Nyarugabo découvre des cadavres à la Rva : le Sénat décide d’enquêter la gestion de l’ADG de la RVA

Une commission d’enquête parlementaire sera bientôt dépêchée à la RVA (Régie des voies aériennes) en vue de faire la lumière sur la gestion de Jean Assice, l’Administrateur délégué général.  

            C’est la décision prise à l’unanimité par les Sénateurs lors de la plénière de samedi 11 décembre 2010 consacrée à la réplique de la ministre du Portefeuille aux préoccupations des élus relatives à la question orale avec débat de leur collègue Moïse Nyarugabo, sur la situation qui prévaut à la RVA.

            En fait, la décision de la plénière est la résultante des révélations à la fois fracassantes et révoltantes, faites par l’auteur de la question au moment de la conclusion du débat.

            En effet, invité par le président de séance à conclure sa question, à la suite de la réplique donnée par la ministre du Portefeuille Jeannine Mabunda, le sénateur Moïse Nyarugabo a déclaré les réponses de la ministre non convaincantes et s’est aussitôt attaché à démontrer, point par point, pourquoi et comment la réplique de Mabunda ne valait pas tripette.

            Il a ainsi rappelé qu’à la suite des réponses évasives qu’elle avait eu à livrer le jour du débat, la ministre du Portefeuille avait sollicité et obtenu de la plénière un peu plus de temps pour présenter une réplique mieux élaborée. Malheureusement, son  deuxième passage devant «les élus des élus» n’a pas apporté les éléments de réponse réclamées. Bien au contraire, Jeannine Mabunda est restée aphone au sujet de la société SOGEA SATOM qui avait gagné le marché de réhabilitation du salon présidentiel et de la piste, a relevé Moïse Nyarugabo. Avant de poursuivre que cette dernière menace de suspendre les travaux en attendant que les choses soient améliorées, selon les informations reçues de ses sources. 

Contradiction autour des chiffres 

            Décidé à clarifier un point qu’il considère essentiel, celui relatif au «coût réel» des travaux de réhabilitation du salon présidentiel, Moïse Nyarugabo a revisité la réponse donnée par la ministre Jeannine Mabunda et selon laquelle les travaux auraient coûté  plus de 34 millions de dollars, ventilés comme suit : plus de 11 millions pour le bâtiment abritant le salon, 3 millions pour le parking voitures, 3 millions pour l’installation du système de sécurité vip, 16 millions pour le tarmac avions, 1,6 million pour l’installation électrique, câblage, eau, etc.

            Pour le sénateur , ces chiffres ne reflètent pas la réalité et il brandit les siens qui vont au-delà de 36 millions de dollars. Nyarugabo met par ailleurs en doute le chiffre de 11 millions qu’on aurait utilisé pour le bâtiment, chiffretrop exagéré selon lui.

            Le sénateur ne s’arrête pas là. Il révèle que le bâtiment qui a coûté tant d’argent suinte déjà ! Et de s’interroger sur le silence de la ministre quant à l’utilisation de 700.000 $ que l’entreprise aurait déboursé pour la construction du mur de clôture du terrain RVA! 

Un « monarque » à la tête de la RVA 

            Les révélations de Nyarugabo plongent les sénateurs dans la perplexité lorsqu’il déballe l’ambiance qui régnerait à la RVA où l’Adg Jean Assice n’obéirait à personne, pas même au ministre de tutelle.

Arrogance, mépris, manque de considération à l’égard des collaborateurs, décisions iniques…tels sont les traits du caractère de l’Adg de la Rva tels que dépeints par l’orateur qui a tenu à rappeler que le mandat de l’actuel ADG prenait fin le 12 décembre à minuit.

            Pourquoi ce rappel des traits de caractère de Jean Assice? La réponse est donnée par Moïse Nyarugabo qui cite pêle-mêle des cas de violation des droits des tiers, travailleurs y compris. Il a ainsi livré en exemple le cas de la décision cavalière de révocation des cadres de la Rva, prise en violation de la procédure en la matière par M. Jean Assice. Ce en dépit des lettres lui adressées par la hiérarchie lui demandant de les réhabiliter.

            Cette situation cause aujourd’hui du tort à l’entreprise qui se voit contrainte de payer 400.000 $ à M. Panzu, l’une des victimes de la mesure qui avait saisi la justice. Et Nyarugabo de s’interroger : au tarif de 400.000 dollars par travailleur révoqué, combien la RVA serait-elle contrainte de payer si tous les autres travailleurs révoqués abusivement choisissait la même voie?

            Et ce n’est pas tout. Poursuivant sa ronde des tiroirs de la RVA où il n’a eu de cesse de découvrir des cadavres, Moïse Nyarugabo dénonce le gonflement du nombre de mois d’arriérés de salaires que l’Adg J. Assice prétendait avoir payés. C’est 2 mois, et non 16 comme on le faisait croire, a-t-il précisé. Et cérise sur le gâteau, Nyarugabo réserve le coup d’estocade pour la fin : l’Adg a fait imprimer un calendrier au nom de l’EANA (Entreprise aéroportuaire de navigation aérienne), une société née de la transformation ou privatisation de l’actuelle RVA ! Le sénateur ne parle pas en l’air. Il a la preuve du délit sur lui et la brandit à l’intention de la plénière. C’est effectivement un exemplaire  dudit calendrier dont la présentation plonge les sénateurs dans la consternation.

            Conscient d’avoir réussi son effet, Nyarugabo embraye sur son avantage en portant à la connaissance des honorables sénateurs la démission des proches collaborateurs de Jean Assice dont l’ADT et le directeur des aéroports.

Dans la lettre de démission de l’ADT, lue dans la salle, l’auteur indique craindre de finir en prison vu la gravité de la gestion de l’entreprise par l’actuel dirigeant.

Quant au directeur des aéroports, Moïse Nyarugabo a renseigné que celui-ci est en conflit avec le gouverneur du Katanga à cause des travaux de piètre qualité réalisés pour un coût exorbitant.

            Il importe de signaler que toutes les dénonciations faites par M. Nyarugabo étaient accompagnées de preuves. Il brandissait la copie des correspondances y afférentes, à la grande surprise de la ministre

            Le dernier cas dévoilé est celui d’un chef de division, un certain Ramazani, victime d’hémiplégie, à qui l’Adg a refusé la prise en charge des soins. A la demande formulée d’être pris en charge, le malade a été doublement traumatisé de recevoir en retour une lettre de résiliation de contrat, en lieu et place de la réponse légale !

Que dire enfin au sujet des sociétés fictives, des amis et proches de J. Assice dont Philippe Mailleux, pour le compte desquelles la Rva débourse beaucoup de grosses sommes pour payer la facture des fournitures?

            Bref, Moïse Nyarugabo a fait quelque deux heures à la tribune en train de démontrer, avec preuve à l’appui, les cas de détournement et la façon dont la Rva est sacrifiée aux rumeurs d’un homme qui se comporte comme un monarque qui n’a des comptes à rendre à personne !

            Comme conclusion : il a proposé la création d’une commission d’enquête parlementaire pour se rendre à l’évidence des faits dénoncés. Une proposition adoptée à l’unanimité par la plénière.

            En attendant, il a demandé au gouvernement de ne pas reconduire le contrat ADPI-KPMG ayant permis à Jean d’Assice d’être à la tête de la Rva, et de diligenter l’audit sur la gestion de Jean Assice.

Le sénateur a aussi recommandé au gouvernement d’obliger l’Adg dont le mandat a pris fin à minuit de ne pas sortir de Kinshasa jusqu’aux conclusions de l’enquête.

            Le deuxième point de l’ordre du jour a été l’adoption du rapport de la commission paritaire mixte Assemblée nationale-Sénat sur le projet de loi relative à l’Aviation civile. Rapport adopté au moment par la chambre basse.

Dom

 

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