Police de proximité : le gouvernement face aux défis d’appropriation des acquis de la réforme

La société civile, celle qui agit, apporte son expertise pour l’instauration de la bonne gouvernance en RDC, et œuvre pour la restauration de la paix sociale, va bientôt se déployer devant les cabinets de travail de tous les responsables institutionnels ayant quelque autorité sur la réforme de la Police nationale congolaise. Par une série de manifestations, le RRSSJ, le Centre pour la gouvernance, la Ligue des électeurs,  la Voix des sans Voix pour les droits de l’homme, ACAJ, le Renadhoc, et autres organisations de la société civile, envisagent de faire entendre leurs voix, dans le cadre de leur mission de plaidoyer, et se déclarent déterminés à faire assumer à toutes ces autorités, leurs responsabilités politiques, face au sort réservé à la Police nationale congolaise, quand on sait que sa réforme a accompli des avancées qualifiées de minimales et en deçà des attentes. Il est tout aussi surprenant qu’incompréhensible que la loi de programmation bien que promulguée par le président de la République, avait été ignorée superbement dans la loi budgétaire de 2015.

            Ainsi les premières dépenses prévues dans cette loi de programmation qui devaient couvrir l’année 2015, le financement des travaux de construction des infrastructures pour la police, l’équipement des bureaux et laboratoires, l’acquisition des véhicules et des différents matériels pour le bon fonctionnement de la plupart des unités et services importants, ont été renvoyées aux calendes grecques. Il en est de même de l’enveloppe prévue pour l’amorce de l’amélioration des conditions de vie de nos policiers, où aucun likuta ne pourra tomber au cours de cet exercice budgétaire.

            Pourtant, la loi de programmation constitue à elle seule, l’expression d’une volonté politique de faire avancer les lignes. Tous les partenaires internationaux et nationaux s’attendaient à ce que l’exécutif  prenne la mesure des enjeux de la réforme du secteur de sécurité et justice. Car, l’on sait que les partenaires extérieurs devront terminer leurs mandats en RDC dans les années à venir et fermer boutique. Et ce sera la fin de leurs appuis matériels et  financiers. Ainsi, certains projets qui seront confrontés cruellement à l’assèchement des ressources financières, risquent de ne pas connaitre leur aboutissement heureux.

Ce sont là autant des craintes maintes fois formulées par de nombreux analystes et qui dans le temps, se sont révélées justifiées. Rappelons-nous des projets devenus l’ombre d’eux-mêmes, comme le projet de construction de l’usine de fabrication des produits pharmaceutiques financée en partenariat par le maréchal Mobutu et des investisseurs arabes. Rakken, un des autres projets immobiliers phares qui allait booster le décollage de l’industrie touristique, est aujourd’hui en quête de repreneur.

            L’Etat congolais qui a pris l’engagement de faire aboutir la mise en œuvre des réformes liées au secteur de sécurité et justice, devrait se montrer plus préoccupé par le départ de ses partenaires dont les mandats sont arrivés à terme. Il ne faudrait pas, qu’après eux, l’on connaisse le déluge, mais plutôt le passage de témoin par lequel le gouvernement congolais se sentira seul responsable à gérer les nombreux projets.

Le grand problème que l’on a toujours déploré est que l’exécutif devrait adopter la «  liturgie de l’action », selon une expression chère à Emmanuel KabengelawaKalonji, coordonnateur national du RRSSJ, en opposition à la « liturgie de la parole » qui privilégie les discours.

            C’est donc aux défis de l’appropriation des acquis de différentes réformes que se trouve confronté le gouvernement qui ne devrait pas montrer des signes d’essoufflement, surtout qu’un projet qui s’arrête, c’est tout l’édifice qui s’écroule. A l’atelier d’information organisé conjointement par la Mission Eupol RD Congo, le RRSSJ et le Comité de suivi de réforme de la police, l’on s’est interrogé par exemple sur le devenir des policiers « de proximité » formés par les partenaires et dont les primes ne leur seront peut-être plus versées. L’on souhaite ardemment que le changement des mentalités et de comportements qui a été apprécié par la population et a restauré sa confiance en sa police, devrait aboutir nécessairement.

            Le ministère de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières se trouve ainsi à la croisée des chemins où il devra opter pour la poursuite des efforts dans la poursuite de la mise en œuvre des réformes, en consentant les sacrifices voulus s’il tient à leur matérialisation.

                                   J.R.T

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