Portefeuille de l’Etat : les performances de la DGDA suscitent des convoitises

Les entreprises du Portefeuille de l’Etat, même soumises à la chirurgie au laser à travers leur transformation tantôt en entreprises commerciales, tantôt en établissements publics ou encore en services publics, n’en continuent pas moins de passer, aux yeux de beaucoup, pour des canards boiteux. Pourtant, certaines d’entre elles n’ont pas attendu leur changement de statut pour répondre aux attentes de l’Etat propriétaire. Dans ce climat délétère de doute sur leur  contribution réelle à la formation du Budget National, le cas de la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) mérite attention.

            En effet, selon les statistiques en circulation, cette régie financière qui semblait plafonnée autour de l’équivalent de 300 millions de dollars de recettes annuelles pendant plusieurs décennies, flirte aujourd’hui avec des pics avoisinant le 1,5 milliards de dollars l’an. Le coup d’arrêt au phénomène de minoration des recettes a curieusement coïncidé avec l’avènement, à la tête de sa haute direction, de Déo Rugwiza, à compter du 09 août 2005. Au terme de cette année-là en effet, l’ex-Ofida, dont il venait de prendre fraîchement les rênes, s’était signalé avec des recettes de l’ordre de 145.576.740.852 de Francs Congolais, contre 104.033.414.851 Fc, soit un taux d’augmentation de 39,93%.

            Cela avait paru, dans certains milieux financiers, comme le résultat de l’accompagnement d’un travail commencé par son prédécesseur. C’est plus tard, lorsque l’ex-Ofida allait se mettre à aligner des records de recettes – à savoir 195.693.638.888 Fc en 2006, 277.912.485.802 Fc en 2007 et 424.219.554.296 FC – soit des taux d’augmentation respectivement de 34,43 % , 42,01 % et 52,65 % que chacun allait se rendre compte que quelque chose avait changé dans l’univers congolais des douanes et accises.

            Loin de s’arrêter en si bon chemin, l’ex-Ofida allait poursuivre sa marche ascendante dans la voie de l’augmentation exponentielle de ses recettes. Encore une fois, les flèches des graphiques bougeaient : 559.531.514.685 FC de recettes en 2009 ; 754.509.284.485 FC en 2010 ; 1.001.268.544.227 FC en 2011 et 1.326.858.791.533 FC en 2012. En termes de taux, les recettes connaissaient un accroissement de 31,90 % en 2009 ; de 34,85 % en 2010 ; de 32,70 % en 2011 et de 32,52 % en 2012.

            Les chiffres des cinq premiers mois de l’année 2013 indiquent que la DGDA en est déjà à hauteur de 624.186.362.854 FC. Cela représente, à mi-parcours, un taux d’augmentation de 107,08 %. A en croire des sources proches de cette régie financière, il n’est pas exclu qu’elle crève le plafond de 1,5 milliards de recettes à la fin de l’année, établissant du coup un nouveau record dans les annales des entreprises commerciales, établissements et services publics de l’Etat congolais.

Nouvel esprit et respect des règles

            Interrogé sur les performances qu’aligne la DGDA depuis 2005 dans la mobilisation des recettes pour le compte du Trésor public, Deo Rugwiza, son Directeur Général, souligne qu’elles sont dues essentiellement au nouvel esprit qu’il a réussi à insuffler dans tous les rouages des douanes congolaises dès sa prise de fonctions. A son arrivée à la tête de cette régie financière, rappelle-t-il modestement, il s’était fixé pour seule ligne de conduite : « être au service de l’administration douanière ».

            Dès ses premiers contacts avec les cadres et agents, il avait martelé que l’administration douanière était régie par des règles et que ce sont ces seules règles qu’il s’engageait à appliquer, sans distinction d’appartenance tribale, régionale, politique, religieuse ou autre. C’est donc le respect des règles et lois qui a permis, insiste-t-il, à l’administration douanière de réussir le difficile pari de la lutte contre les antivaleurs que sont la corruption, la fraude, les détournements, les tracasseries et l’impunité.

            Deo Rugwiza soutient que depuis son avènement à la tête de la DGDA, un seul mot d’ordre est d’application : « Toujours davantage aujourd’hui qu’hier… et davantage demain plus qu’aujourd’hui ». Depuis lors, à la Direction Générale des Douanes et Accises, la devise est donc de viser toujours plus haut.

Parlant précisément de l’état d’esprit qui prévalait au sein du personnel de l’administration douanière à son arrivée, il a fait savoir qu’il avait hérité d’une situation très difficile. Il ne se passait pas un jour sans une menace de grève quelque part. L’esprit de corps avait foutu le camp. Et, pour mieux cerner les contours d’un climat de travail invivable, il avait résolu d’aller à l’écoute des cadres et agents, par le biais d’une longue visite de toutes les directions provinciales. Au cours de cette tournée, il s’était retrouvé devant des agents qui désespéraient de toute possibilité d’avancement en grades, parce que dépourvus de parapluies protecteurs au niveau de la haute direction.

            Pour rassurer tout le monde, il avait annoncé à l’ensemble du personnel que désormais, chacun pouvait le considérer comme son parapluie protecteur. C’est en remettant cadres et agents en confiance et en les amenant à adhérer au principe du travail bien fait, se réjouit Rugwiza, que l’administration douanière produit aujourd’hui les résultats remarquables que tout le monde salue.

 Le social du travailleur : l’autre souci de Rugwiza

Depuis huit ans, il n’y a plus jamais eu de grève à la Direction Générale des Douanes et Accises. Il y a eu certes de petits remous de temps en temps, mais ils étaient essentiellement liés aux retards constatés dans la rétrocession de la quote-part de cette régie financière. La paix sociale a été restaurée dans la durée parce qu’à côté de l’obligation, pour le personnel, de maximiser les recettes de l’Etat, la nouvelle équipe dirigeante a pris en compte le social du travailleur.

            C’est ainsi que l’harmonie s’est installée et, naturellement, un climat social aussi serein ne pouvait que booster les performances. L’amélioration de la condition sociale du douanier a permis de redorer son blason terni et d’effacer, de la mémoire collective, l’image du douanier truand opérant aux frontières du pays. Les cadres et agents de la DGDA ont reconquis leur crédibilité et jouissent aujourd’hui de la considération de tous.

« Prix de la Bonne Gouvernance »

            Les échos des capacités de management de Deo Rugwiza à la tête de la DGDA ne cessent de bousculer les milieux d’affaires mais aussi les coulisses de l’administration publique de la République. Cela a fini par toucher le très respectable Observatoire du Code d’Ethique Professionnelle (OCEP), cette sorte de sentinelle du gouvernement chargée de veiller à la bonne gestion de la chose publique et de lutter contre les antivaleurs dans les milieux des cadres et agents des services publics.

            Ainsi, Deo Rugwira a été gratifié, le 21 mars 2013 du «Prix de la Bonne Gouvernance», en reconnaissance de ses mérites de manager de l’administration douanière. Le niveau auquel il a placé la DGDA ne peut que susciter des convoitises, surtout en cette période où les bruits courent dans tous les sens au sujet de nouvelles mises en place au sein des entreprises commerciales, établissements et services du Portefeuille de l’Etat. Les observateurs pensent que ceux qui ont mis sa tête à prix cherchent à le remplacer non pas pour faire mieux, mais plutôt pour « se servir », selon la vieille expression consacrée sous la Deuxième République de triste mémoire. Les agitateurs ne visent rien d’autre qu’à replonger cette régie financière dans la mare des canards boiteux d’où l’a difficilement sortie Rugwiza.

                                                                                  Kimp

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