte aux choses de l’esprit. Ils ont plutôt été façonnés à l’école du « magister dixist » qui a cultivé en eux une timidité tremblante, exercé une tutelle oppressante sur leurs esprits, frustré leur personnalité et annihilé leur génie créatif. Comme quoi, l’œuvre durable d’un système politique est son œuvre éducatrice. Instrument de scolarisation politique par excellence, l’éducation permet, en effet, au système politique de forger un type d’homme pour le rendre apte à ce qu’il en attend. Autrement dit, les mécanismes d’éducation d’une société comptent parmi les conditionements sociaux dont l’influence est déterminante sur les attitudes et comportements politiques des individus et des groupes humains. Ainsi, le bagage intellectuel fort lacunaire des premiers dirigeants congolais et leur manque total d’expérience en politique (intérieure et étrangère) les ont empêchés de prévenir et de conjurer les périls qui menaçaient l’existence de la jeune nation.
Mais la mauvaise foi de la Belgique n’est pas du tout étrangère à la « congolisation » évoquée ci-haut. Elle se traduit au triple plan économique, politique et militaire.

Sur le plan économique d’abord (souvent occulté et pourtant très déterminant sur la suite des événements). Moins de deux semaines avant l’acession du Congo à l’indépendance, le parlement belge vote en date du 17 juin 1960 une loi dite « loi d’option de nationalité », par laquelle la Belgique offre aux sociétés de droit congolais désireuses de changer de lien juridique la possibilité d’opter pour la nationalité belge. Rappelons que le Congo-belge avait hérité de l’Etat indépendant du Congo un important Portefeuille en propre, qui s’était très rapidement accru sous la colonisation jusqu’à atteindre au 31 décembre 1959 une valeur boursière de FB 37,5 milliards et un revenu annuel de FB 1,1 milliard. La colonie jouissait en outre du droit d’intervention dans plus de 200 sociétés importantes et du contrôle total sur 10 d’entre elles, dont la Sabena, la Banque Centrale, les Sociétés de distribution d’eau et d’électricité, la Minière du Kasaï, les Mines d’Or de Kilo-Moto, etc. (cf. l’article de F. Kikassa, « Le contentieux belgo-congolais », in Congo-Afrique n° 7, 1966). Cette loi va ainsi provoquer le transfert vers la Belgique du siège social des sociétés concernées et la division de leurs patrimoines respectifs, dont la patrie la plus importante se trouvait en métropole et l’autre essentiellement composée d’outils de production vétustes pour la plupart, était au Congo. Elle a bien entendu entraîné aussi la fuite d’importants capitaux. Et dans la foulée, le gouvernement belge a pris un décret le 27 juin 1960 portant dissolution des compagnies à charte, sans avoir préalablement obtenu l’accord de la colonie qui était copropriétaire majoritaire de la plupart d’entre ‘elles. Toutes ces mesures prises à la sauvette ont privé la jeune République d’un fabuleux Portefeuille qui l’aurait aidée à faire face aux dures exigences de souveraineté. Il en a résulté le fameux contentieux qui, tôt ou tard, devra faire l’objet de sérieuses négociations entre Bruxelles et Kinshasa dans le cadre de la succession d’Etat prévue et réglementée par le droit international.

Au plan politique ensuite, Bruxelles crée la zizanie entre les deux têtes de l’exécutif congolais (Kasa-Vubu et Lumumba) tandis qu’il encourage et soutient militairement les sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï, qui sonnent le glas de l’intégrité du territoire et privent le gouvernement central d’importantes ressources financières, dans la mesure où ces deux provinces, pourvoyeuses des pierres précieuses et des minerais de cuivre, intervenaient pour 80 % environ dans les recettes d’exportation de l’Etat congolais. Les services d’intelligence belges ont par ailleurs été impliqués dans l’assassinat ignoble du Premier ministre Lumumba.  Les révélations faites à ce sujet sont si graves que le gouvernement belge a été contraint de faire ouvrir une enquête parlementaire et de présenter des excuses au peuple congolais.

Sur le plan militaire enfin. Le Général Janssens, commandant de la Force Publique (ancêtre de l’armée nationale congolaise) incite délibérément les militaires congolais à la révolte en leur déclarant tout de go que : « Après I’indépendance = avant l’indépendance »
Lorsqu’on sait que cet officier belge était un farouche adversaire de l’africanisation des cadres, ce slogan, subtile certes, mais maladroit et inopportun, a constitué un casus belli pour les soldats congolais qui avaient enduré les pires humiliations durant l’époque coloniale.
L’équation Janssens peut à juste titre être considérée comme le détonateur de la grave crise qui va embraser tout le pays et anéantir ses mécanismes institutionnels à peine mis en place.

Ces quelques faits montrent à suffisance que la Belgique, peu fière de I’octroi précipité et bâclé de l’indépendance à son ex-colonie, a participé à la balkanisation et à la déstabilisation de cette dernière. A I’instar d’un (e) amant (e) qui, désabusé (e) et meurtri (e), veut une chose et son contraire en se comportant vis-à-vis de son (sa) conjoint (e) sous I’empire du « je t’aime moi non plus’ ».
La 1ère  République est ainsi morte comme elle est venue au monde : dans la grisaille, la médiocrité et I’anarchie.

1965 – 1997 : Deuxième République
L’acte fondateur de la IIème République est le coup d’Etat militaire du 24 novembre 1965. Aussitôt installé au sommet du pouvoir, le nouvel homme fort décide de mettre toute la classe politique en vacances illimitées, et crée en 1967 le Mouvement Populaire de la Révolution (Mpr)      qui deviendra Parti-Etat.
Désormais seul maître à bord, il proclame urbi et orbi qu’il n’y a pas de problèmes politiques au Zaïre, il n’y a que des problèmes socio-économiques ! Cette déclaration constituait en fait une menace à peine voilée, destinée à décourager tous ceux qui auraient osé remettre en cause son exercice solitaire du pouvoir et la mauvaise gestion du pays. L’une des causes, sinon la cause principale de l’échec de la IIème  République tient au fait d’avoir empêché les Zaïrois de se mêler de ce qui les regarde, c’est-à-dire de la politique.

Mobutu a, en effet, gouverné le pays selon les formules « Les chiens aboient, la caravane passe », ou « qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent » ! En d’autres termes, le pouvoir souverain lui appartenait comme un bien propre, un patrimoine dont la jouissance obéissait aux lubies et impulsions personnelles, sans avoir de comptes à rendre, des procédures obligatoires à suivre, de règles ou de principes à respecter. La réalité vécue de la IIème  République a donc été incarnée par un seul homme : Mobutu. Héros-fondateur, monarque élu, source de légitimité et détenteur de tous les pouvoirs, il a trôné au sommet de I’Etat, faisant et défaisant tout selon son seul bon vouloir, « par défi », pour utiliser ses propres termes.

C’est le type même du pouvoir dit « charismatique » (M. Weber), que I’on retrouve dans la plupart des pays africains. Il est encore fortement marqué par la personnalité du chef qui en assure I’exercice. Certes, I’Etat existe en Afrique à la fois comme agencement des services publics et comme structure à même de procurer les marques extérieures de la souveraineté aux peuples décolonisés et de les placer sur pied d’égalité avec les autres nations. Mais, force est de constater que ce n’est pas I’Etat qui est l’incarnation du pouvoir en Afrique. Ce n’est pas I’Etat qui fournit au pouvoir politique l’énergie nécessaire à son accomplissement. Cette énergie émane intégralement de I’ascendant personnel du détenteur du pouvoir au point que celui-ci cesse d’être un concept pour devenir un visage : celui du chef. Dans une telle atmosphère mentale, le pouvoir jouit moins d’assises rationnelles que de supports émotifs que lui procure la popularité du chef. Il se nourrit du vivant des uns et du silence résigné des autres, et exige de tous obéissance sans discussion ni murmure, non comme soumission à la loi, mais comme sujetion au chef. Le peuple à jamais enfant n’y a que des devoirs, et … deux droits : celui d’encenser le chef et celui de se taire.
Tel fut le système du Parti-Etat dont le culte de personnalité a non seulement forgé une relation paternaliste entre le « monarque  présidentiel » et « son » peuple-enfant (Tata aye nzala esili = papa est venu, la faim est finie), mais aussi justifié tous les abus du régime : népotisme, ethnotribalisme, césarisme autoritaire, extension universelle de l’arbitraire, droit de mainmorte reconnu au chef et à ses proches, mainmise de la «confrérie régnante » sur tous les rouages du pouvoir, baïllonnement de l’opposition et de la presse indépendante, etc. Ce système a par ailleurs inculqué dans la mémoire collective des Zaïrois qu’il y a des tribus, des ethnies et des régions nobles et ignobles, les plus nobles de toutes étant bien entendu celles dont l’homme-dieu était originaire. Il en a résulté une dichotomie manuchéenne qui a opposé l’ethnie et la région du chef à celles présumées « ignobles » : les premières détentrices exclusives de la seule vérité qui prévale, les secondes minorées, péjorées et chargées de tous les pêchés. Le virus ethnotribaliste qui phagocyte tant l’arène politique congolaise trouve sa source dans cette hiérarchisation des individus d’après leurs origines. Le maintien par le MPR de la carte d’identité de type colonial belge trouve ici son explication. Grâce aux éléments d’origine régionale qu’elle indique,  elle permet de situer aisément son détenteur. Ayant ainsi transformé les différences ethniques en inégalités sociales, le système mobutiste n’a fait qu’aviver la montée des consciences identitaires, éveiller les entités du sang et du sol, susciter les schémas localistes et les subcultures autonomistes.

La nature patrimoniale du régime auquel Mobutu a donné son moule définitif a  tout naturellement donné lieu à une gestion calamiteuse des finances publiques. En témoigne cet extrait du rapport intitulé Zaïre, rapport sur sa crédibilité financière internationale : « Aucun des responsables du FMI ou de la Banque mondiale n’ignore que toute tentative visant à un contrôle budgétaire plus strict tourne court devant un obstacle majeur: la Présidence…Tout contrôle se révèle en fait impossible sur les transactions financières de la Présidence, la dotation de la Présidence est elle-même égale à 12%du budget. Dans le bureau du Président, on ne fait plus la différence entre les dépenses de I’Etat et les besoins personnels »: Ce rapport fut rédigé en 1982 par l’Allemand E. Blumenthal qui fut de 1978 à 1979 Directeur général de la Banque du Zaïre, à titre de représentant du FMI. D’autres exemples abondent comme ceux que relate C. Braeckman dans son livre Le Dinosaure (1990).

Après avoir, pour ainsi dire, privatisé l’appareil de l’Etat, Mobutu a procédé à la zaïrianisation des entreprises appartenant aux étrangers, grâce à laquelle l’ensemble du tissu économique du pays est tombé sous sa coupe réglée et celle de ses prébendiers qui l’encensaient à longueur de journée sans se gêner des hyperboles. Justifiées à l’aide d’un bric-à-brac idéologique dénué de tout contenu social crédible, toutes ces opérations obéissaient en fait à l’idée d’essence proprement louis-quatorzienne : « L »Etat, c’est moi ». Mais la différence entre le monarque français et le dictateur tropical réside dans cette formule lumineuse d’André Malraux : « Etre roi, c’est idiot ; ce qui compte c’est faire un royaume ». Louis XIV a certes été un roi absolu, mais il bâtit un puissant Etat dont le rayonnement a profondément marqué l’espace européen et durablement façonné l’histoire et l’esprit de l’espèce humaine. Au contraire, Mobutu a choisi d’être un roi fainéant et inattentif à une loi pourtant inscrite dans les faits et présente à l’esprit de tous les meneurs d’hommes soucieux de voir leur nom sacré un jour au panthéon de l’histoire : « Tout pouvoir n’est légitime que par son utilité pour ceux qui n’y ont point accès. ». Or, l’homme providentiel ne se soucia guère du peuple à qui, du reste, il ne devait rien.

En 1990, le processus de démocratisation ouvre de nouvelles perspectives pour le pays. Mais il évolue de façon chaotique et violente, patauge dans le sang et les larmes. La crise politique et institutionnelle qui en résulte est si aiguë que toutes les solutions mises en œuvre par le couple antagonique « Mouvance présidentielle-Union Sacrée » pour y mettre fin ont invariablement abouti à une cohabitation des incompréhensions. Le carrousel de gouvernements (13 premiers ministres désignés entre le 24 avril 1990 et le 17 mai 1997) auquel le public a assisté n’a résolu aucun problème de fond. C’est sous le règne de ces gouvernements successifs que le crépuscule du devoir a décidément sonné au Zaïre, faisant ainsi de la transition « démocratique » un véritable tunnel d’angoisse et un interrègne plutôt kafkaïen pour le peuple. Sous la pression des événements, Mobutu s’en va, malade, et Kabila arrive, triomphant.

1997 … Etat-CPP
L’avènement de Laurent-désiré Kabila en mai 1997 remplit d’espoirs la population qui y voit une fraîcheur et une vigueur libératrices et porteuses de nouvelles valeurs. Mars les faits vont très vite se charger de décevoir des attentes et cet enthousiasme populaire. En effet, le fossé entre l’univers discursif du nouveau régime et la réalité de vie vécue  va démontrer que le nouvel homme fort du Congo n’est pas tout à fait libre de son choix. Ses alliés rwandais et ougandais qui l’ont aidé à prendre le pouvoir entendent en partager l’exercice et en tirer les plus de profit possible. Faute de compromis, ils lui déclarent la guerre en août 1998 et occupent plus de deux tiers du territoire national.

Outre la guerre dont les causes sont aussi bien endogènes qu’exogènes, le nouveau régime révèle sa nature exclusionniste en refusant tout dialogue avec l’opposition interne en interdisant des activités politiques, en muselant les opposants, les journalistes, les leaders d’opinion, etc. Son gouvernement, dont la plupart des membres accusent des insuffisances avérées, fait montre d’incohérences inquiétantes dues au manque de coordination de l’action gouvernementale.
Si le bien-être de la population est au cœur de la rhétorique de l’Etat/CPP, il ne vrra jamais un début de réalisation comme les faits semblent l’ont confirmé. La gestion des affaires publiques n’a pas été transparente. Bien plus, elle est tombée dans l’ornière mobutienne qui, prédatrice par nature, nous a légué un Etat exsangue et criblé de dettes dues aux « éléphants blancs », aux « canards boiteux » et autres « cadavres industriels » que P. Pean a qualifiés avec talent de « purs produits de croissement de l’affairisme occidental et de corruption bureaucratique zaïrois ».
C’est-à-dire que pour remodeler l’histoire et la structure mentale des Congolais, l’Etat-CPP s’est servi paradoxalement de la même argile que le Parti-Etat et reproduit le système ancien celui-là même qui a lamentablement échoué.

Aujourd’hui, les redoutables ennemis du régime s’appellent famine, misère, maladie, chômage, faillite économique, débâcle national. Seul un système démocratique est à même de le vaincre. En d’autres termes, tant que le peuple souverain ne sera pas associé véritablement aux processus décisionnels engageant son avenir et tant que la violence continuera d’être au système politique congolais ce que l’or est au système politique monétaire, c’est-à-dire érigée en loi d’airain du pouvoir souverain à l’instar de l’or qui sert de couverture à une monnaie, la RDC risque de rester pendant longtemps encore à s’interroger devant un miroir brisé. Car, en ce 21ème siècle, notre pays ressemble à un étang diapré, sur lequel se forment et se défont en un clin d’œil les tâches de matière visqueuse : chaque tâche un proto-Etat : chaque proto-Etat un ensemble disparate de tribus et ethnies : chaque ensemble tribalo-ethnique un chef de guerre dont la devise est : chacun pour soi et tous contre un. Les Congolais vivent ainsi en petits univers fermés à l’air de la modernité, cherchant en eux-mêmes la raison de leur existence et voulant la réaliser à travers des rivalités inexplicables. Le peuple congolais n’a donc pas le visage d’un être collectif vivant et mûrissant à travers les âges. Il faut en donner un. Par la magie de la démocratie qui favorisera notamment le libre établissement des liens d’égal à égal avec les autres peuples du monde, en particulier avec ceux que la géographie, l’histoire ou la langue ont faits nos proches.

Pr Jean-Bosco Donnadieu Mamba wa Ngindu

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