Minova : un verdict au goût amer et d’inachevé

S’il est vrai que le verdict rendu avant-hier par la Cour militaire ayant siégé en procédure de flagrance à Minova dans la Province du Sud Kivu a laissé un goût amer, désolant et d’inachevé au sein de l’opinion tant nationale qu’internationale, il ne demeure pas moins évident que ce procès reflète l’état d’esprit de l’appareil judiciaire du pays tout comme des magistrats tant civils que militaires. Des centaines des femmes, tous âges confondus, ont été massivement violées pendant plusieurs jours sous les yeux et la barbe de leurs maris, parents et voisins par des éléments de l’armée nationale fuyant l’offensive des rebelles du M23 et leurs alliés rwandais. C’est grâce aux observateurs de la MONUSCO relayés par les Ong locales et internationales de défense des droits de l’homme et des médias périphériques que le monde a appris cette tragédie et ces horreurs dignes de l’époque des Vandales, Kirghizes, Huns et Hittites. Des voix s’étaient élevées pendant plusieurs mois pour dénoncer l’impunité qui semblait couvrir ces crimes contre l’humanité jusqu’au jour où les pouvoirs publics, ont pris la décision de mettre sur pied une Cour  spéciale chargée de juger les auteurs et commanditaires de ces crimes odieux.

            La première déception a éclaté immédiatement après le prononcé de ce verdict d’une complaisance et d’une mollesse inacceptables contre des actes crimes gravissimes commis sur des êtres faibles et non armés par des éléments des FARDC bien identifiés car se trouvant dans le périmètre des opérations de guerre. Sur les 39 éléments dénoncés dont 14 officiers supérieurs, seul l’un d’entre eux a été condamné à des peines lourdes :19 militaires condamnés à 10 ns de prison, trois à 20 ans et 2 à perpétuité.  Des images retransmises par la chaine francophone de la TV 5 ont montré des éléments des FARDC condamnés à l’issue de ce procès se mettre à dénoncer publiquement ceux de leurs compagnons acquittés alors qu’ils avaient pris une part active à ces viols massifs. Preuve, s’il en faut une, que ces viols massifs ont été perpétrés par des éléments de l’armée nationale sous les yeux de leurs officiers supérieurs et en public. Des réactions sur lesquelles les autorités judiciaires auraient pu sauter pour procéder à la réouverture des débats afin de remonter jusqu’aux commanditaires de ces actes odieux.

            Pendant plusieurs mois, des voix s’étaient élevées pour réclamer des sanctions exemplaires afin que ce genre d’actes ne se reproduise plus jamais sur le territoire national. L’opinion avait placé ses espoirs dans les pouvoirs publics invités à initier des enquêtes pré-juridictionnelles fouillées pour que tout celui, quel que soit son grade ou ses liens familiaux, soit appréhendé pour répondre devant la justice des hommes. A l’ouverture de ce procès, des représentants des Ong locales et internationales de défense des droits de l’homme ainsi que des envoyés spéciaux des médias internationaux avaient effectué le déplacement de la localité de Minova, située à la frontière entre le Nord et le Sud-Kivu, pour suivre de près ce qui devait apparaître comme le procès du siècle contre les auteurs et commanditaires des crimes des viols massifs en RDC. Malheureusement,  les débats lors des audiences publiques ont été ternes, pauvres car non soutenus et encore moins étayés par des griefs à charge des prévenus non démontrés en droit comme en faits.

Absence criante des preuves à charge des criminels

            Selon de nombreux activistes des droits de l’homme, la faiblesse de ce procès a été perceptible essentiellement du côté de l’auditorat militaire qui jouait le rôle du Ministère Public. Durant ce procès, l’accusation a péché par l’absence criante des éléments des preuves à charge des prévenus. Face à l’absence des plaignantes et des preuves palpables, bon nombre d’entre eux ont eu le beau rôle pour rejeter toutes les accusations à leur charge. Le Ministère Public a commis l’imprudence de n’avoir pas recouru à des enquêteurs indépendants qui auraient pu circuler dans tous les villages et contrées du coin pour recueillir des témoignages auprès des différentes victimes ainsi que d’autres témoins oculaires pour constituer des dossiers complets, convaincants et bien documentés. Ces mêmes enquêteurs indépendants auraient pu convaincre les victimes de ces viols massifs, leurs proches parents, leurs maris, voisins et amis pour aider la justice par leurs témoignages audiovisuels avant de les convaincre de comparaître plus tard au procès le visage caché pour se protéger contre les représailles probables de leurs bourreaux ou complices.

            Pour protéger les victimes de ces viols massifs, le Ministère Public aurait pu mettre des moyens conséquents pour, d’une part, les héberger pendant tout le procès et d’autre part convaincre leurs maris de ne pas renvoyer leurs femmes victimes de ces actes ignobles. Une démarche très sensible du fait que la coutume est impitoyable vis-à-vis des femmes victimes des viols. Selon des témoignages concordants recueillis auprès des spécialistes dans le domaine des viols, des femmes victimes de ces actes ignobles éprouvent tout le mal du monde à surmonter  ce climat de peur et de honte pendant longtemps. Car elles deviennent vite l’objet de rejet, des insultes et de déconsidération de la part de la société où elles vivent, raison pour laquelle elles sont souvent répudiées par leurs maris. Comme le dit une pensée populaire : « l’enfer, c’est les autres ».

                                   F.M.           

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