«Nos voix comptent» : le film de 10 ans de prédation sexuelle en RDC

Witness et Women’s Initiatives for Gender Justice, deux organisations internationales ont lancé, mardi 12 juin 2012 au Grand Hôtel Kinshasa, une campagne contre les violences sexuelles en RD Congo. C’était sous l’égide du ministère de la Justice et des Droits humains et celui du Genre, de la famille et de l’enfant. Au Salon Lubumbashi, les participants ont assisté à la projection d’un court métrage sur les témoignages poignants des femmes tombées dans les mailles des violeurs. Sous le titre «Nos voix comptent: Les femmes de la RDC demandent justice et responsabilité», ce film formule une série de recommandations au gouvernement, aux institutions des Nations unies dont la Monusco et à l’ensemble de la communauté internationale.

Dans son mot de bienvenue, Bukeni Waruzi, directeur de programme Afrique et Moyen Orient de Witness a expliqué le sens donné à ce film. Celui, a-t-il précisé, d’attirer l’attention de toute la communauté des hommes sur des actes insupportables qui se déroulent à l’Est de la RDC. Il s’agit, a-t-il poursuivi, de mobiliser tous et chacun à contribuer à arrêter la folie par des mécanismes judiciaires en vue de faire droit à toutes ces femmes sans voix.
Diplomates, responsables du système des Nations unies, organisations internationales, organisations locales ont eu droit à un film qui a arraché des larmes à certains participants au regard de l’ampleur du désastre.
La vice-ministre de la Justice a encouragé les deux organisations à contribuer, à leur façon à réduire les violences sexuelles et pris l’engagement d’accompagner l’initiative. Elle a porté à la connaissance de l’assistance que son département va se lancer dans une itinérance à travers les prisons du pays et redynamiser certaines initiatives laissées par leurs prédécesseurs.


La représentante de la ministre du Genre a reconnu la pertinence du contenu du court métrage qui attribue les actes de violence à toutes les parties impliquées dans les conflits de l’Est et encouragé la prise des sanctions à l’endroit des auteurs. Elle a expliqué que l’ensemble de la politique du Genre est bien contenue dans un document, distribué dans la salle, et qui reprend une somme de stratégies visant à stopper les actes de viol et violences sexuelles à l’égard de la femme.
Au nom des Ong congolaises partenaires de Women’s Initiatives, Stella Yanda a retracé l’historique des atrocités dont la femme continue à être victime et rappelé les efforts déployés par le mouvement associatif local pour contrer l’élan.

Quid du film ?

Le film rappelle qu’il y a plus de 10 ans que l’Est de la RDC est en proie à des conflits armés. Les femmes sont les plus visées et exposées à des actes de viol. Elles sont ainsi l’objet des violences sexuelles utilisées par des protagonistes comme une arme de guerre pour détruire les communautés et les familles.
«Toutes les parties engagées dans les conflits armés indistinctement sont responsables des actes criminels, notamment les viols et autres formes des violences sexuelles », accuse le film.


Dans le documentaire, il est admis que la RDC reste un pays qui a enregistré des progrès dans la criminalisation du viol et autres formes de violences sexuelles notamment en adoptant plusieurs lois en la matière dont l’application laisse à désirer.
Le principal handicap reste l’accès à la justice et l’exécution des décisions judiciaires en matière des violences sexuelles.
A ces obstacles s’ajoute la non prise en compte des rapports de viols par les instances habilitées à en sanctionner les auteurs. «Rares sont les quelques cas considérés dont les suspects sont arrêtés, jugés et condamnés à des peines mais sont relâchés le lendemain, affaiblissant ainsi la lutte contre l’impunité », regrette le court métrage.
Très concrètement, ce film retrace un récit poignant de six femmes des provinces du Sud et Nord Kivu, et de la province Orientale, victimes des viols par les éléments des groupes et forces engagés à l’Est de la RDC.


Elles expliquent entre autres le calvaire qu’elles ont vécu, et le parcours de combattante qu’elles ont pu emprunter pour atteindre le tribunal.
A travers des récentes statistiques et les déclarations des experts, le film donne une vue d’ensemble en matière judiciaire, économique et sanitaire.
Dans leur plaidoyer, les organisateurs de cette campagne de deux ans demandent vivement au nouveau gouvernement, particulièrement les ministres qui ont en charge Justice et la question de femme à donner la priorité à la lutte contre les violences sexuelles et à répondre aux voix de nombreuses femmes victimes.

Tshieke Bukasa

Leave a Reply