Obama face aux Présidents-Fondateurs

Lobama-makes-victory-speech-datae Sommet USA-Afrique s’ouvre, comme prévu, ce lundi 04 août 2014 à Washington, sous le thème « Investir dans la prochaine génération ». La Maison Blanche a adressé, à cette occasion, des invitations à une cinquantaine de Chefs d’Etat africains, sauf Robert Mugabe du Zimbabwe, Omar El Béchir du Soudan et IssayasAfoweshi de l’Erythrée. Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, est au rendez-vous.

On signale également la présence dans la capitale fédérale américaine des délégués d ela Majorité et de l’Opposition, invités à un forum de la Société Civile et de la classe politique africaines.

Il s’agit d’Evariste Boshab, Mende Omalanga, RamazaniShabani et Jean-Pierre Kambila pour la MP. L’Opposition aligne Vital Kamerhe, Martin Fayulu, Thomas Luhaba et un membre de l’UDPS.

Dans sa volonté de renforcer la coopération entre son pays et l’Afrique, le président américain Barack Obama est singulièrement préoccupé par trois sujets : la démocratie, la sécurité et le développement. « Je ne vois pas les pays et les peuples d’Afrique comme un monde à part. Je vois l’Afrique comme une partie fondamentale de notre monde interconnecté, les partenaires avec l’Amérique au nom de l’avenir, que nous souhaitons tous à nos enfants. Ce partenariat doit se fonder sur la responsabilité mutuelle et le respect mutuel », clamait-il au moment de l’annonce de cette rencontre historique.

En marge du Sommet USA-Afrique, les peuples d’Afrique se demandent si le message de Barack Obama invitant les décideurs politiques africains à construire des institutions fortes au lieu de perpétuer la « couvée » d’hommes forts va être intériorisé et mis en pratique par ses interlocuteurs. Ce sentiment renvoie à la question de la démocratie et plus spécialement de l’alternance au pouvoir, à travers un continent où les Chefs d’Etat semblent avoir pris leur inscription à l’école des « Présidents-Fondateurs », installés au pouvoir à vie.
En effet, dans la quasi-totalité des Etats africains, les tenants du pouvoir exercent des mandats à durée indéterminés, car les textes portant limitation des mandats sont en train d’être modifiés au fur et à mesure de l’approche des échéances électorales. Pour les cas d’espèce, les débats autour des révisions constitutionnelles battent leur plein dans une dizaine d’Etats, dont la fin des mandats des présidents sont tout proches : Lucas Pohamba de Namibie ( novembre 2014), Pierre Nkurunziza du Burundi ( juin 2015), JakayaKikwete de Tanzanie (octobre 2015), Blaise Compaoré du Burkina Faso (novembre 2015), Thomas Boni Yayi du Bénin (mars 2016), Denis SassouNguesso du Congo/Brazzaville ( juillet 2016), Joseph Kabila de la RDC (décembre 2016), Paul Kagame du Rwanda ( juillet 2017), Ellen Johnson Sirleaf du Liberia (novembre 2017), Ernest Koroma de Sierra Leone (2017).

Les peuples d’Afrique pensent que la majorité des présidents qui les dirigent sont tentés par le passage en force, par les révisions intempestives des dispositions constitutionnelles leur interdisant des « prolongations » au pouvoir. Aussi s’interrogent-ils sur la volonté des USA de peser réellement sur les événements et sur leur marge de manœuvre pour amener l’Afrique à se démocratiser réellement, en s’engageant résolument dans la culture des mandats limités dans le temps.

Ce qui choque le plus en Afrique, c’est de voir ceux qui bénéficient des suffrages populaires en vue de la gestion des affaires publiques installer des régimes de prédation, marqués par le culte des « demi-dieux », la montée des castes de bourgeois politiques, la forte paupérisation de la multitude, le non respect des droits humains, etc. Si les « demi-dieux » manifestaient au moins un brin d’amour et de charité envers les masses, comme on l’avait appris dans les légendes antiques, cela constituerait une petite consolation pour les opprimés.

Si les USA tiennent à gagner la bataille de la démocratie en Afrique, ils devraient convaincre ceux qui la dirigent de revenir aux fondamentaux de la démocratie, à savoir la restitution au souverain primaire son droit de choisir, en toute liberté et transparence, ses gouvernants dans les urnes.

On sait que deux autres défis majeurs sont à relever par la Maison Blanche : la pauvreté et le terrorisme en Afrique. S’agissant de la pauvreté, son éradication exige la montée au pouvoir d’hommes et femmes acquis aux vertus de la bonne gouvernance et de la justice distributive. L’exil massif des jeunes africains vers l’Occident, avec des risques énormes (naufrages des embarcations de fortune) va se poursuivre tant que la création et la distribution des richesses resteraient l’affaire des « clans au pouvoir ». Si Washington peut aider les Africains à déserter les paradis fiscaux où sont logés illégalement les milliards de dollars que produisent leur pétrole, leur diamant, leur or, leur cuivre, leur bois, leur café, leur cacao, leur coton, leur électricité, leur gaz…leur avenir paraîtrait moins incertain.

Pour ce qui est du terrorisme, qui continue de  prendre de plus en plus un visage africain avec des « nébuleuses » telles que BokoHaram, les Shebab, il est un corollaire de la misère noire qui touche les Africains. Tant que des générations entières de filles et fils d’Afrique vont manquer de perspectives pour l’avenir, ils vont continuer à représenter une pépinière sûre pour les activités terroristes.                               Kimp

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